As Animals – Chronique d’un premier album réussi

En juin 2013, un nouveau groupe français, chantant en anglais, débarque de nul part avec son single imparable : I See Ghost (Ghost Gunfighters). Cette révélation est As Animals, un duo ambitieux formé par Zara Desbonnes et Frederic Grange. Après six mois d’attente, le premier album éponyme sort enfin. Une chose est sure, As Animals ne fait pas dans le minimalisme.

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Le 11 juin dernier, la presse et de nombreux artistes comme Catherine Ringer ou encore Brigitte ont répondu présent pour découvrir la nouvelle signature du label Atmosphériques : As Animals. Avec neuf musiciens sur scène dont le producteur Mark Platti à la basse, pour accompagner Zara et Frederic, le combo pop joue avec les sonorités et métisse toutes ses influences pour un rendu original et très séduisant. Cette belle énergie et ce potentiel impressionnant démontrent que dès sa première date, As Animals est une bête de scène, un felin indompté et imprévisible.

Le single I See Ghost (Ghost Gunfighters) innonde les radios et réussit très rapidement à créer une véritable excitation autour de ce nouveau projet. Le titre envoute, reste en tête et son refrain avec ses choeurs raisonnent et hypnotisent. Pour enregistrer l’album, le duo est parti en Suède afin de rejoindre le producteur Tore Johansson, connu pour avoir signé les titres Take Me Out de Franz Ferdinand,I Can Buy You d’A Camp, Lost Sirens de New Order ou le très catchy single Lovefool de The Cardigans.

En studio, As Animals ne se refuse rien et expérimente les nombreux instruments mis à leur disposition. Des cordes, des tambours, des nappes synthétiques, tout est bon pour rendre harmonieux et profond l’univers musical exploré pour ce premier album. A une époque où les productions musicales font dans l’efficacité et dans le minimalisme très eighties, As Animals prend le contrepied et décide d’entreprendre un opus très riche et très produit comme a pu le faire Woodkid en 2013. Ce pari audacieux rappel le trip-hop anglais et sa fusion au début des années 2000 avec de l’electro-pop avec des groupes anglais comme Zero 7 ou Morcheeba.

Cette volonté de ne pas sonner comme tout ce qui est fait en ce moment se confirme dès son intro symphonique avec des tambours guerriers. Sans plus attendre, c’est l’excellent As Animals, autre chanson à fort potentiel single, qui éclate. Le corps de chasse annonce le combat ouvert et c’est un refrain très prononcé qui se dégage avec force et animosité. Pour garder l’énergie intact et fauve, l’enchainement parfait continue avec See Ghost (Ghost Gunfighters) qui mélange des strates synthétiques à des mélodies analogiques et une section rythmique très fouillée. C’est de cet alliage que sont fait tous les morceaux, une fusion compacte qui ne laisse jamais la place à un silence. Tous les espaces sont remplis ou habités par des bruitages subtiles. Des perles d’ingéniosité sont mise en oeuvre pour éviter la répétition, aucun couplet n’est le même, aucun refrain n’est le copier-coller de l’autre. Chaque partie est unique et As Animals s’amuse à triturer, à ajouter des instruments ici et là afin de surprendre son auditeur.

Tous les styles sont mélangés pour une forte majorité de chansons uptempo qui font mouches. Seuls By My Side se teinte de mélancolie, mais garde cette force cinétique hantant tous les titres de ce premier album, et In My Head berce pour comémorer une étoile plus que symbolique. Aucune limite et aucun interdit, As Animals met à jour la new-wave sur So Cold, explore des ambiances hispaniques sur Burn Like a Fire, redonne vie au Trip-Hop made in Bristol sur la un brin catchy Extraordinary Machine, court-circuite le hip-hop 90s’ sur It’s Like That et devient fantasmagorique sur Night Hawk Dropping. Zara Desbonnes et Frederic Grange mélangent les musiques, mixent les instruments de différentes cultures dans un environnement sauvage.

Pour son premier album, As Animals lance une épopée pop qui promet des lives grandioses et sulfureux. Comme toute la nouvelle génération de groupe français qui débarque, ce premier titre ne contient pas de chansons de remplissage. Tout est harmonieux, réfléchit en une oeuvre complète aussi bien esthétiquement que musicalement. Malgré un côté sombre dans certaines de ses paroles, ce premier album est empli d’espoir et projette une lumière, un faisseau dissipant le noir. La production y est léchée et minutieuse comme un travail d’orfèvre sonore. Cet album plaira aux amoureux du trip-hop et à ceux qui ont connu et chéri la musique pop-ambiant de la fin des années 90, début 2000 mais a-t-il le potentiel de drainer de jeunes audieurs ? Le succès autour de See Ghost (Ghost Gunfighters) confirme que ce genre musical, surtout quand il est aussi bien executé, a encore de beaux jours devant lui. Ne jamais perdre espoir et faire les choses selon sa vision et non vis-à-vis de la mode, voilà une belle prise de risque. As Animals entre dans l’arène des grands dès son premier album, belle performance.