« J’ai besoin de la musique pour trouver mes mots et j’ai besoin de temps. C’est ma façon de communiquer avec les autres. »La Grande Sophie

Au Fnac Live, on a eu la chance de discuter un moment avec La Grande Sophie quelques minutes avant son passage sur scène. L’occasion de parler avec elle de son album « La Place du fantôme » (Pour lire la critique de « La Place du Fantôme, c’est ici) avant de la laisser repartir en tournée jusqu’à la fin de l’année. Du charme, de l’élégance et de larges sourires.

Suzanne est au centre de l’album. On aurait pu penser que cette chanson aurait pu être présentée en introduction ? Pourquoi vient-elle clore l’album ?

D’abord Suzanne était vraiment une nécessité, j’ai eu besoin de créer ce personnage là car je suis vraiment quelqu’un de très pudique. Comme elle était fictive et venait vraiment de moi, je savais que je pouvais me livrer à l’infini. Elle arrive en toute fin, car c’est un peu comme si elle avait tout vu, elle sait tout ce qui s’est passé, elle partage les secrets. On me demande souvent d’expliquer l’album mais en fait c’est trop personnel, je ne peux pas faire ça. Quand j’écris une chanson, surtout pour cet album… On est vraiment dans un pan de ma vie, en dire plus… ce ne serait pas utile. Suzanne sait tout et puis chacun va aller chercher dans chaque chanson, une phrase, une idée et la faire correspondre avec sa propre histoire. Je ne peux pas imposer mon histoire à tout le monde.

 

 

Quand on comprend le rôle qu’elle joue, on est tenté de chercher dans chaque chanson, des échos, des mots qui s’adressent à elle…

Oui c’est vrai, on peut dire que son ombre est sur toutes les chansons

Est-ce que finalement, en dehors de vous protéger, Suzanne n’a finalement pas le rôle de passeur entre votre histoire, celles de ceux qui vous écoutent et ces sentiments que l’on partage tous finalement…

J’avais tellement envie moi de la créer que je ne me suis pas posée cette question mais c’est un peu ça, je crois… Parce qu’en effet si elle n’avait pas été là, j’en aurais peut être moins dit…

Les thèmes sont assez sombres (la mort, l’absence…), et pourtant rien n’est jamais lourd, jamais trop noir dans ces chansons… Est ce que cette ambiance musicale qui vient alléger les propos est un choix ou est-ce de toute façon une direction artistique que vous souhaitiez prendre ?

J’ai toujours aimé les contrastes comme ça. C’est pourquoi on m’a au début cataloguée de chanteuse « joyeuse, guillerette » parce que la mélodie emportait beaucoup de choses et là j’ai voulu insister davantage sur ma voix, utiliser tous les timbres, tout son spectre pour donner plus de poids aux mots mais la mélodie est toujours importante. J’aime qu’on la retienne, qu’elle invoque l’espoir car ça fait partie de ce que je suis. Là j’amène un côté beaucoup plus mélancolique certainement mais j’arrive à le placer…
Auparavant quand j’écrivais une chanson, j’étais tellement enthousiaste, je ne me posais pas autant de questions, j’allais la chanter, je ne réfléchissais pas vraiment à comment placer ma voix… Là c’est beaucoup plus réfléchi, chaque chose doit avoir sa place. Un tempo, par exemple, c’est très important dans une chanson donc j’ai passé des heures à trouver le bon tempo, la bonne tonalité…

Justement concernant le travail de la voix… Vous appartenez à une génération, celles des Françoises (Jeanne Cherhal, Camille, Olivia Ruiz, Rose de Moriarty…) qui ont été vite placée en opposition avec les interprètes féminines des années 90, les dites « chanteuses à voix » et pourtant vous en faites une utilisation finalement plus poussée, moins évidente certes mais la voix est aussi souvent au coeur de vos chansons… N’est ce pas finalement la qualité d’auteur compositeur interprète qui fait utiliser aujourd’hui autrement la voix, comme un instrument, certes mais en la plaçant toujours au coeur ?

C’est vrai que je l’utilise comme ça mais à la base, je ne suis pas touchée par la performance vocale en soi, ce n’est pas quelque chose qui va m’attirer mais je sais depuis le début que j’ai une voix plutôt large et aujourd’hui, j’arrive beaucoup mieux à l’utiliser, par rapport à mes besoins… pour les chansons que j’écris en effet… Mais ça je crois que c’est l’expérience qui fait ça…

Autre question générationnelle, rares sont ceux qui privilégient la poésie du français à la rythmique plus évidente de l’anglais pour porter leur univers musical… Certains mélangent les deux, est-ce une démarche vers laquelle vous pourriez aller ?

Je fais des reprises parfois parce que j’aime partager et m’approprier les chansons que j’ai aimé. Peut être un jour, mais il faudrait qu’il y ait une raison valable. Il y a tellement à faire avec la langue française et c’est une singularité finalement par rapport aux références que j’ai musicalement. Le français est difficile à faire sonner mais je dois aimer la difficulté alors car partir dans cette recherche là est très excitant. Je suis très contente quand je termine un texte sur une mélodie qui me tenait à coeur : réussir à trouver les bons mots, les faire sonner… J’aime le son des consonnes… Avec l’anglais ce serait plus simple. J’ai l’impression quelque part, même si je n’en veux pas du tout à ceux qui chantent en anglais, chacun se fait plaisir comme il le souhaite mais c’est un peu comme quand on voyage et que l’on retrouve dans chaque pays les mêmes chaines de magasins que l’on retrouve partout… On tombe un peu dans l’uniformisation… Mais bon par jeu et pour l’export, je tenterais peut-être un jour. Là, je voyage dans les pays francophones et puis j’aime l’idée de venir à la rencontre des gens avec mes mots et ma culture.

On a vraiment l’impression que cet album a été nécessaire pour vous, lorsque les chansons défilent certes mais aussi dans la façon dont vous le présentez, avec beaucoup de pudeur…

Je le considère comme un bilan, un constat, il marque vraiment un avant, et un après. Ce sera forcément différent. Par rapport à mon histoire mais aussi pour mon évolution musicale. Je n’avais plus envie de me cantonner à un style précis, me laisser enfermer dans une boite. J’aime me laisser guider par mon instinct, faire des mélanges et surprendre. J’aime ça en fait surprendre. Comme pour l’ouverture de l’album avec « Bye bye » à la voix haut perchée et aux énormes sons de moules que je n’avais jamais utilisé… je pense qu’on m’a pas forcément reconnu et c’est moi en même temps…

Justement comment livre t-on un projet aussi personnel ?

Il est accueilli de façon très chaleureuse… On ne sait jamais vraiment comment cela va se passer, il n’y a pas de recette pour cela et c’est vrai que là c’est étonnant…

Peut-être est ce justement les gens ont besoin d’artistes sincères, de chansons qui leur parlent…

C’est la question que je me pose parfois mais je ne sais pas si on a besoin d’en dire beaucoup sur soi pour faire une bonne chanson. J’en suis plutôt persuadée…

Oui mais sans parler de vos véritables émois personnels, chanter des choses réelles de la vie qui font que les gens s’y retrouvent… (Sophie sourit) Mais cela permet d’amener encore autre chose de vous finalement. Et pourtant l’auditeur est toujours au centre dans vos chansons, cela s’explique difficilement mais c’est une sensation plutôt claire à l’écoute de cet album… Alors que la nécessité de cet album, c’est à vous qu’elle s’est imposé…

Cela vient assez naturellement, de laisser la place aux autres. J’en suis consciente. J’ai parfois l’impression d’être très claire dans mes chansons, d’avoir tout dit et on finit par me dire que je suis bien mystérieuse. Alors que je ne peux en dire plus… je ne peux pas expliquer, parce qu’en général je parle peu, j’aime beaucoup écouter les autres et finalement le format de la chanson est celui qui me convient le mieux. J’ai besoin de la musique pour trouver mes mots et j’ai besoin de temps. C’est ma façon de communiquer avec les autres. Parler des chansons du coup c’est un peu compliqué…

Est ce que c’est forcément très utile finalement, d’en parler ? De chercher à tout prix des explications…

Non je ne crois pas, cela reviendrait à brider l’autre avec mon histoire. La part d’imaginaire est très importante lorsqu’on écoute une chanson. Lorsque j’en écoute, parfois, je prends un mot, une phrase et puis je la raporte à mon histoire… Je ne cherche pas forcément à savoir ce qu’a voulu dire la personne. Les chansons sont souvent des marque temps dans notre vie, cela nous rappelle un souvenir… un instant.

Pour finir… Quelle a été la bande sonore qui vous accompagné lors de l’écriture de cet album, un morceau qui vous aurait marqué particulièrement dans cette période charnière ?

J’ai mis du temps à réécouter de la musique… Mais sur toute cette tournée, je rentre en scène sur une musique de Hans Zimmer, « Time », du film Inception. Je n’ai pas forcément aimé le film mais à la fin j’ai été saisi par la musique. Je l’ai écouté en boucle, en boucle et j’avais l’impression d’être enveloppée dans une vague… J’ai donc voulu la mettre en intro du spectacle pour me donner de la force. Je la trouve saisissante.

 

 

Merci à la Grande Sophie, Ophélie, Julie , Simo Chaoui et Anne-Laure Bovéron

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