La Place du Fantôme – La Grande Sophie

Une dernière piste, pour la raison d’être d’un seul disque : « Suzanne », bijou incontestable. Suzanne est le personnage de La Grande Sophie. Celle qu’elle a crée, celle qui parle parfois, celle à qui la Grande Sophie s’adresse souvent. Une part d’elle-même, certainement. Elle ne le renie pas mais laisse planer le doute, l’ombre pour laisser de l’espace aux autres, à ceux qui ne font qu’écouter, dans cet écrin intimiste qu’elle partage avec pudeur et élégance.

La Grande Sophie traîne sur les scènes francophones depuis plus de 15 ans, tout un travail d’auteur-compositeur-interprète, à tord parfois résumé à son succès avec « Du Courage ». Avec « La Place du fantôme », la Grande Sophie poursuit le virage entamé doucement avec « Des vagues et des ruisseaux ». La voix au coeur, un son plus travaillé, loin des guitares acoustiques de ces débuts populaires, la femme devant l’allure guillerette.

« Bye, bye, etc », en introduction, un au revoir métallique et puissant, La Grande Sophie balaye l’avant avec un teint électro-rock industriel, la voix haute. Le regard aussi, on imagine. Ainsi sonne l’entrée en matière dans un disque bouillonnant, aiguisé mais tout aussi délicat et élégant.

Cet album sonne comme un nécessité vitale, il aurait pu avoir l’urgence des douleurs à expulser mais il n’est que subtilité de ce que l’on dépose, que l’on remet entre les mains des autres. En contrepoints de textes introspectifs sur le jeu de la présence, de l’absence, la horde du temps, la musique s’étend comme un ciel infini, chargé d’espoirs et de sons éclairés comme les instants de félicité au quotidien. Ainsi, les fantômes de la Grande Sophie ne marchent jamais sur l’ombre des notres. Ils s’embrassent, laissant à chacun la pudeur de ne point se livrer, la liberté de se les incarner.

Il n’y a pas de détours dans les jeux de mots de Sophie Hurieux, qui signe, ici, tous les textes, il n’y a que des images, une poésie rare et inattendue. « Tu fais ton âge » s’impose en une supplique bouleversante sur le temps alors qu’ « Ecris moi » sonne presque comme une lettre à un soi, perdu, égaré, avec le temps. « Ne deviens jamais raisonnable, ne mets pas de point reste toujours incontrolable, parle moi sans fin », comme une promesse entre celle que l’on est, et celle que l’on devient, la peur de s’échapper de voir les choses s’enfuir, contre le jeu de l’image, qui voudrait que l’on taise pour se contenir dans son propre cadre.

Avec « Ma Radio », les notes de synthés habillent l’espace, la voix de Sophie finit par l’habiter complètement, habiter ce vide, que souvent viennent combler les ondes, branchées, connectées. Ce fond sonore comme une « Suzanne » est plusieurs, qui s’incarne quand l’oreille est attirée par un mot, un geste qui nous en sort incarnant une foule, une immensité si large qu’elle nous est inaccessible mais à laquelle on souhaite, on aime prendre part.« Des mots, des airs, des histoires ». La voix se fait velours, légère avant de s’envoler. Sophie chante comme jamais. Instrument à part entière, elle se dévoile en mille couleurs, ciment des idées noires aux cimes les plus inattendues, toujours précise, légère. Un nouveau souffle. Ce nouvel album est une redécouverte, presque une rencontre. La Grande Sophie devient pop, folk, électro, rock et par les mots, elles et Suzanne, s’incarnent au gré des fantômes qui vont et viennent.

 Je me suis souvent demandée pourquoi Sophie Huriaux avait collé La Grande en particule à son prénom. Avec « La Place du Fantôme », plus aucune question ne subsiste. C’est une Grande, Sophie.

 

 

Album « La Place du Fantôme » (Polydor/Universal)

En tournée dans toute la France jusqu’en 2013 et le 23 novembre à L’Olympia

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