Chroniques LP & EP / 09/02/2014

Fauve, les félins se sont aseptisés.

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Souvenons-nous. En 2011, Woodkid sort un premier EP, Iron. Deux ans plus tard, il gratifie ses plus grands fans ou a minima fervents défenseurs d’un terriblement bon The Golden Age. 100.000 exemplaires en France et disque de platine. Incontestablement le phénomène – qu’on aime ou qu’on aime pas – marque par sa stabilité : de l’EP à l’album en 2013, l’artiste reste fidèle. Et pour un jeune artiste, tant par son âge (il est né en 1983) que par sa courte carrière à l’heure actuelle, au moins preuve en est qu’il respecte son public.

Ça traine. Et ça traine trop.

Revenons à nos fauves. Saint Anne est uploadé sur Youtube un jour de décembre 2011. La découverte – toute personnelle – aura lieu un an après, un lien facebook collé sur mon mur avec une simple phrase « Tu connais ? ». Non je ne connaissais pas. Et on sent quelque chose, il y a un truc, c’est vrai. « Ce groupe », confie le collectif au Figaro, « c’est notre exutoire ». On le sent aussi, ça. Et qu’on aime ou pas, comme Woodkid, il y a une façon de parler la même colère que d’autres vivent ou d’autres ont vécu. Musicalement parlant, quelques fausses notes, quelques intonations un peu pénibles et juvéniles en moins bon que le rap de notre adolescence, mais quand même. Cette force, cette colère, ce quelque chose fait qu’on peut s’y attacher, on peut écouter en boucle 4.000 îles ou peut-être aussi Nuits Fauves.

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L’EP est sorti en mai 2013, de quoi faire monter la sauce autour du collectif invisible. Collectif qu’on croit sincère ou au contraire, qu’on ne croit pas, peu importe. L’essentiel est d’essayer de comprendre pourquoi, ce qui fait qu’on aime ou qu’on aime pas. Il y a dans ces écoutes quelque chose qui tient de l’incompréhensible : comment, moi, adoratrice de rap français de la vieille époque (90, par là), je pouvais être touchée par ce collectif de jeunes mecs qui parlait faux ? Des instrus efficaces ? Comment ne pas détester ces pâles copies d’un rap/slam qu’on avait avant adoré ? Peut-être parce que la génération que nous sommes et qui avons grandi aux rythmes et scansions d’une génération douée de rappeurs, bien longtemps qu’un groupe comme ça ne nous avait pas parlé ? Parce qu’on avait grandi et qu’on avait besoin d’avoir une grappe de petits jeunes de nos âges qui s’adressait à nous ? Il n’y a peut-être pas de réponses mais quelques pistes, chacune bien personnelle sans doute. 

Opération aseptisation

Quoi qu’il en soit le principe de Fauve est le même que celui de Woodkid. L’EP qui circule, qui fonctionne, la presse qui encense ce groupe sorti de nulle part – un peu à la MySpace – et l’attente de l’album. La fleur qui pourrait éclore. Pourtant, au rendez-vous, il n’y a rien d’autre qu’une suite de morceaux édulcorés au possible, quelques mélodies brouillonnes qui ne sentent même plus la même chose que les précédentes chansons distillées au fil du temps. Alors quoi ? Alors finalement cette attente pour ça ? Ces longs mois autour d’un collectif d’anonymes (qui ne le sont plus) à attendre qu’on daigne bien nous faire part d’une dizaine de morceaux terriblement dans la lignée des autres ? 

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Marketé comme s’il s’agissait de stars internationales, les artistes de Fauve ont entretenu le mystère jusque là. Jusqu’à ça. Jusqu’à cette fausse série de morceaux qu’on a même pas envie d’écouter jusqu’au bout. Pourquoi faire bien quand on peut bâcler son premier album? Autant les nombreuses chansons de ces deux dernières années sonnaient abouties et au minimum travaillées, autant l’album est édulcoré au possible, chiant, longuet, pénible, douloureux. Mauvais.

Ce qui reste de ces deux années de troublants silences autour de leur mystérieuse identité, c’est ça, un album globalement pas terrible d’un groupe dont on dirait qu’il n’en aurait rien à faire. L’effet s’est essoufflé. Vraiment, ça valait le coup de piquer le nom d’un chanteur suisse ? 



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Claire Berthelemy
Petite je voulais être journaliste. Alors je suis devenu journaliste. J'aime la musique et son éco-système, ses tubes pourris et ses intermittents aussi. J'ai vu de la lumière chez La bande sonore alors je suis entrée. C'était chaleureux et ça parlait musique. J'aime la musique et son éco-système, ses tubes pourris et ses intermittents aussi. Alors je suis restée.






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