Céline Ollivier, La Femme à l’éventail

Céline Ollivier dévoile son premier album, féminité absolue restée sous un voile où la femme danse, se découvre, se met à nu avec la pudeur d’une plume résolument moderne. Avec sa voix au timbre identifiable, la jeune femme, auteur, compositeur et interprète propose des mélodies chaudes, délicates et rythmées. Entouré de Martin Gamet (Camille, Louis Chédid, Martin Rappeneau…) aux arrangements et à la réalisation et Stéphane Prin au mix (Jean-Louis Muret, Florent Marchet et Debout sur Le Zinc…), Céline Ollivier, ex-Maximum Kouette, a trouvé un équilibre rare pour un premier album empreint de sensibilités pop et latines dans un berceau de chanson française. A la fois douce et piquante, elle incarne toutes ces femmes dont elle évoque la trace, dans la vie. Des portraits. Des instants.

« Au Flore » s’adresse à Jane Birkin, un règlement de compte peut-être, mais l’on a peut-être pas envie d’imaginer la Jane dans ce costume « de faux-cul et de Marilou sous la neige », alors on revient la franchise, la légère insolence de l’exercice. « Mes adieux » impose le timbre de Céline Ollivier, voilé comme cette ombre qui plane sur cette histoire de séparation langoureuse : « Je rêvais à quelque chose d’audacieux mais c’est dur de se réinventer ». « Baby Doll » s’invite comme une respiration légère, teintée de pop désenchantée façon 80’s : un refrain entêtant, un peu comme « Alice » qui naviguent entre pop et folk autour d’une certitude d’espoir et de légèreté à vivre.Vient ensuite « La Femme à l’Eventail » qui donne son titre à l’album, poétique et efficace, on imagine volontiers qu’elle soit promise à un certain succès en radio.

« A ta manière’ prend la relève dans une ambiance latine enveloppante, l’ambiance d’un soir d’été tombant sur la fin d’une manade. On reconnaît, dans ce qui est l’une des plus belles chansons de l’album, l’influence de Lhasa de Sela dans un « Con Toda Palabra ». « Les billes bleues » trainent au fond des poches des filles un peu joueuses, un peu moqueuses peut être mais réalistes et actuelles. Comme le superbe « Jardin du Luxembourg » où la femme prend la place de l’homme dans la conscience collective : l’amante célèbre ici avec douceur la légèreté d’une relation cachée, construite d’instants volés qu’elle ne veut ni figer, ni laisser faner.

La complainte de la difficulté à trouver « Les mots justes »s’impose, délicate, sur une mélodie entre blues argentin et bossa nova avant d’offrir un conclusion « Le Miroir », musicalement dans la lignée de Feist, où la voix de Céline Ollivier se balade au milieu des graves entre l’enfant et la mère.

Non loin de ces consoeurs Jeanne Cherhal et La Grande Sophie ou des influences sensibles comme Stacey Kent ou Enzo Enzo, Céline Ollivier impose sa différence, elle se révèle et retient l’attention. Un bel album, rare, où le fil se déroule simplement mais non sans émotion.

La Femme à l’éventail de Céline Ollivier – dans les bacs depuis le 4 juin

En écoute sur son site officiel

Crédit photos : Nicolas Berat