« Penser à une montagne c’est un sentiment de puissance et d’ouverture sur les choses » Girls in Hawaii

Girls in hawaii Les belges de Girls in Hawaii avaient titillé leur public avec la sortie de leur single Misses en avril dernier. Everest, leur troisième album est disponible depuis début septembre, l’occasion de revenir avec eux sur pourquoi cet album. Dans un salon douillet chez Naïve, leur « maison d’artiste » française, ils se sont confiés sur les raisons de l’album, sa fabrication et comment ils en sont arrivés là.

Un parcours d’album serein

Les auteurs et compositeurs des Girls, ce sont Lionel et Antoine, les leaders du groupe, qui tiennent la barque depuis 2003 et leur premier EP. Depuis, dix ans se sont écoulés – un album tous les cinq ans donc – mais Lionel précise :

« On aimerait bien sortir le prochain disque assez vite mais quelque part, avec le recul, tout ça joue sur l’image que les gens ont de nous : un groupe qui prend son temps ».

Et leur temps, ils l’emploient notamment à « bien réfléchir aux tenants et aboutissants d’un disque« . Un album pour Girls in Hawaii, c’est avant tout penser, écrire, composer et mixer comme beaucoup d’artistes. Mais celui-ci contrairement aux précédents est passé par un parcours moins chaotique et de fait plus serein pour tout le monde. Antoine raconte :

« Pour celui-là, ça a été fait dans le bon ordre, au départ on a écrit pour nous, un peu pour se remettre à la musique et voir ce que ça nous ferait après deux ans de pause et le décès de Denis [son frère et batteur du groupe, NDLR].« 

Un an et demi d’écriture, un mois de studio – le duo central du groupe confie travailler 4 à 5 jours puis se lasser et donc préférer les petites séquences – et le disque était prêt. Simplicité et sérénité pour cet album, loin des « chemins de croix » des deux opus précédents.

Entre studio et choix des morceaux

Mais si le groupe décide de prendre les chemins des studios si tard dans sa carrière, c’est avant tout dû à une aversion – ancienne – pour tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une pièce trop saine et hors de prix. Pour Antoine, c’est simple, « la première fois qu'[ils ont] visité un studio, avec l’argent qu’allait couter l’enregistrement, [ils n’auraient] pu rester qu’une dizaine de jours. » Et dix jours pour enregistrer voix et instru, c’est court. Le groupe était tombé d’accord sur un autre constat :

« Un studio ressemble plus à un hôpital qu’un studio de musique, le mobilier est classe, tout est clean et c’est pas un lieu que tu peux t’approprier.« 

Mais ils ont trouvé leur petite perle, Lafrette, un havre de verdure dans une sorte de grande maison bourgeoise qui a déjà accueilli Autour de Lucie. En visualisant l’ambiance, on comprend aisément qu’ils aient apprécié travailler là-bas, « dans le studio de [leurs] rêves, conçu pour [eux]« . Le résultat ? Un album abouti. Lionel précise :

« Dans la réalisation du disque, on se retrouve avec quelque chose de techniquement vraiment fascinant. On est vraiment heureux en fait. Si on voulait une chance qu’il aboutisse, il ne fallait pas qu’on prenne tout sur nos épaules. »

Et ce qui constitue l’album n’est pas que technique et studio, « beaucoup de choses se croisent » explique Lionel. Quarante morceaux à l’origine, l’album définitif en contient onze. « On a été très sélectif pour composer un disque qui s’équilibrait bien et qui posait une vraie ambiance, plus cohérente que les disques d’avant » ajoute-t-il. Dix ans après le premier, le public est toujours là, fiévreux à l’idée d’aller acheter leur album et impatient de les voir sur scène – Le Trianon est complet et la deuxième et dernière date à Bruxelles tend à l’être – pour autant, contrairement à leur deuxième album, ils confient ne pas avoir travaillé en fonction d’un public ou du succès, même si « c’est une forme de cadeau » sourit le trentenaire qui précise :

« On avait besoin de faire un disque qui parle directement ou indirectement de tout ce q’on avait vécu aussi en tant que groupe.« 

Le vécu en onze chansons, défi difficile quand il en existe une quarantaine à l’origine. « On avait tellement le nez dedans qu’on était perdus et fragiles en tant que groupe, auteur et compositeur » raconte Antoine. La solution pour en mettre quelques uns de côté ? Les faire écouter à des amis et proches, chose qu’ils n’avaient jamais fait pour les albums précédents. Apprendre à s’entourer et faire confiance, comme deux conditions indispensables dont les garçons semblent avoir pris conscience. Une première sélection de titre s’est faite et ils se sont retrouvés en studio avec une vingtaine de titres. Puis, après clôture du mix, quelques-uns de moins « pour éviter que l’album ne soit trop long, lourd et pesant » précise Antoine.

Leurs montagnes

Détendu mais sans prétention, l’absence de stress leur a été bénéfique même s’ils sont l’un et l’autre conscients que la contexte de l’industrie du disque est quelque peu malmené. De la sérénité et de l’envie donc au sein d’un album riche de sens et de sons. Si la formation initiale n’est plus la même, les garçons expliquent aussi que la richesse de l’album est lié de toute façon à ce qu’ils on vécu en tant que groupe mais aussi en tant que frère et amis de Denis. Lionel explique :

« Avec l’accident de Denis, son décès, il y a eu un changement et c’est parfois difficile de mettre le doigt dessus mais on sait que c’est une chance d’être là. c’est un lâcher prise total, sur des choses douloureuses.« 

Everest, le titre de leur album, c’est une histoire de tournée lors du deuxième album. Un disque « humide » sourit Lionel, « un peu sombre, ancré dans la terre« . Il continue :

« Les frustrations qui naissent d’un disque nous ont donné envie de voir ce qu’il y avait de l’autre côté, l’aérien, plus ouvert, avec dans les paroles une sorte de nouvelle conscience de soi. Penser à une montagne c’est un sentiment de puissance et d’ouverture sur les choses.« 

Résultat, les synthés pour la brume et les neiges éternelles. Antoine s’étant isolé dans les Ardennes belges, l’ambiance lui a permis de réfléchir sur lui, qui il est et pourquoi, et de nourrir ses chansons de cette part d’introspection caractéristique de l’album. Mais « ce qui est compliqué c’est de savoir quelle est la part de conscience et quelle est celle d’inconscience quand on écrit, le sens et l’absurdité de la vie » raconte-t-il. Et ces réflexions alimentent à foison les paroles de l’album. Si chaque chanson est un condensé de thématiques, elles permettent à chacun d’y mettre ce qu’il veut. Entre douleur, souffrance, ambiguité face à la perte et vie, rien n’est oublié. Pourtant l’album n’est pas sombre. Multiples facettes, au ton nostalgique sans verser dans la mélancolie, le disque est « compliqué, avec des couches sonores différentes » précise Antoine.

Et si le groupe chante en anglais c’est aussi une question de culture musicale, « qui permet une certaine pudeur » raconte Lionel, « un côté magique dans lequel tu peux tout cacher alors que le français est très frontal et les mots sonnent rapidement cru« . Chanter anglais pour eux c’est comme « composer avec un synthé qui aurait eu ce son là« . Une sacré expérience !

Prochaine étape : la tournée qui commence le 22 octobre à Zurich. Et pour faire face à la demande pressante des parisiens, le groupe vient juste de donner une seconde date à Paris, après le Trianon en novembre, ils iront remplir l’Olympia le 18 mars 2014. « On a vraiment envie d’être en contact avec le public » conclut Antoine. Jusqu’à leur prochain album qu’il imagine « en ayant pas peur de le faire et surtout en ayant très envie« .