Jukebox #4 : « De ton côté du Lit » – Joe Dassin

 

C’est l’un des premiers disques que l’on m’a offert. A 8 ans, je n’avais dieu que pour Joe et Jacques (Brel). Cet espèce de grand écart entre légèreté (absurdité parfois) et gravité (mélancolie exacerbée) m’a fait groupie de ces deux chanteurs, déjà morts. Oui c’était en 1996 : Barbara Scaff chantait « Terre Indigo » et s’ouvrait avec les Worlds Appart le début de la tragique époque des boys bands. Qu’importe à l’époque, c’était Joe qui comptait (encore aujourd’hui d’ailleurs).

Je suis sûre que tu trouves ça un peu risible, voire très ringard. Traumatisé par les pantalons blancs à pattes d’eph, sa coupe de cheveux improbable et les imprimés de chemises bien échancrées et « légèrement » cintrées. Tu peux. Mais si l’on devait faire un match avec les caleçons à fleurs de notre enfance, la conclusion nous amènerait à croire que c’est l’empathie d’un sens du ridicule vestimentaire qui a définitivement scellé cette tendresse immortelle pour le chanteur de « La Fleur aux Dents ».

Bon si à 8 ans, les Daltons, les Pains au Chocolat apportent un peu de pétillant aux récréations et aux anniversaires de Grand-Maman. Il y a parmi les chansons qu’il me reste de Joe, celle-ci. Une belle chanson d’amour comme il en avait le secret : « A toi », « Salut Les Amoureux », « Au Café des Trois Colombes » pour les plus connues peut-être. De grandes chansons.

 

« De ton côté du lit » : Un titre trop méconnu, qui pourtant mériterait un bon coup de frais dans les arrangements et une élégante reprise. Une déclaration à l’absente. Les filles étaient souvent déjà parties dans les chansons de Joe. Des espèces d’ombres fantomatiques sanctifiées par le syndrome des disparues. Cette chanson est d’une simplicité absolue, assez bien écrite pour qu’elle traverse le temps et qu’elle séduise encore aujourd’hui. Parce qu’il y a des restes chez nous aussi, des images, des instants, des films que l’on se repasse en fixant les murs blancs. Parce qu’il y a dans nos vies, sur nos routes, dans nos lits parfois, la place du fantôme. Une absence qui fait corps.

 

« De rien de tous ces mots qui me feraient rougir
Si la honte et l´amour étaient faits pour s´unir
De ces cris de bonheur que j´ai trop étouffés
De tous ces souvenirs que nous avons ratés
De ces insultes mêmes et toute cette boue
Dont je t´ai maquillé lorsque j´étais à bout
De ton ombre immobile qui mange ma vie
Et qui ose dormir de ton côté du lit
De ton côté du lit, de ton côté du lit

De cet amour déjà fini
Et qui pourtant n´en finit pas
Délivre-moi, délivre-moi.. »