Editos / 31/05/2012

L’art de la reprise

 

La variété n’existe donc plus. Enfin, la grande variété populaire comme on l’entend depuis le début des années 90. Ce n’est pas un postulat, juste le message subliminal que les maisons de disques nous envoient avec la liste des albums à paraître. Garou, Chimène Badi reviennent avec des reprises. Il y a quelques années, Patrick Fiori, Lara Fabian, Hélène Ségara et Florent Pagny étaient passés par là. Matt Pokora est sorti de l’enfer avec un titre de Jean-Jacques Goldman et sa consoeur Shy’m a tenté le même coup de poker l’année suivante avec « En Apesanteur » de Calogero. Aujourd’hui, Princesse Sarah revisite « A la faveur de l’automne » et Yannick Noah se prend pour Bob Marley. Trop souvent, certains artistes finissent toujours par confier au détour d’une interview que ce choix dit « artistique » n’était rien de plus qu’une commande de la maison de disques. On déguise ses albums de reprises en hommage, en projet spécial, en symphonique ou dans une autre langue. Peu importe, on finit parfois par en garder une ou deux en se disant que « dans le fond, ce n’est pas si mal » mais les quatorze titres provoquent bien souvent une indigestion de nostalgie.

Croire que si une chanson a fonctionné pour un artiste, elle fera vendre les disques de celui qui la reprendra est une ineptie. Finalement, ce n’est bien souvent qu’une solution pour pallier à l’absence d’une direction artistique, désorientée par l’incompréhension d’un marché en constante mutation, une solution presque facile.En revanche, l’art de la cover est délicat, et si certains y excellent (Cat Power ou Maurane, pour ne citer qu’elles), d’autres y laissent des plumes (Lara Fabian, Shy’m en tête). Il faudrait pouvoir garder ce partage de la nostalgie comme des exceptions brillantes, singulières, de ces moments de musique, qui marquent et laissent une trace.

Cela doit être compliqué de prendre le temps d’écouter, de découvrir de nouveaux compositeurs, de jeunes auteurs. Cela doit impossible de mélanger les genres, de provoquer des rencontres et de faire émerger quelque chose de nouveau par le croisement de plusieurs identités artistiques. Alors, on préfère envoyer au charbon les artistes, un peu égarés, saborder des talents qui, pourtant, avaient toutes les armes pour s’éterniser dans le paysage musical français.

L’assèchement du marché du disque conduit donc à l’absurde. Enfin, c’est une pierre, deux coups. Le repreneur, le reprenant, les deux cumulés… on pourra peut être nourrir tout le monde.


Tags:  jenifer la bande sonore lara fabian ; maurane ; yannick noah ; garou ; helene segara ; reprises ; cover ; marché du disque

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Diane Roudeix
Rédactrice en chef de La Bande Sonore




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