Jukebox #3 : « Vancouver » – Véronique Sanson

On dit d’elle qu’elle chante sa vie. Et il est vrai que, derrière son piano, Véronique Sanson se met en musique et en mots. Mais l’imagination l’emporte parfois et résonne comme un appel d’air. Un vent d’ailleurs qui, peut-être, essaime une partie de son histoire, une partie de ces minutes au coeur de la nuit où elle doute de l’aurore, où l’obscurité éclaire ses blessures.
En février 1976 sort le quatrième album  de Véronique Sanson, enregistré à Londres. Ce 33 tours porte le nom d’une chanson Vancouver. Celle-ci fait bien sûr référence au port de l’ouest canadien. Mais, contrairement à ce que la jeune artiste de 27 ans écrit dans ce titre, elle n’a encore ni chanté dans le port de Vancouver ni arpenté ses rues à minuit. Son premier album, Amoureuse (1972), laissait déjà place à l’imagination. L’auteur-compositeur n’avait jamais vu Bahia ; quant à Mariavah, la ville n’existe que dans sa géographie intime. Véronique Sanson découvre Vancouver une dizaine d’années plus tard, un peu déconcertée. Au moment d’écrire, les images qui affluaient dans sa tête ne ressemblaient en rien à la réalité. Vancouver lui a été inspiré par l’assonance de la lettre « v ». Elle en joue tout au long de son texte, entrecroisant la ville et les bravos, la vie et l’envie, le rêve… La présence de ce son est un appel à la douceur, selon l’artiste. Un appel à l’envol aussi. Il y a dans Vancouver la quête d’une voie, un désir d’envies, une lassitude du tourbillon attirant et trompeur déjà trop connu. Ces thèmes sont également présents dans un autre titre de ce disque : Étrange comédie. Pour certains, Vancouver porte la trace des premières effluves de l’alcool ravageur (ravages clairement exposés en 2004 dans La douceur du danger). En 1976, Véronique Sanson vit aux USA. Elle est prisonnière d’un mariage encore tout frais (1973) et déjà poisseux. Elle avait failli s’enfuir, quelques minutes avant de dire oui, mais la politesse l’a retenue. Elle est également jeune maman : son fils, Christopher Stills, n’a pas deux ans. Le succès est au rendez-vous pour elle. D’ailleurs, cet album sera rapidement disque d’or. La France la réclame, elle tient deux semaines d’affilé l’affiche de l’Olympia. Et pourtant. Vancouver sonne comme un exil sur un radeau perdu, une fuite dans les remèdes nocturnes et une échappatoire dans les pas de danse qui rendent flou le monde, dans le sommeil diurne. La quête de soi ne peut se faire que de nuit, quand il n’y a aucun reflet possible dans les miroirs et peu de regards à croiser. Fugue amère, vibrato troublant et mélodie entraînante, pop-rock éclatant (qui réveille l’époque et n’a pas vieilli) et accent de blues, le style Sanson en somme.

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Et je chante
Dans le port de Vancouver
Et je lance
Des menaces dans les airs
Et je danse, je danse
C’est bien
Je ne vois jamais le matin
Et c’est bien