Jukebox #11 : « L’autre Finistère » – Les Innocents

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Ces mots qu´on rêvait d’entendre / Et qui n´existent pas / Y devenir sourd : c’est par cette fin de couplet que je suis rentrée dans l’univers des Innocents, victoire de la musique du groupe de l’année 1994, 1996 et 1997.

Leur titre, « L’autre Finistère », a été une invitation au voyage dès la première écoute en 1996. De ce morceau naissait dans mon esprit des paysages précis, alors que je ne les connaissais pas encore. Avec ses paroles, à l’écriture poétique et à la syntaxe parfois surprenante, cette chanson dessinait un monde liquide et bruissant au bout de la route. Dans ce décor d’estuaire, de fleuve de soupirs, de longues plages de silence et de fin de terre, une femme tirée par une main bienveillante avait des larmes au bord des cils. Un homme se tenait à ses côtés en lui montrant l’horizon, prêt à essuyer la moindre échappée lacrymale. Ils se tenaient là, dans ce paysage de silence que seul le vent et les mouvements des eaux faisaient chanter.

 

« L’autre Finistère » était aussi un apprentissage. Il s’agit d’apprendre à lever le voile : sous le quotidien se cachent des jardins fertiles à débusquer. Il fallait aussi apprendre à se taire pour mieux entendre et mieux écouter, jeter aux vers et aux vautours nos plus beaux discours pour que chaque regard soit nouveau et chaque idée née d’un sentiment neuf. Ce morceau fait partie de ces chansons d’adolescence qui, quand elles resurgissent, bercent de doux souvenirs. L’album tout entier, Post-Partum, était d’une douceur et d’une vigueur que le temps n’a pas démenties. « Dentelle », « Un monde parfait » et « Colore » avec leur pop n’ont pas davantage perdu de leurs échos, presque vingt ans après.

 

« Car là-haut dans le ciel
Si un jour je m´en vais
Ce que je voudrais de nous
Emporter avant tout
C´est le sucre, et le miel
Et le peu que l´on sait
N´être qu´à nous »

Anne-Laure