« L’objectif était de me définir » Franck Monnet

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Après une longue période de promotion, Franck Monnet est sur le point de repartir en Nouvelle-Zélande, pays où il est parti vivre pour retrouver celle qui l’aime et pour un nouveau départ. Quelques heures avant son départ, La Bande Sonore a rendez-vous avec lui à la Place Verte.

Waimarama, le nom de ton nouvel album, fait référence à une plage de Nouvelle-Zélande, pays dans lequel tu vis aujourd’hui. Est-ce que le point de départ est de regarder l’horizon au loin et de te remémorer la France que tu as connu et ses souvenirs ?

C’est un album très français en fait qui est aussi adressé au public français. C’est très banal une histoire d’amour, c’est pas la peine d’en parler, presque. La vision que j’ai de la France est complexe,  vraiment complexe. Je suis heureux là-bas, si j’ai décidé de m’installer là bas pour de bon c’est que je suis heureux là-bas mais il y a une forme de nostalgie. Il y a la famille, les amis, beaucoup d’amis et il y a ce métier qui consiste à écrire des chansons en étant chanteur, tout est beaucoup plus compliqué depuis que je suis là-bas. Je ne me plains pas parce que je réalise que c’était une décision difficile mais c’était une décision à prendre.

Ton album précédent date de 2006, là tu reviens en 2014…

J’ai aussi fais un album pour les enfants mais il compte beaucoup ! Quand il est sorti, j’ai des amis qui m’ont dit que c’était le meilleur. c’est ton album où on te reconnaît le mieux. Ca m’a fait super plaisir en fait parce que je suis un peu de leur avis. Sur certains aspects, je me suis plus amusé sur ce disque là que sur beaucoup d’autres que j’avais faites en studio avant. Dans la musique, je me suis amusé à faire des citations de mes albums précédents et à jouer vraiment, j’aime beaucoup ça. Ce disque aussi, c’est comme si il fermait un cycle de disques, une façon de dire au revoir très élégante.

Tu dis avoir terminé un cycle avec cet album pour enfants, quel est pour toi l’objectif de ce nouveau cycle que tu commences avec Waimarama ?

C’était de me définir en tant que personne. Etant donné que j’étais loin, que j’avais fait quelque chose d’un peu radical dans ma vie, ça m’a obligé, même administrativement, dans mon quotidien à parfois rendre compte de qui j’étais auprès des gens. Il m’a semblé indispensable de mettre ça en chanson. Les grands changements de vie te mettent face à toi-même, ça m’a imposé certaines mises au point.

 

 

Tu as collaboré avec Edith Valbuena, ex-chanteuse des Valentins mais aussi productrice d’Alain Bashung, Tété et beaucoup de grands disques, pourquoi et comment vous avez travaillé ensemble ?

C’est une histoire de rencontre. L’un et l’autre on entendait parler de l’autre bon j’entendais beaucoup plus parler d’elle que le contraire mais ça s’imposait au bout d’un moment. On s’est rencontré et ça a parut évident. Depuis 2000, 2001, on me dit qu’il faut que je la rencontre parce que je vais avoir un choc… et voilà j’ai eu un choc. C’est une musicienne exceptionnelle et c’est une femme incroyable, une superbe artiste. Elle a vraiment une vision, elle voit loin devant toi. C’était un vrai bonheur de travailler avec quelqu’un qui avait une telle finesse d’analyse sur le contenu et sur le but à atteindre.

Tu as écris Quelqu’un pour Pauline Croze mais malheureusement quelques mois après la sortie de son album, est-ce que tu l’as invitée sur 

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cette chanson comme cadeau de compensation ?

Je l’ai pas vraiment écrite pour elle, je l’ai écrite pour moi, pour le contenu de ce disque et quand je l’ai fini, je me suis dit : ah voilà !  Inviter Pauline était naturel parce que j’étais aussi avec Edith. Pauline a parlé de moi à Edith et on en avait parlé. Edith m’a dit ça serait bien, faudrait trouver une occasion pour jouer avec Pauline…  Je trouvais en plus qu’avec le timbre de Pauline qui est reconnaissable entre mille, ça serait bien que se soit juste sa voix à elle dans les chœurs qui fasse cette chose là totalement aérienne. J’avais écris les choeurs déjà que je faisais sur les maquettes, on l’a transposé pour elle et maintenant à chaque fois que je l’écoute j’ai  des frissons quand j’entend sa voix arriver.

 

 

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Il y aussi un duo avec Camélia Jordana que tu n’as pas pu connaitre via La Nouvelle Star, comment vous êtes-vous rencontré ?

Je l’ai découvert sur scène au Maroc l’an dernier pendant une résidence. Il n’y avait pas qu’elle, il y avait aussi François & The Atlas Mountain dont le nouvel album sort en ce moment. C’est une chanson légère mais je ne pense pas forcément que le personnage qu’elle chante soit forcément « girly ».  Les jeunes femmes ont parfois un rapport spécial à leur garde-robe mais je ne pense pas que se soit quelque chose de léger ce thème parce-que c’est lourd et que l’image  que l’on donne de soi est super importante. Il y a une sorte de malentendu entre les deux qui se passent bien parce qu’ils s’aiment. C’est un de mes grands trucs ça de dire qu’on a pas besoin de tout savoir et tout comprendre de l’autre pour  aimer quelqu’un. L’osmose n’est pas obligatoire, c’est l’enfer aussi l’osmose.

 

Dans le livret de l’album, il y a de nombreuse photo que tu as réalisées. Elles sont en mouvement, avec une idée de transport, il y a aussi un homme à cheval qui ressemble à Christophe en musclé. C’était une volonté de prolonger ton univers diégétique ?

Je me suis toujours très mal occupé de l’image sur mes disques précédents. C’est pas que j’ai eu des mauvaises pochettes mais j’ai toujours été mal à l’aise avec ça. sur ce disque là, il fallait vraiment faire quelque chose de cohérent, d’intelligible et donc les photos ça coulait de source. Je me suis toujours beaucoup intéressé à ça. J’ai fais des études d’architecte,  je suis architecte donc l’image, le dessin,  tout ça m’intéresse beaucoup. Même si les photos n’illustrent pas les photos précisément, ça fait que l’ensemble donne un miroir. Ca donne un univers  même si il fait souvent moins beau que sur les photos (rire).  Ca permet de se rendre compte que la Nouvelle-Zélande c’est spectaculairement beau et montrer la sensualité de ce pays. Ca participe au sens du disque comme pour des chansons comme Anorak, Différents. Je voulais donner une image du bonheur sur ce disque parce-que c’est maintenant quelque chose que je connais. Je ne voulais pas que ce disque soit hypocrite par rapport à ça, je ne fais semblant d’être heureux, il s’est vraiment arrivé dans ma vie.

Au-delà de l’histoire, tu as aussi une vraie précision photographique,  as-tu besoin de ça pour exprimer tes sentiments, être autant dans la justesse ?

J’essaye toujours de chercher une distance poétique,  un point de vue, une adresse, de penser à quelqu’un ou quelque chose d’un peu théâtralisé pour qu’il se passe quelque chose. Il se peut que se soit un accident pour que la chanson rencontre quelque chose comme ça. Guibert c’est vraiment ça c’est à dire que si le lecteur peut s’imaginer et bien il le dessine pas. Je trouve ça vraiment magnifique. Pour moi, c’est une BD des plus belles que j’ai lu de ma vie avec Persopolis où il y a un désir de ne dire que l’essentiel. Sur une chanson comme La Belle Industrie qui est assez narrative, ça m’a fait marrer de mettre un dialogue dedans et surtout éviter la leçon de morale et éviter la vision univoque de la réalité. J’étais heureux de rencontrer l’œuvre de cet artiste de BD incroyable qui en plus raconte la vie de quelqu’un d’autre.

 

 

 

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