Interview de Leeroy pour son prochain album Noir Fluo

On devait s’en douter, ce premier single Château Rouge augurait un nouvel album. Intitulé Noir Fluo et attendu pour le printemps prochain, il signe le retour de l’ex Saïan Supa Crew qui maintenant à décider de faire tomber les barrières entre Hip-hop et chanson française. Rencontre avec Leeroy quelques jours avant son concert à la Maroquinerie de Paris le 17 décembre. Hip-hop, pop culture et humour sont au rendez-vous.

LBS : Quelle est ta définition de Noir Fluo ?

Leeroy : Pour l’anecdote, le titre vient d’une parole que j’ai écrite de façon inopinée pour une chanson qui s’appelle Emmène moi dans laquelle je chante « J’ai les idées noires fluo ». Ca définit bien les ambivalences et les paradoxes que je possède comme le fait d’aimer autant la variété française qu’écoutait ma mère comme Michèle Torr ou Claude François que la musique arabe, musique égyptienne de mon père. Ensuite, j’ai découvert le hip-hop, le reggae, j’ai acheté des disques de Soul. J’ai une collection de fou, je me suis mis à sampler… Noir Fluo c’est tout ça, c’est à la fois toutes mes influences musicales, cinématographiques ou encore culturelles. Je suis un fan de Tarantino, sa manière de mélanger. Si je devais résumer Noir Fluo, ça serait Kill Bill : tu sais pas si c’est un western, un film japonais, ça bascule à un moment en anime manga, tu as des parties en noir et blanc. Ca pourrait être une bonne image pour illustrer ce nouvel album. C’est aussi ça parce que je suis plusieurs dans ma tête. Il aurait pu s’appeler Ombre est Lumière mais c’était déjà pris.

LBS : Tu as remis le pied à l’étrier en travaillant sur une production de BabX, puis tu as continué le travail avec General Elektriks, comment s’est passée la construction de ce nouvel album ?

Je bidouillais dans ma chambre pas mal de maquettes. Il se trouve que, par le plus grand des hasards, j’ai côtoyé BabX qui un jour m’a filé une seule musique, vraiment qu’une seule. C’était une sorte de fond de tiroir de son premier album, il n’a pas eu honte de me le dire. J’ai griffonné un premier morceau qui s’appelle : Ton Pote. Je lui ai renvoyé le mp3 et il m’a envoyé vingt mille textos où il me disait : « C’est dingue, c’est fou » et c’est ça qui m’a remis en confiance. Cette confiance a fait que j’ai construit autour le reste de mes maquettes qui sont devenues par la suite l’album. Après, Général Elektriks est venu m’aider à orchestrer tout ça et j’ai travaillé aussi avec Frank M’boueke à la batterie, Jeff Delort à la réal et Marcello Giuliani à la basse. L’ossature des morceaux, c’était mes bidouillages chez moi à la maison mais c’est vrai que BabX c’est la genèse de la confiance autour du projet aussi bien dans l’écriture que dans la texture des sons et la modernité que je voulais y injecter.

LBS : Tu as déjà sorti un premier album que tu considères plus comme une mixtape qu’un album assez travaillé, c’est pour cela que tu as pris tout ton temps pour celui-là ?

Exactement ! C’était un album fait à la va-vite, j’ai pas assez pris le temps. Il y a des fulgurances dessus ici ou là mais voilà il n’est pas assez abouti. Pour ce nouvel album, j’ai cherché longtemps. J’ai même tout réorchestré en enregistrant une vraie batterie, de vrais instruments alors qu’habituellement je bidouillais avec des samples école hip-hop, en travaillant sur un MPC etcetera. J’ai vraiment voulu essayer de tout orchestrer avec des instruments. Par la suite, on est revenu en arrière en mixant les deux manières de faire. Je ne savais pas exactement ce que je voulais mais lorsque je l’ai atteint au niveau du son et trouvé un bon compromis entre les deux, les étoiles et les planètes s’alignent et là on touche plus à rien. Quelque part sans le savoir, je voulais un son moderne mais qui garde une base hip-hop mais pas trop. Voilà c’est que du « mais pas trop ». Je voulais que ça reste bricolé classe, le gentleman bricoleur !

LBS : Tu fais parti de la troupe du Soldat Rose 2 pour la tournée, c’est un kiff de passer à la télévision le 26 décembre sur France 2 (à 22h30) en pleine fête de fin d’année ?

Je me suis retrouvé sur ce projet par hasard. Isabelle Nanty, la narratrice de ce conte, voulait quelqu’un qui lui donne la réplique et qui puisse illustrer vocalement afin de rendre le texte plus intéressant pour les enfants. Mon éditeur BMG m’a proposé, il a hésité un temps puis l’a fait en m’expliquant que c’était pour faire des bruitages, du beatbox et j’ai accepté tout de suite. De plus, Gad Elmaleh ne pouvait pas être présent sur la tournée donc j’ai récupéré en plus sa chanson. C’est une super expérience où tu côtoies des gens et tu comprends pourquoi ces personnes sont là. Ce ne sont que d’agréables surprises parce qu’on vient tous avec nos aprioris et finalement on les perd rapidement. Ce ne sont que des gens supers et je n’en aurais que du bien à dire. C’est tous des bosseurs et moi j’aime les bosseurs. Ce sont des gens qui dès qu’ils prennent un micro ça en met pas une à côté : des personnes comme Nolwenn, Elodie Frégé. Francis Cabrel dirige tout ce beau monde avec son flegme et son côté pince-sans-rire, c’est incroyable. Pour le 26 décembre, on va voir mais j’ai toujours du mal à me regarder ou à m’entendre, d’ailleurs tu détruiras cette bande (rires). Je vais passer à la télé, c’est super, c’est une expérience de plus.

LBS : Le 17 décembre, tu seras sur la scène de la Maroquinerie pour donner un avant-goût live de Noir Fluo. Alors ça se passe comment sur scène, t’es en solo, t’es deux en duo ou t’es trois en trouple comme dirait Isabelle Nanty dans ton dernier teaser ?

Elle est folle (rire) ! Alors sur scène, nous sommes quatre : un DJ, un batteur et un bassiste. Le bassiste est polyvalent il fait du clavier basse, de la guitare, du clavier et il chante avec moi donc on est quatre mais finalement beaucoup plus, rien qu’avec moi on est dix mille dans ma tête. Il y a beaucoup de choses ludiques. J’aborde la scène d’une nouvelle manière. Je voulais plus trop y aller parce que ça ne m’intéressait plus d’aller chanter des chansons, dire merci, au revoir ou levez la main puis s’en aller. Je ne voulais plus aller faire le chanteur mais j’y retourne et j’y ai repris goût. C’est un peu les montagnes russes, parfois tu as envie d’y aller d’autres fois non et là, en l’occurrence, j’ai trouvé mon truc à moi en y incorporant pas mal de liaisons intéressantes. Je ne fais pas des vannes sur scène mais c’est de cet ordre. Il y a des intro de chansons qui pistent sur une autre chanson, on déstructure et j’y injecte des influences à moi qu’elles viennent du hip-hop, du reggae, de la soul. Résultat : on s’amuse bien.

LBS : Tu as de nombreux invités pour cette date, comment ça s’est fait ?

On parlait du Soldat Rose justement et je me suis dit, tiens, qui est-ce que je pourrais piocher ? Mon tourneur a décidé de faire cette date sur Paris, on fait quelque chose de différent et on te donne carte blanche. Donc c’est la carte blanche de Leeroy. J’ai invité Féfé et Camélia Jordana parce qu’ils sont sur l’album mais je viens d’apprendre que Camélia sera malheureusement absente ce soir là donc je vais devoir soit trouver une remplaçante de luxe soit je mettrai une perruque.(rire) Tété que je connais depuis longtemps sera là, Barcella aussi, avec qui j’ai fait un duo et aussi les frères Souchon, Ours et Pierre Souchon. Eux deux, ça a grave été mes potes sur la tournée du Soldat Rose 2. J’ai enfin osé demander à tout ce beau monde et donc c’est super. On n’est pas prêt du tout mais on sera prêt pour le soir du concert.

Une chose est certaine, on y sera.