Live reports / 16/10/2015

La mystique d’In The Canopy au #MaMA15

Pour cette deuxième journée du MaMA (pour lire ou relire la première c’est par là) nous nous sommes dirigés vers le concert d’In the Canopy au By the Mill / Backstage. Déjà chroniqués sur La Bande Sonore à l’occasion de leur EP « Never Return », et croisés en mars dernier à Flèche d’Or aux côtés de Sizarr, le groupe In the Canopy avait réalisé une heureuse performance : les retardataires étaient repartis après un détour par le merch avec leurs deux EPs pour en savoir plus. Groupe parisien d’art rock, tendant parfois vers une forme de chamber pop voire sur des sonorités plus psyché, le groupe mélange terre et ciel sur des airs à la fois aériens et minéraux, entre arrangements taillés comme la pierre, riffs vaporeux et une voix planante qui se fait tantôt mélodie, tantôt mélopée. Ne nous y trompons pas, nulle interprétation douteuse : l’imagerie terrienne et picturale est déclinée par ceux qui s’appellent eux-même « canopiens » comme identité textuelle, musicale, scénique et visuelle. Ainsi, sur leur dernier EP « The Light Through » aux arrangements d’ailleurs plus travaillés et paradoxalement plus électroniques aussi que le précédent figure l’image d’une canopée inversée, quand sur l’EP « Never Return » un paysage de montagne est représenté en miroir, donnant l’illusion que terre et mer se mêlent pour ne devenir qu’un.

Chanteur envoûtant du groupe, qui travaille une présence scénique mystique – on pense notamment à ses mains qui s’élèvent vers le ciel pour accompagner les montées de sa voix – Joachim Müllner, qui s’était illustré dernièrement avec une chanson à cappella dans 15 endroits différents, est arrivé sur la petite scène du By the Mill / Backstage, en présentant à bout de bras le fameux crâne du groupe à la foule avant de le poser cérémonieusement devant la scène, alors que résonnaient les premières notes de synthé, appelant à leur tour une batterie tribale. Entre chants méditatifs et danses désarticulées qui surgiront dès le deuxième morceau « 1,2,3,4 Hands », le groupe fait émerger son univers entre spirituel, plongée dans la nature avec des bruits de grillons pour accompagner les silences et réflexions sur sa propre humanité – et en ceci, le crâne interpellera les amateurs de cabinets de réflexion. En introduction de « Never Return », morceau dédié à ce retour à un état de nature, Joachim précisera d’ailleurs sa pensée : « Nous ne sommes pas beaucoup plus que des singes bavards… Et je suis très bavard. ».

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Sur ce sujet du retour à une forme d’état de nature, finalement très Montaignien, il n’est pas avare où, comme lors de l’introduction de « The Light Through », il précise que ce morceau est dédié à « La lumière que l’on pourra retrouver quand on aura pété les carcans dans nos têtes ». En développant en live ces deux axes, entre musicalité et discours politico-mystique, « In the Canopy » se contraint à devoir plaire sur les tableaux. Ce qui est un peu dommage car c’est surtout ce que l’on retiendra du concert, et là que le bât peut blesser : soit le discours repousse et l’on se retrouve à rejeter le groupe et sa prestation pour autre chose que leur esthétique musicale, pourtant bien pensée (qui peut rester insensible au charme du morceau « Crystal Ball » ?), soit on l’accepte, même sans trop y croire mais en faisant crédit d’une certaine sincérité de passer la porte de leur univers et on se laisse porter. Et c’est pourra en choisissant cette dernière option que l’on pourra passer, comme hier, un agréable concert en présence d’un groupe qui ne manque pas de talent et à l’humilité évidente : la longue litanie des remerciements en fin de concert au RIF, au dispositif Itinérances, au réseau MAP, à la technique, ou encore à la manager du groupe en témoigne. Nous les reverrons avec plaisir à la Clef le 10 décembre en première partie de Jay-Jay Johanson.


Tags:  in the canopy joachim müllner mama15

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Pierrick Prévert




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