Deschampsons, live une seule fois

Le 2 août dernier, un beau cadeau attendait Yvon Deschamps au lendemain de son 80ème anniversaire. De nombreux artistes – interprètes et humoristes – avaient fait le déplacement pour le célébrer comme il se doit, l’espace d’un soir, sur la scène de la Salle Wilfrid-Pelletier. Un autre symbole puisque ce théâtre prestigieux de la Place des Arts a souvent accueilli l’humoriste au cours de sa carrière. Un spectacle unique qui faisait suite au disque Deschampsons, paru au printemps. La distribution était d’ailleurs la même, à quelques exceptions près. Et si Isabelle Boulay et Daniel Bélanger étaient retenus par d’autres engagements, ils ont été brillamment remplacés par Antoine Gratton, Véronic DiCaire, Benoît Brière et Stéphane Rousseau.

Cet évènement fut l’occasion de réécouter, à nouveau, l’œuvre musicale d’Yvon Deschamps. Rappelons-le, Deschampsons n’est pas un hommage comme les autres. Il s’agit de mettre en lumière l’aspect méconnu d’un artiste adulé. Au vu de la qualité de l’œuvre, on ne peut, encore une fois, que saluer l’idée et la ténacité de GSI Musique. Judi Richards est sans doute celle qui parle le mieux de son humoriste de mari. Après plus de quarante ans de vie commune, la chanteuse ontarienne a une analyse très claire au sujet de la méconnaissance des chansons de son époux : « Yvon est un gars d’histoires. Il s’est entouré de musiciens pour écrire des chansons qui en découlaient. Parfois, c’était juste de petits bouts, comme pour Papa dont j’ai écrit la musique : c’est un petit bout de texte, repris deux fois et qui, ainsi, donne une jolie chanson ».
L’humour s’est, cette fois, lié à la chanson. Un peu comme le faisait Yvon Deschamps dans ses propres spectacles, à l’époque. Sa carrière télévisuelle n’a pas été oubliée puisque la troupe Samedi de Rire, populaire émission des années 1980, s’est réunie le temps d’un sketch inédit. « Yvon Deschamps est entré dans ma vie à travers cette émission. Si ma mère voulait me punir, elle m’empêchait de regarder Samedi de rire ! », confiait Véronic DiCaire a quelques minutes d’entrer en scène.
Comme sur l’album, la tâche d’ouvrir le spectacle fut confiée à Louise Forestier. Accompagnée de la chorale des Voix Ferrées, elle a chanté La Vie, décidément parfaite en ouverture. « Que la fête commence ! », s’est-elle écriée ensuite. Le ton était donné.
Des monologues se sont glissés entre deux chansons. Benoît Brière a ainsi plongé dans les souvenirs d’enfance du petit Deschamps en reprenant le texte de Dans ma cour, suivi par Antoine Gratton pour la version chanson.
Jolie association que celle de Stéphane Rousseau et Vincent Vallières. Le premier a repris le drôle (et touchant) monologue sur la paternité, tandis que le second a conclu par la douce Papa. Et si on sait que Stéphane aurait pu reprendre lui-même la chanson – il l’avait fait dans l’un de ses précédents spectacles -, il aurait été dommage de se passer des services de Vallières, sa guitare et son harmonica.
Véronic DiCaire a étonné avec sa reprise des Fesses, emmenant avec elle Ginette Reno, « mieux équipée pour en parler », Céline Dion et Edith Piaf. Le texte s’est, tour à tour, transporté sur les mélodies de Un peu plus haut et Non, je ne regrette rien. Drôle de sensation : on se surprend à être ému. Le rire a toutefois rapidement repris ses droits à travers une savoureuse imitation d’Isabelle Boulay, en référence aux réflexions tantôt poétiques, tantôt coquines de l’ex-coach de La Voix.
Finalement, Yvon Deschamps a retrouvé la scène. L’humoriste a beau profiter de sa retraite depuis plusieurs années, il n’a pas perdu de son piquant. C’est en effet un homme très en forme qui a présenté le CHUM (Centre Hospitalier Universitaire de Montréal). Sous couvert d’humour, il a dévoilé les principaux points de sa cause : 13 000 professionnels de la santé, 500 000 patients par année, 35 spécialités, parmi les plus grands hôpitaux d’Amérique du Nord. Parce qu’au fond, Yvon Deschamps, c’est ça : parler des vraies choses, de sujets profonds et pertinents… toujours avec humour.
Sans surprise, la représentation s’est terminée sur l’incontournable Aimons-nous, interprétée par Diane Dufresnes. Instant magique.

Un cocktail était organisé en marge de Deschampsons, live une seule fois. L’occasion de rencontrer plusieurs artistes à quelques minutes de leur passage sur scène. Malgré leur sentiment de fébrilité à l’idée de se produire devant leur idole, ils ont accepté de nous parler de leur admiration pour ce « grand monsieur ».

Morceaux choisis :
« C’est le plus grand humoriste de tous les temps. C’est mon père spirituel, depuis mon enfance. Je l’ai tellement écouté. Jeune, je l’écoutais en boucle dans ma chambre, j’apprenais ses monologues par coeur. Je ne savais pas toujours pourquoi je riais parce que certaines blagues m’échappaient quand même. C’est un homme qui maîtrisait tellement la scène ; il maîtrisait tellement le public, il les avait dans sa poche tout le temps. Il bousculait, il faisait rire, il faisait réfléchir, il choquait… C’était très audacieux, brillant ! Et c’est un peu une arnaque aussi, Yvon, parce qu’il nous a fait paraître ce métier tellement facile. Il nous a bien eu à ce niveau-là. C’est un grand monsieur. » – Stéphane Rousseau

« Il a défriché, à lui seul pratiquement, le domaine du stand up comique, au Québec. Pour tous les artistes de ma génération – que ce soit des humoristes, des auteurs, des compositeurs ou des musiciens -, il faisait figure de chef de file. J’ai vu l’Osti de Show à sa première mouture, au théâtre de Quat’Sous, donc j’ai vu Yvon Deschamps faire ses premiers monologues. Ça a changé ma vie. » – Michel Rivard

« Yvon Deschamps, c’est mythique pour moi. Il a été un des pionnier à installer ce type d’humour au Québec. (…) Il était aux répétitions tout à l’heure et je l’ai vu rire. Je me suis dit : ‘mission accomplie’. C’est une petite fierté intérieure d’avoir fait rire Yvon Deschamps. » – Véronic DiCaire.

« Yvon Deschamps, c’est un symbole incontournable du Québec, au même niveau que la musique traditionnelle, la poutine, le hockey et le Canadien de Montréal. C’est une institution du Québec et du Canada Français. » – Damien Robitaille

« C’est ma première influence. C’est le premier à m’avoir prouvé qu’on pouvait faire ça dans la vie. C’est mon idole de tous les temps, toutes catégories confondues. Pour moi, c’est le plus grand artiste de tous les temps. » – Laurent Paquin