Juin nous a rendu Rose

La fille de « La Liste » (chanson semi-consacrée au panthéon des déclarations d’amour modernes), celle qui avait rangé un paquet de souvenirs sous sa frange. On l’avait un perdue, noyée dans le flot des chanteuses que chaque maison signait voyant en elles les nouvelles Françoise Hardy. A tort, on les a rangées sur le même étalage, oubliant qu’aucune n’était le double de l’autre. Rose c’est la fille à la guitare, à la mélancolie moderne, au « Je » assumé, une sensibilité franche et pudique : ceci rassemblé dessine les contours de ce que Rose a donné à voir depuis son premier album en 2006. « Et puis Juin » en plein coeur de l’hiver sonne l’heure de son retour.

Le premier single est de ces mélodies que Rose a toujours su fabriquer, douce et efficace. Le refrain revient naturellement en tête, ce « Et puis Juin, et puis toi », hymne à la maternité entre impatience et réalité, qui a le mérite de ne pas s’encombrer des mièvreries lexicales trop souvent employées dans l’exercice. Mais avec « Aux éclats je ris » au refrain contrasté entre une voix blanche et ce « Mais parfois encore, je crève de cette vie, je me mords les lèvres », mais avec ce « Je me manque » qui rejoint « L’acide » et « Je sais plus » au rang des plus beaux titres de Rose, mais avec « C’est donc rien », la chanteuse dévoile le bonheur tel qu’il est, lorsqu’il est entier, c’est-à-dire ambivalent. De sensations contradictoires, d’états seconds en secondes successives, se glisse « Comme si c’était demain » : sur la douceur écorchée de Rose s’étale dans le doute où s’invite un clavier laissant flotter la vérité. Un bonheur face A, face B qui fait sourire au nom des images qu’il invoque, « J’aime(pas) » : ce qui est con est parfois bon. La Rose mélancolique gifle en résonances mais les chansons d’amours réussies sont aussi belles d’autant d’échos. Un peu de pastel sur le noir… qui n’en voudrait pas ? « Mais ça va » résume bien cet état là, ces parenthèses qu’il est aussi bon de chanter que les nuits d’étouffements.

« Les pieds dans le bonheur », un bonheur qu’elle partage dans Paris, qui voit défiler tant d’histoires : « Jamais Paris ne me laisse », chanson capitale qui nous laisse fredonnant un « Petit pantin sur Grands Boulevards ».

On aurait pu croire à une ode à la maternité. On a eu peur mais finalement, ce sont autant du sourire de son garçon, de retrouvailles, d’amours, d’ambivalences et de mélancolies dont il est question dans « Et puis Juin ». D’autant de choses qu’il y a dans nos vies. Elle raconte tout ce qu’une fille comme elle est sur scène, elle raconte tout ce qu’on aurait envie de graver après l’avoir vécu.  C’est un album de Rose, à la hauteur de « La Liste ». Un très bel album de variété aux accents parfois pop et aux choeurs légers. On l’avait un peu perdu sous sa frange, merci à Juin de nous l’avoir ramené.

 

« Et puis Juin » – album disponible le 18 février – Rose au Trianon (Paris) le 4 avril 

 

 

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