Rencontres / 20/06/2016

Christian Olivier : Rencontre autour d’un café pour son premier album solo ON / OFF

La Bande Sonore a eu la chance de pouvoir interviewer Christian Olivier deux fois en deux ans pour Têtes Raides, groupe dont il est leader et la figure de proue. Cette année, ce n’est pas pour son groupe mythique que nous le rencontrons à nouveau mais pour son premier album solo. Son premier album ON / OFF est sorti le 25 mars dernier chez Mercury / Universal Music. Nouveau concept, nouveau label et autre propos, nous avons eu rendez-vous avec lui fin avril, au bistrot le Rallye dans le XI° où Christian Olivier a ses habitudes. Un café chaud, c’est parti.

La Bande Sonore : J’ai une première question vraiment importante : pourquoi ce nom Christian Olivier ? (c’est une plaisanterie bien évidemment)

Christian Olivier : Non, c’est une bonne question ! C’est vrai que je me suis posé la question mais ça n’a pas duré très longtemps à savoir si je pouvais continuer en mon nom en parallèle de Têtes Raides. Christian Olivier a toujours signé les textes de Têtes Raides et donc pourquoi pas continuer là-dessus.

LBS : Pour poser les questions que l’on pose toujours au nouveau groupe : Comment t’es-tu rencontré toi-même ?

Christian Olivier : Ca fait 52 ans que je me suis croisé donc voilà quoi… (rires)

LBS : Deux albums d’affilé avec Têtes Raides en deux ans, le même moule mais séparé à la naissance, Corps de Mots et Les Terriens, là tu as décidé de partir sur une nouvelle aventure musicale avec un tout autre propos. Quelle était la volonté esthétique que tu avais autour de ce projet ?

Christian Olivier : Déjà c’était le désir d’entendre mes chansons différemment, c’était la base. Au moment de l’écriture, il y avait cette ouverture c’est à dire que dans la manière d’écrire, je sentais que ça bougeait. Aussi bien sur les textes que la composition et du placement mélodique. C’était l’envie d’entendre autre chose, différemment et les deux choses importantes, ça a été la guitare et le fait d’aller chercher une autre ambiance et aussi chercher de la machine. J’avais envie d’aller chercher ça pour creuser l’univers, installer une tension musicale, approfondir les ambiances et non pas mettre de la machine pour mettre de la machine. C’était ça le propos de départ.

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LBS : Le nom de l’album est ON / OFF, le ON c’est aussi l’organique et le OFF c’est le côté synthétique cohabitant ensemble ?

Christian Olivier : Voilà, j’ai toujours aimé ce côté machine, on a déjà fait deux trois petites choses avec Têtes Raides mais pas énormément. Il y a toujours eu ce rapport que j’aime bien et ce nouveau projet ne voulait pas non plus dire aller complètement à l’inverse de ça. C’est le mélange de matière qui m’a attiré, ce mélange d’organique avec quelque chose d’un peu plus urbain, c’était cette couleur qui me plait. C’est un mélange de choses avec des sons plus chauds. Il y a l’intervention de la machine et celle de l’humain et j’aimais bien ce mélange, le fait de rapprocher ces deux univers là.

LBS : Dans Corps de Mots, il y a avait déjà un côté épure, des mélodies pour laisser plus de textes aux mots et sur Les Terriens, tu avais déjà utilisé des scratchs pour intégrer une autre couleur. Finalement, ce premier album c’est une continuité logique mais cent pour cent assumé ?

Christian Olivier : Voilà, c’est ça, c’est pour moi quelque chose qui me plait, qui m’intéresse et qui me donnait envie musicalement de me frotter à ça. Le côté usine, machine, depuis longtemps j’aime ça. Le premier travail machine, c’était le travail industriel, c’est cette musique là qui me plaisait aussi. C’est retrouvé ces sons là pour les mettre dans des chansons.

LBS : Un gros travail sur la profondeur des guitares, sur les cordes et ça ce n’est pas le fruit du hasard, c’est la signature d’Edith Fambuena qu’elle avait déjà à l’époque des Valentins, votre collaboration vient de cette envie de mixture sonore ?

Christian Olivier : En fait avec Edith, on ne se connaissait pas vraiment. C’était une connaissance de connaissance et c’est une personne qui nous a mis en contact. Je ne connaissais pas tout son travail. On est de la même génération mais on a avancé en parallèle, l’un à côté de l’autre sans jamais se croiser. Quand on s’est vu la première fois, c’était dans son studio, je lui ai exposé le projet, je n’étais pas parti pour faire un album de groupe, au contraire, je voulais bouger sur la production et je lui ai exprimé mon désir. Au bout d’un quart d’heure, on savait qu’on allait travailler ensemble. Il y a quelque chose qui fait que tout de suite ça a accroché. C’était dans ma façon de définir le projet et elle de le concevoir. On a travaillé en ping-pong, je lui envoyais mes maquettes et elle a commencé à bosser des bidouilles de sons, des ambiances… on était sur le même rail, il y a tout de suite eu à la fois un désir de travailler ensemble au niveau de la créa. Des fois, en studio, on avait la même idée au même moment, c’était étonnant ! C’était comme un terrain de jeu où on s’est vraiment éclaté. Donc sur les cordes, elle a une sobriété et en même temps c’est très précieux. Quand elle travaille, on est sur ce qu’on appel la beauté musicale, il y a cette chose là où on en met pas trop mais il y a la note juste, la tension qu’il faut ! Dans cet album ON / OFF, c’est chargé de matière. Quand on écoute un peu en profondeur, il y a tout un tas de choses qui trainent derrière, un tas de bestioles qui rendent vivantes ces chansons, pour moi c’est très raffiné sans pour autant perdre ce côté brute, presque tribal à des moments. Ca a été une super belle rencontre !

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LBS : Tu parles du brute mais il y a des couches qui s’intercalent les une aux autres pour donné de la matière, dans ce mélange on pourrait s’attendre à des paroles sombres et au contraire, tes paroles sont plus optimistes qu’on ne pourrait s’y attendre.

Christian Olivier : Tout à été écrit comme ça. Quand je démarre l’écriture d’un album, je ne sais pas ce que je vais faire. J’écris, je commence à chanter mais effectivement il y a toujours ce côté où le sourire est là. Même dans le titre Laisser La Place qui est un titre assez profond dans le texte et dans la mélodie, les arrangements mais le sourire est là, ce n’est jamais plombé. Il y a toujours cette fraicheur, cette légèreté malgré cette densité. Dans cet album, il y a cette chose là, ça démarre par Je Crie, c’est quelque chose de très joyeux et qui vient de loin. Pour moi quand je chante Je Crie, j’ai l’impression de chanter quelque chose d’il y a des millions d’années. Je l’avais déjà dit pour Corps de Mots mais c’est des moments où j’ai l’impression d’être la courroie de transmission, il y a quelque chose qui me vient de l’intérieur et que je rejette.

LBS : Le titre qui est dans l’actualité du moment, c’est Démocramotie, avec Nuit Debout ça raisonne autrement, est-ce que l’actualité de ces derniers mois t’as inspiré ?

Christian Olivier : Ce morceau a été écrit en janvier 2015, il parle de Charlie Hebdo dans une couche du morceau mais au travers de ça, il parle aussi de l’état politique, social dans lequel on vit aujourd’hui. Les attentats c’est une chose, c’est une case précise mais la question est : dans quel état ? La démocratie aujourd’hui c’est une questionnement. On parle de Nuit Debout , de réinventer les choses, de rouvrir le dialogue, de trouver de nouvelles idées, de partager cette chose là, c’est ce qui se passe. Mais c’est aussi réinventer ! Ce qu’il manque toujours c’est de propositions donc l’échange est la base, le démarrage de quelque chose. Ce qui est intéressant c’est que le rêve est toujours là, le besoin, l’envie parce qu’on a besoin de tout ça pour avancer. C’est donc normal que ça se fasse. Il y a Nuit Debout, il faudrait aussi Jour Debout que l’on soit tous debout.

LBS : Tu appartiens à un collectif d’artistes où vous défendez cette liberté d’expression, les événements autour de Nuit Debout est quelque chose qui t’attire ou tu préfères pour l’instant regarder de loin ce qui se passe ?

Christian Olivier : De toute façon, on est dedans. Même si je ne suis pas toutes les nuits à République, on est dedans et si on n’y est pas et bien on y était donc on est dedans. Je trouve ça super qu’il y ait cette émergence, ce mouvement qui a un endroit précis à la fois politique et apolitique, apolitique dans le sens où il n’y a pas de parti, pas de syndicats, c’est le citoyen qui vient, c’est une des bases de la liberté d’expression, de parole et de singularité du discours.

 

LBS : On ressent assez rapidement que la construction de la tracklist est importante. On retrouve 0N en 5, / e, 10 et OFF en 14, ils forment qu’un seul morceau qui a été splité en trois, c’était pour donner un fil rouge ?

Christian Olivier : C’est un des derniers titres que j’ai écrit de l’album, si ce n’est pas le dernier, celui d’avant. Au départ, il était écrit comme un morceau classique et une fois terminé, je l’ai intitulé ON / OFF et pour moi, ça a été le déclic, c’était l’album. Ca résumait parfaitement tout ce que j’avais pu rencontrer pour cet album. Parfois les titres viennent plus tôt, là il aura fallu attendre la fin. Pour moi ON / OFF, c’était ça, tout ce que je voulais raconter dans des sens multiples et en parlant avec Edith en studio, on s’est dit que ça pourrait être rigolo de le casser en trois. Il y avait trois couplets donc on a décidé d’en faire trois petites pastilles pour faire des petits appels d’air, des fenêtres dans le disque et quelque part, on entend mieux le titre coupé en trois alors qu’en entier, c’est juste un titre. Là, c’est un titre donc on entend encore plus la chanson et pouvait y injecter des ambiances un peu différente. Les trois premières dates de concert que l’on a fait, on le joue aussi dans ce format là, je trouve ça super, ça rend quelque chose de différent. Ca apporte aussi un côté second degré qui permet de continuer à dialoguer tout en gardant un peu de distance.

LBS : ON / OFF fait penser au Ying & Yang, la vie, la mort, le blanc, le noir, c’était justement ça pour toi la symbolique de ce disque ?

Christian Olivier : Oui, c’est ça, la vie la mort, le jour, la nuit, on en parlait, le son, le silence… après il y a un aspect personnel aussi. Les Têtes Raides c’est OFF pour le moment, Christian Olivier ON et c’est aussi dans les paroles certaines choses que je mettrais bien OFF aujourd’hui mais qui sont bien ON et à contrario des choses invisibles que je mettrais bien ON aussi. Ca résume tout ça.

LBS : Il y a aussi le titre Dieu, qui n’est pas à la fin de l’album par hasard. Quelle est sa signification ?

Christian Olivier : C’est le petit office de fin d’album, pas non plus une messe. On se réunit, c’est la messe des athées. Tout ce qui est dit dans les couplets, c’est tout ce qui se passe dans la vie, une description. Le refrain est une manière de dire que le débat, aujourd’hui, qu’importe le sujet, la religion est toujours présente d’une manière ou d’une autre, c’est agaçant. Le débat est faussé par l’incursion constante de la religion. Chacun fait ce qu’il veut et croit en ce qu’il veut mais moi qui croit que je ne crois pas, j’aimerais bien, de temps en temps, avoir quelques minutes de sérénité et de pouvoir discuter sans qu’on revienne toujours à la religion. C’est une chose qu’il faut rappeler parce que ça devient parfois difficile de pouvoir être athée, de pouvoir le dire. J’ai essayé de le dire d’une certaine manière, comme sur le reste de l’album, comme Démocramotie aussi d’ailleurs, il y a cette chose là, rappeler certains sujets tout en gardant l’espace de liberté de chacun.

LBS : Têtes Raides a un univers visuel très particulier avec le travail des Chats Pelés. Tu es toi-même graphiste, pour ce projet solo tu es parti sur quelque chose de totalement nouveau, quel objectif t’étais-tu donné ?

Christian Olivier : Premier objectif était que ça ne ressemble pas aux Chats Pelés comme ce n’était pas Têtes Raides. J’ai tout changé pour ce projet là, j’ai même changé de maison de disques, quand je fais les choses, je les fais à fond. L’équipe qui est avec moi sur la route, c’est une nouvelle équipe. Il n’y pas une note venant d’un membre de Têtes Raides sur l’album donc pour l’image aussi, je voulais faire une rencontre comme j’ai pu rencontrer Edith pour faire l’album. J’ai rencontré un graphiste, il a commencé à travailler dessus et on a avancé ensemble. La première chose qu’il m’a proposé, c’est d’aller faire une photo dans un studio où on fait des photos comme à la fin du XIX° siècle et ça m’a beaucoup fait marrer et il y avait quelque chose qui me plaisait énormément là-dedans. J’ai aimé ce côté graphique et cet aspect sur la typo, je me suis bien entendu avec Jérôme Witz qui a bossé là-dessus. Ce mélange de noir et blanc et de couleurs était pour moi important. C’était une découverte et ça colle bien à l’album.

LBS : Tu as déjà bien entamé la tournée, tu seras cet été aux Francofolies de la Rochelle. Quelle est la recette Christian Olivier en solo, sur scène ?

Christian Olivier : Il ne faut pas s’attendre à voir les Têtes Raides sur scène déjà. Il y a un petit truc qui traine, Christian Olivier est aussi le chanteur de Têtes Raides donc ils se permet de chanter deux trois morceaux du groupe (sourire). Il y a tout l’album et une équipe de zikos bien sympa. Il y a Daniel Jamet qui a aussi enregistré sur l’album, Peter Combard qui est un excellent guitariste, notre ami Pilou Basset à la basse et Anne Pacéo à la batterie qui vient d’un univers plus jazz et qui était la batteuse de Jeanne Added sur la tournée. Des univers qui se rencontrent et les premiers retours sont que, même si on joue Christian Olivier, ils ont déjà l’impression d’être face à un groupe et ça c’est déjà un très bon signe ! Il y a un vrai plaisir d’être ensemble sur scène. On travaille vraiment ensemble sur l’album. On essaye d’y retrouver la même énergie donc forcément pour moi, quand je rentre sur scène, au niveau de l’état d’esprit, il y a quelque chose qui a bougé. Il y a autre chose, c’est assez grisant.

LBS : Il y a une campagne en ce moment en Corée du Sud qui veut envoyer des clés USB en Corée du Nord par des ballons pour leur montrer que le reste du monde existe. Lequel de tes titres tu leur enverrais de ton album solo ?

Christian Olivier : Je leur mettrais bien Tape Des Mains, il se passerait un petit truc dessus. (rires).

 

Merci à Christian Olivier, Victoria Levisse et Cécile Legros



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Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.






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