Editos / 02/07/2012

Etre un fan 2012

Petite, j’aimais déjà d’un amour déconsidéré Joe Dassin, Dalida et Jacques Brel. Après, il y a eu Céline Dion et ma vie a changé. J’ai appris à partager la même réalité musicale que mes congénères.

A 12 ans, je peux avouer sans rougir que j’avais des posters de Britney Spears scotchés sur les murs de ma chambre, je voulais même devenir blonde et avoir le jogging blanc qu’elle portait dans le clip de « Sometimes » pour incarner une parfaite « mini-brit » lorsque je reprenais avec mes copines les chorégraphies dans la cour du collège. Ne rigole pas, tu as sûrement fait pareil, ou pire, qui sait ?

Mais mon coeur d’adolescente était scindé en deux, partageant de l’autre côté une folle passion pour les comédies musicales, starring Notre Dame De Paris, qui m’a donc fait basculer dans la force obscure de la variété. Et si en fond sonore, il y avait toujours un brin d’années 70, un peu de rock, de rap et de reggae, c’est bien parce que je voulais être une fille de tous les temps et pas uniquement dépendante de la météo musicale de ma province ensoleillée.

Pas d’idoles (ou presque) mais des posters, des magazines, des singles, des albums : de quoi, à l’époque, faire exploser mon porte monnaie d’adolescente. D’ailleurs quand on voit, aujourd’hui, ce qui se vend, je crois qu’il n’y a guère plus que les adolescentes qui achètent encore des disques – ou quelques passionnés des objets dont je fais partie. Mais je ne crois pas avoir été une vrai « fan », du genre de ceux qui se ruaient devant un bar à glaces la semaine dernière pour approcher la troupe des Anges de la Télé Réalité, de celles qui se font tatouer sur la fesse droite le titre du nouveau single de Matt Pokora ou encore moins des hystériques aux décibels incroyables qui s’égosillent à crier leur amour pendant les concerts de Mylène Farmer, Indochine ou Marc Lavoine. Les fans, je les ai vraiment côtoyé quand la musique était déjà devenu un travail : j’en ai croisé des intelligents, des touchants, des imbéciles, des asociables, des fous et juste une poignée de brebis égarées….

« C’est ça être fan » chantait Pascal Obispo il y a quelques années, comme si s’avouer fan de Michel Polnareff allait l’humaniser. Etre fan est au moins assez compliqué pour qu’un refrain et quatre couplets ne suffisent pas à donner une vraie définition de cet état, souvent symptomatique.

Finalement, c’est un peu comme aimer un homme à femmes. Ce n’est exclusif que dans un sens, parce que si l’artiste t’aime, c’est pour ce que tu représentes, pas pour tes 10 commentaires par jour sur sa page Facebook ou les 155 autographes que tu collectionnes dans un classeur rose bonbon. C’est voué à l’échec car on finit tous par brûler les idoles, même si le temps les ressuscite parfois. Finalement, toi, petit fan, tu ne sais pas ce que tu attends de cet amour qui n’a pas de sens, mais tu restes, tu te contentes d’un petit rien, d’un bonjour de loin à l’entrée des artistes comme d’un ébat passionné entre le bureau et la fête de l’école de sa petite dernière.

Mais, on est plus fan aujourd’hui comme on pouvait l’être à l’époque de Claude François, même si « les fans cassaient des fauteuils », pas comme à la mienne où voir chanter Hélène Ségara, Garou et cie chez Foucault le samedi soir suffisait à combler les coeurs de groupies… Aujourd’hui il y a Facebook, Twitter, Instagram et, sans jouer les rabat-joies, ça a quand même foutu un sacré bordel cette histoire de lien social virtuel.

Bon OK, c’est un outil de communication gratuit (enfin presque), parfait sur de nombreux points quant à la diffusion de la création artistique et… bla bla bla et bla : Vinyl Rhapsody n’a pas choisi d’exister pour rien. Mais là on parle des fans, de ceux qui pleurent pour un RT de la part de leur star préférée sur Twitter – ou d’une star tout court – juste pour se la raconter sur la cour de la Toile (On ne parle plus à la récré, on se stalk), de ceux qui laissent des commentaires sur Facebook attendant désespérément une réponse – ou appelée spam par les CM dignes de ce nom -, de ceux qui polluent ta timeline avec leurs vidéos d’archives, de passages télés, d’annonces de concert et tutti quanti.

Internet est né, pour rapprocher les peuples, accompagner la naissance d’un nouveau mode de communication, plus rapide, plus facile. Les fans ont bien compris qu’en deux ou trois clics et en insistant un peu, voire lourdement, ils peuvent se nourrir de l’impression d’avoir un lien particulier, une communication virtuelle mais « TROP COOL » avec la star qu’ils affichent en fond d’écran sur leurs iphones (ben oui, les posters c’est ringard maintenant). Plus de réelles attaches au matériel, on s’en tient au virtuel : mieux vaut avoir un de ses commentaire liké par Merwan Rim plutôt qu’ autographe affiché au-dessus de son lit d’ado que personne ne verra jamais.

Tu vois Pascal, c’est ça… être fan.

Ceci n’est pas un hommage à Michel Sardou, même si le titre en est inspiré, Obispo lui pique la vedette et les deux ne m’intéresse toujours pars. Ceci n’est pas un billet dur, parce que je ne suis pas Christophe Conte (ô maître devant l’infini), parce que ça dégouline tellement d’amour ces histoires de chats, de « soldiers », d’anges et de poussins que ça colle jusqu’à mon venin de sceptique par principe.

PS : L’illustration de l’article est réelle. Cette phrase a bel et bien été écrite sur une enveloppe à l’attention d’un artiste. Je n’en suis pas l’auteur (heureusement). 


Tags:  britney spears chanson française coup de gueule fan francofolies francophonie interviews joe dassin massilia sound system merwan rim michel sardou notre dame de paris sessions star system

Bookmark and Share




Previous Post
"Just a girl" like Mélanie Pain
Next Post
Céline Ollivier, La Femme à l'éventail



Diane Roudeix
Rédactrice en chef de La Bande Sonore




You might also like






More Story
"Just a girl" like Mélanie Pain
Découvrez le nouveau single "Just a girl"  de Mélanie Pain... La jeune chanteuse de Nouvelle Vague sortira prochainement...