Deportivo – Domino

Deportivo - Domino

En 2004, un power trio rock français déboule en trombe avec un premier album sévèrement vénère et une écriture nerveuse et moderne : Deportivo. Avec leurs singles Parmis-eux et 1 000 moi-même, le groupe fait son entrée dans le paysage musical et prouve que faire sonner des paroles en français avec du rock qui bouge n’est ni impossible et ni le monopole de Noir Désir. Petit protégé de Louise Attaque, comme Mickey 3D à une autre époque, Deportivo connaît des débuts à toute berzingue comme dans un accélérateur à particules. Il se retrouve en quelques mois en tête d’affiche de festivals, à voir son clip diffusé sur les chaines de télé, à signer dans une major et à remplir des salles aux quatre coins de l’hexagone. Les trois garçons séduisent par leur fraicheur, leur spontanéité et aussi par leur arrogance rock.

Après un second album éponyme dans la continuité du premier, mouvance mauvaise vie, punk attitude et une tournée conséquente, Deportivo se met en danger et veut en finir avec cette image de jeunes rockeurs fougueux. Ils sortent Ivres & Débutants en 2011 et invitent Mark Plati et Gaetan Roussel pour assurer la production. Le résultat est une petite perle pop/rock truffée de claviers, plus assagi mais gardant toujours cette intensité sur le fil qui fait le charme du groupe. En pleine crise du disque, l’opus tombe dans l’oubli alors qu’il regorge de superbes chansons comme Intrépides ou Pistolet à Eau.

Pour son quatrième album Domino, Deportivo officialise sa séparation avec le label Barclay. En mode Do It Yourself, le trio fonde son propre label : Titanic Records. Le trio change de division et enregistre dans la maison d’un ami. Afin d’éviter le fameux qualificatif facile et obligatoire de l’album de la maturité, les prises studio sont live, franches et dans l’instant. Grâce à cette formule, on retrouve ce son chaud et bastonnant du premier album, et pour cause c’est à nouveau le producteur Arnaud Bascunana aux manettes à leurs débuts qui reprend les choses en main. La déferlante guitare-basse-batterie ravage tout mais elle est agrémentée en plus des mélodies piano et synthé déjà très présents sur Ivres & Débutants. Domino porte bien son nom, il colle comme une suite logique l’évolution de Deportivo, ses différentes phases pour finalement une pièce unique tout en harmonie.

Les mélodies emportent et il faut bien reconnaitre que les paroles en font de mêmes. A la première écoute, on retient des combinaisons de mots qui font mouches, comme ce magnifique  » Nos Printemps Cathartiques  » de Imbéciles ou « Sous le feu d’artifice et des rampes » de Pourquoi Devrais-je ? De prime abord, il est compliqué de comprendre à qui s’exprime Jérôme Coudanne, chanteur du groupe, si c’est une chanson d’amour ou son contraire. Ici, les sentiments sont balancés sans filet comme sur une toile de Jackson Pollock. L’écriture est fluide, à vif, on la croit abrupte au départ mais elle est travaillée, dans le détail, forte en sentiments. Les chansons prennent en profondeur et il est difficile de s’en séparer. Qu’elles soient en français ou en anglais ou les deux en même temps, Domino a une patte, une couleur, une ambiance.

Deportivo propose un quatrième album brillant. Domino est un laps de temps éclair entre le calme et la tempête. Naviguant entre les deux, l’album fuse, séduit et emporte. Du rock français qui sait allier textes poignants et mélodies bouillonnantes c’est assez rare pour être remarqué mais si en plus le tout est harmonieux, on ne peut que reconnaitre le talent de ce trio toujours aussi prometteur.