32 musiciens sous un gigantesque rideau blanc. The Golden Age, Woodkid au Zénith

 

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L’hiver a entamé sur la capitale son travail de sape annuel à grand coup de pluies glaciales et de vents sournois. Grise, instable et saisissante, cette météo est parfaite pour mener au Zénith de Paris et entrer dans l’ambiance pour le concert de Woodkid. Depuis deux ans qu’il est en tournée, l’artiste lyonnais vient pour la première fois dans une des grandes salles parisiennes. Ne faisant jamais les choses à moitié, c’est accompagné d’un orchestre symphonique qu’il va faire vibrer son Golden Age d’album pour un rendu vibrant et époustouflant.

Woodkid est un bâtisseur, le grand architecte d’un monde où lui-seul règne, loin de la folie des hommes. Avec pour blason deux clés qui se croisent, c’est à la frontière entre le monde tel qu’on le connait et le sien. Avant que ne démarre un show qui promet d’être grandiose, la première partie est assurée par le petit génie néerlandais de 25 ans Thomas Azier. Considéré comme une des valeurs montantes de la scène électro, il avait déjà assuré la première partie de Woodkid lors de son concert au Grand Rex. Avec son style électro oscillant entre espoir et désespoir, c’est une onde chaotique qui secoue les spectateurs avec des basses qui bastonnent. Le temps d’une installation de plateau, le concert peut commencer à 21 heures pile comme l’indiquait le programme.

 

 

Pour ce concert événement, une avant-scène a été installée et un écran géant surplombe la scène. Alors qu’habituellement, on ne voit que cinq six musiciens entrer en scène pour débuter le concert, à part éventuellement les Gypsies Kings qui peuvent ramener leurs potes, là, ce soir, c’est 32 musiciens qui prennent place sous un gigantesque rideau blanc projeté sur l’écran. Dès les premières notes de Baltimore’s Firefiles, il s’envole et se meut. Les projecteurs blancs se croisent et parcourent la scène comme une gigantesque rose des vents. Le début se fait en douceur. Sans aucun chef d’orchestre pour porter les symphonies se mélangeant avec les tambours, les synthés et les pianos, les mélodies suivent à la note près la partition de l’album. Après Where I Live et Childhood, le concert monte d’un cran en intensité avec le titre The Golden Age qui prend encore plus en puissance en live. Tout est calibré, rien ne dépasse et les mélodies pop se mélangent à la perfection avec l’orchestre composé de cordes et de cuivres.

Sur l’écran, des animations en noir et blanc traversent les œuvres architecturales de Woodkid ou des créations méca. Alors que musicalement, toutes les caractéristiques pourraient laisser penser le créateur de ce monde a un égo démesuré et que son attitude va être puante, c’est tout le contraire. Woodkid est un hipster cool avec un look street de mec de Brooklyn. Yohann Lemoine, de son vrai nom, est très souriant, visiblement très heureux d’être sur scène à Paris. Un peu cabotin, il sait se mettre en scène. Il n’hésite pas à être dans la pose pour amplifier l’émotion explorée dans sa chanson comme sur la superbe I Love You ou sur Brooklyn, extrait de son premier EP. Il est temps de passer aux choses sérieuses et de réveiller les spectateurs assis au fond de la salle avec une version remix de son tube Iron. Le public danse, les gens crient et les gens se lèvent pour entrer dans la transe. Une fois à vif, le titre reprend sa version classique et explose dans cette salle qui n’attendait que ça.

 

Après The Great Escape, Woodkid et ses hommes quittent la scène pour mieux revenir. Emu, il revient sous des applaudissements très soutenus et assez rares dans les grandes salles parisiennes. Il avait prévenu sur les réseaux sociaux qu’une « surprise » était à attendre pour ce concert. Ce sera un titre inédit : Go. Tantrique, tout en ambiance, il est la continuité logique de l’univers Woodkidien. Pas de Rihanna, pas de Lana Del Rey en surprise mais déjà une jolie exclusivité pour le public présent. Woodkid sait que la fin est proche et demande au public de tout donner sur un Run Boy Run incroyable et très fort en émotion. Avec sa chamade et son refrain plein d’espoir, Woodkid donne tout ce qu’il a et semble vraiment touché par l’accueil plus que chaleureux qui lui est réservé. Après avoir remercié ses musiciens, il termine en douceur avec The Other Side. Après avoir squatté l’avant-scène afin de faire chanter et de remercier son public, Woodkid sort de scène. Et alors que tout le monde commence à quitter la salle, une vidéo est diffusée sur l’écran. Un film, entre noir et blanc et sépia, où l’on voit des enfants proches de la nature. Cryptique, la vidéo se termine par The Golden Age. 2014. Un film serait donc prêt pour habiller ce projet plus qu’ambitieux…

Bien que ce monde solitaire est fait pour être détruit en 2015, l’année prochaine promet d’être pleine de beaux rendez-vous comme avec ce film ou avec le concert au Zénith de Paris le 7 février prochain. Grandiloquent mais avec maîtrise, envolé et émouvant, Woodkid transporte dans un ailleurs où le sentiment est roi. Ca réchauffe le cœur avant de lutter à nouveau contre l’hiver.