Chroniques LP & EP / 22/10/2013

Chapelle Sixteen, Darc chante encore

 

 

« Chapelle Sixteen » est un disque bouleversant. Par son essence, même, un disque posthume joue d’une certaine façon avec les ombres que les artistes ont laissé, planant sur leurs chansons qui ont ponctué nos vies. Il aurait fallu pouvoir faire une chronique au métronome de ce disque surprise, cet album de Daniel Darc posthume, achevé deux jours avant sa mort, subite.

Un album post-mortem. Le qualificatif effrayait. Mais « Chapelle Sixteen » était prêt, presque, avant le décès de Daniel Darc. Deux jours avant, il avait sélectionné les onze titres, soigné le tracklisting. »Tout est permis mais tout n’est pas utile » affiche en titre la biographie de Daniel Darc, compte rendu de ses entretiens avec Bertrand Dicale. Utile, cet album l’est. Grandement.

Dans la lignée de « La Taille de mon Ame », les textes de Darc sont poignants, drôles, criants de vérité. La sienne. Sa vie traversée au fil des chansons, les influences rassemblées en un disque fort, maitrisé et poignant. Au-delà de la marque affective, du mécanisme sensible de l’absence, « Chapelle Sixteen » est un bel album, un grand disque, probablement le plus réussi de Darc depuis Crève Coeur (2006). Alors on salue l’envie, le courage de Laurent Marimbert d’avoir porté ce disque jusqu’à l’étape finale.

Un vertige, des fantômes, mais jamais le sien. De nombreuses visites dans cette Chapelle Sixteen. La mort est là, mais Darc semble n’avoir été jamais aussi vivant. La sérénité, le sourire écarte l’ombre, doucement jusqu’aux dernières notes de piano. La voix fébrile, imprécise porte les mots de l’auteur avec l’empreinte des grands interprètes (Les 3 singes), des poètes avec les ambiances feutrées d’Ita Beila ou Des idiots comme moi.  Des avalanches d’instruments, l’orchestre, une célébration. Cri de l’âme, une ode à la vie presque, la sienne en tout cas, c’est une certitude.

Et s’il est question de regrets, c’est certainement de pas pouvoir discuter avec lui de ces chansons, de l’entrée de la basse sur tel ou tel morceau, d’évoquer les singes, l’amour et l’allusion à Diane, Artémis de la chasse… On aimerait mais on garde aussi nos incertitudes, nos questions comme des justifications de cet ultime bouleversement. Et s’il est question de regrets, « condamné à vie », condamné à vivre surtout. Cette Chapelle Sixteen aurait été celle de la Victoire, à défaut elle sera celle de la Mémoire.

Qu’arrivera t-il aux enfants s’interroge- t-il en clôture ? « Ils t’écouteront et ils te comprendront », voudrait-on lui murmurer. Comme ils l’ont toujours fait.

 


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Diane Roudeix
Rédactrice en chef de La Bande Sonore




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