Luce : rencontre autour d’un thé Chaud

« Je ne vais pas raconter de blagues salaces. Cette fille c’est déception sur déception. » voilà la première phrase de Luce quand démarre le magnétophone. Avec un regard pétillant, beaucoup d’humour et une énergie incroyable alors qu’elle était malade après le tournage de son clip Polka, Luce a bien voulu répondre à nos questions le temps d’un long thé avant l’heure du déjeuner. Pas de chouquettes pour une fois mais un retour sur son nouvel album Chaud qui sort aujourd’hui (le 23 février 2015).

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LBS : Trois ans se sont passés entre ton premier album et Chaud, dans quelle condition tu as travaillé à ce nouvel album ?

Luce : Sur le premier album, j’avais besoin de démontrer certaines choses, j’avais besoin de montrer ma voix, toutes les palettes, besoin de montrer n’importe quoi parce qu’en fait j’étais indécise sur ce que je voulais faire vraiment. La rencontre avec Mathieu Boogaerts a affiné complètement mon style mais surtout on savait ce que l’on voulait faire dès le départ à la différence du premier album. Cette envie, c’était celle de mettre la voix en avant, d’enlever plein de tics de ma voix que je possédais comme faire des vibratos quand j’arrivais pas à atteindre la note, des trucs de chanteuse (rire) bref des choses que tout le monde fait. La rencontre avec Mathieu elle me révèle en tant que fille un peu plus mature et ça m’a poussé à faire certains choix, c’est assez radical sur certains titres. On prend des titres en acoustique, c’est un album qui a une vraie base acoustique, avec des tendances pop à certains endroits, assez épuré. Ce choix vient du fait que Mathieu m’a dit que sur le premier album on n’entendait pas assez ma voix. Je n’avais pas assez de recul à l’époque, j’avais aussi besoin de me cacher tandis que maintenant j’ai envie que ma voix explose, qu’on entende pratiquement que ça parce que je la trouve bien du fait du travail avec Mathieu. Je trouve aussi un style que je trouve classe, qui me va bien. C’est un peu comme si c’était une nouvelle Luce qui arrive. C’est un peu mon vrai premier album en terme d’engagement, de parti-pris et de dire c’est ça que je suis, c’est Chaud !

LBS : Pour ton premier album tu avais fait appel à Katerine, Orelsan & Mathieu Boogaerts. Pourquoi avoir gardé uniquement Mathieu Boogaerts pour Chaud ?

Luce : Première phalange c’était un petit peu un test. Je sortais de la Nouvelle Star et j’étais un petit peu perdue mais j’ai déjà fait de bons choix à l’époque dont certains titres que je trouve très bons aussi mais ça partait dans tous les sens. Je n’ai pas su me cadrer à cette époque. En fait la rencontre avec Mathieu Boogaerts ça a été La rencontre. Déjà il y a eu une co-écriture sur Je Fume et Elise. Ca a été aussi le cas avec Orelsan mais c’était sous une forme différente de co-écriture. Mathieu ne travaille pas du tout de la même manière, d’ailleurs personne ne travaille comme lui. Je me sens très proche de Katerine dans cette famille extravagante mais sainte finalement mais je crois que ce n’était pas forcément ceux vers quoi j’avais envie de me diriger. Quand avec Mathieu on s’est retrouvé et que l’on s’est dit que l’on pourrait peut-être retravailler ensemble, on avait créé un peu plus que sur le premier album, c’est à dire que l’on se voyait beaucoup plus qu’avec Orelsan ou Katerine, il y a une autre relation qui s’est installée et puis surtout je me sens proche de la langue qu’utilise Mathieu. Je me sens proche de ses tournures, de sa manière de travailler. J’aime ce qu’il écrit, ce qu’il dégage donc ça s’est fait assez naturellement.

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LBS : Tu n’avais pas peur de te faire vampiriser par son style très marqué et son écriture ?

Luce : Oui et non parce que Mathieu prend beaucoup de place, Katerine aussi parce que ce sont des artistes avec des personnalités très marquées qui peuvent chanter certaines choses que d’autres ne peuvent pas chanter. Avec Mathieu, il a fallu trouver un équilibre. On sent qu’il est présent sur tout l’album parce qu’il réalise, parce qu’il fait les instruments, parce qu’il écrit mais moi, je trouve ma place comme interprète et je n’ai pas à rougir du tout de cette place là parce que sur Chaud, il y a des titres que jamais Mathieu ne pourra chanter comme Chaussures ou Le Feu au Cul parce qu’il est trop pudique, plus dans du coton alors que moi j’ai un côté beaucoup plus pump, voire rock, du coup je permets de passer des messages que lui ne pourrait pas faire passer. On a un équilibre. Il est très présent, je n’ai jamais cherché à le cacher et je crois que j’avais besoin aussi d’une forte présence à côté pour me retrouver dans un rôle que je n’avais pas dans le premier album qui est celui assez basique d’interprète. Basique mais n’est pas à prendre de façon péjorative, c’est vraiment super, en tant qu’interprète on m’habille de la tête au pied, je suis la muse de Mathieu Boogaerts avec tous les bons côtés que cela comporte. Je ne compose pas, j’ai co-écrit certains titres, je ne joue pas d’instruments et je ne prétends pas avoir tout fait sur cet album. J’ai donné ma voix, donné mes émotions, mes sentiments, j’ai co-signé trois titres et ce rôle d’interprète me va plus que bien. Je suis une muse sur cet album.

LBS : Mathieu Boogaerts dit souvent sur scène, avec humour, que si il jouait ses titres un tout petit peu plus rapidement, il ne ferait que des tubes. Tes chansons sur plus rapides que les siennes donc les tubes c’est pour toi ?

Luce : Les tubes c’est pour moi ! (rires) Ca m’étonne qu’il ait pu dire ça mais c’est vrai qu’il aimerait ne faire que des tubes mais bien sûr c’est avec humour. J’espère vraiment que c’est pour moi les tubes, peut-être que c’est ma bouche qui va faire un nouveau tube de Mathieu. Il en a déjà fait plein, j’appel ça des tubes discrets parce que Mathieu à cette élégance mais des titres comme Comment tu t’appelles ? (sur l’album J’en ai Marre d’être Deux, ndlr) c’est un de mes titres préférés de Mathieu et c’est un tube à sa manière. C’est quelqu’un d’assidu, il n’y a pas la place pour l’inconnu, il sait ce qu’il veut, ça peut en être même effrayant à quel point il sait être pointilleux, exigeant. Mais il peut se le permettre donc chaque morceau, comme il est travaillé comme ça, est un petit tube.

LBS : Tu parlais du fait de mettre ta voix en avant, vous cherchiez à atteindre quel résultat ?

Luce : Les morceaux sont nés en guitare-voix donc ce sont des morceaux qui ont très légers dès le départ. On avait la guitare, la voix, ça donnait déjà une dimension principale autour de la voix, le reste du travail a été fait autour. Quand je chante, j’ai parfois une certaine gouaille, un peu cabaret, assez burlesque, que je n’aime pas forcément mais c’est ma manière de chanter. C’est quelque chose que Mathieu n’aime pas forcément dans ma voix à part sur certains passages quand ça sort naturellement mais trop axé sur ça, il n’aime pas. Du coup on a désamorcé ça afin de chanter plus simplement, plus sobrement mais en gardant des éclats de voix comme sur Vernis ou Sable. Ce que je préfère dans ma voix c’est ce qui se dégage dans Sable, c’est pur, sans vibrato, plus cohérent. La voix est en avant, c’est certains instruments qui viennent l’habiller à droite à gauche. La voix en est la priorité et je crois qu’il a eu raison. (son téléphone sonne, c’est Mathieu Boogaerts) Il sait qu’on parle de lui, il a les oreilles qui sifflent (rires).


LBS : Dans ma Maman a un son très spécifique, une ambiance très spécial, tu sembles loin du micro, dans une pièce feutrée. Comment avez-vous enregistré pour avoir un rendu avec autant d’ambiances différentes ?

Luce : Pour certains morceaux ont été gardés les maquettes guitare-voix. C’est assez important parce qu’on est jamais arrivé à ce que l’on voulait en studio alors que l’on avait toutes les conditions pour. Le sifflement de Let’s Go c’est une piste faite dans le studio de Mathieu à Belleville. On avait envie d’enregistrer carrément certaines sessions autour d’un feu de cheminée en extérieur pour garder le crépitement, le chant des oiseaux parce que ça s’y prête et que ma voix est vachement chaude. Parfois ça suffit, sur Let’s Go, Sable, Dans Ma Maman, il y a certaines ambiances en studio qu’on arrivait pas à reproduire et on était content des maquettes donc on les a gardées. Au studio Pigalle, on avait déjà une ambiance tapis, Selim (Joseph Chédid, ndlr) était face à moi et a même essayé d’enregistrer à trois dans la même pièce avec Joseph et Zaf Zapha devant moi dans le studio et Mathieu en haut. On a fait aussi des prises où on était tous ensemble. Je n’avais jamais travaillé comme ça, c’était risqué mais très intéressant. On a éteint les lumières à certains moments pour être plus dans une ambiance tamisée. Le studio c’était fatiguant mais il y avait un côté très famille et ce côté aussi on verra, on a déjà des bonnes prises. C’était assez aérien finalement.

LBS : Quand as-tu rencontré les musiciens qui ont collaboré à l’album ?

Luce : J’ai rencontré Zaf Zapha, à la basse, sur plusieurs dates à la Java de Belleville parce que j’étais allée chanter avec Mathieu sur scène là-bas. J’y ai aussi rencontré Anthony Caillet aux cuivres. Après Joseph, c’est Mathieu qui me l’a présenté. On est parti faire une session à Risoul dans les Alpes, dans la station de ski. On y était invité pour faire un concert là-bas et en échange d’un forfait d’une semaine de ski là-bas. Donc j’y étais avec Mathieu, Joseph et Zaf, c’est comme ça que l’on a fait notre première scène, c’était il y a un an déjà. On a hyper accroché et Mathieu était convaincu qu’on avait besoin de Joseph sur le projet parce que sa manière de jouer est un tout petit peu déséquilibré, elle n’est pas toujours droite, il y a quelque chose d’un peu maladroit qui est hyper charmant chez Joseph mais aussi dans sa manière d’être et dans sa musique avec Selim. Mathieu m’a présenté son équipe, ça l’a fait. Au départ, j’avais peur que ça m’enferme encore plus parce qu’il a l’habitude de travailler avec eux et finalement c’est rond, ça coule, ça marche donc pas besoin d’aller chercher plus loin que ça.

LBS : Le visuel de l’album pour Chaud est très fort, tu voulais quoi exactement ? 

Luce : Pour Chaud, j’ai beaucoup réfléchi parce que je ne savais pas si je voulais un portrait ou une légère mise en scène. Je savais que je voulais quelque chose de très épuré et surtout de très très pop. Je me présente avec une nouvelle image parce que j’ai perdu pas mal de poids, cette image-là allait me présenter pour la première fois avec un projet beaucoup plus cohérent, une image assez changée. Je me considère comme quelqu’un de pop mais dans le sens populaire, c’est un terme qui a plein de bon sens pour moi. Je voulais que se soit frontal donc on a fait un portrait. On a des couleurs qui sont assez froides pour un album qui a pour titre Chaud, ça n’a pas été réfléchi, c’est venu après, on s’en est rendu compte mais ce n’était pas forcément voulu. Les photos sont de Paul Rousteau. Elle est simple et efficace cette photo. On a un makeup, trois couleurs, le fond, le collier, les mèches de cheveux, la symétrie… c’est des gars de Nantes, l’équipe de Appelle moi Papa que j’ai découvert par hasard sur internet. On les a contacté et ils ont apporté quelque chose très pop, pas parisien, très J-pop, K-pop. A l’intérieur de l’album, on a des téléphones, des culottes, des chats, c’est ludique et c’est pop. Ce qui représente le mieux cette pochette c’est le titre Malibu. C’est celle qui a été le plus imagé autour de l’album après sur d’autres photos, on ressent Sable dans mon regard, le côté désinvolte de M’Attends Pas… ça représente beaucoup de morceaux mais c’est surtout Malibu.

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LBS : Chaud est entre joie & mélancolie, parfois les deux dans un seul titre comme dans Polka. Tu souris sur la pochette mais tu est triste sur celle de derrière. C’était justement pour souligner ces deux sentiments présents sur l’album ?

Luce : C’est vraiment une pochette ludique. Quand tu écoutes tout l’album, tu te dis qu’il y a quand même de la mélancolie, beaucoup d’humour aussi. L’humour vient ensuite pour cacher le côté meurtri de cette chanteuse un peu folle (rires), un peu loufoque. J’ai souvent un regard assez mélancolique, assez triste sur les photos. C’est peut-être ma manière de regarder les choses qui est comme ça. J’ai les yeux de mon père en plus… mais lui n’a pas le regard triste. C’est un condensé d’émotions par rapport à mes titres.

LBS : Le titre dont tu es le plus fier ?

Luce : Ah c’est dur ! Il y a des titres qui me touchent plus. La chanson Dans Ma Maman est une chanteuse qui est pour ma maman donc c’est une chanson qui me plait particulièrement, j’ai une relation très fusionnelle avec elle et Mathieu l’a écrite en conséquence donc le fait de vouloir me reblottir en elle, c’est imagé mais c’est celle dont je suis le plus fier parce que c’est un très beau message pour elle. C’est cliché ce que je dis mais c’est vrai.
Après mon titre c’est Malibu, on y vient. C’est un des morceaux qui me décrit le mieux, il y a des sonorités années 80 que j’adore, j’adore le texte, j’adore les cycles qui reviennent, les hé hé ho, c’est tout moi ! C’est un titre que j’aurais pu écrire en entier sauf que c’est Mathieu mais c’est tout moi, on ne peut pas être plus ciblé sur ce titre.

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LBS : Vous allez partir en duo avec Mathieu Boogaerts pour une vingtaine de dates. Comment allez-vous faire pour vous repartir les rôles ?

Luce : Je ne sais pas (rire) ! On va commencer à le travailler là mais ça aussi ça va être une autre aventure parce que, là aussi, on est assez différent sur certains points scéniques. Je suis assez rigide sur scène, j’ai des tocs, des trucs à respecter, j’aime les entrées bien faites, les sorties, j’aime la symétrie, le côté théâtrale et lui, c’est vrai, il n’est pas forcément dans ça, il est plus à courir sur scène en criant. L’équilibre va se trouver, il va y avoir un vrai ping-pong, il faut qu’il y trouve son compte autant que moi. Je suis prêt à prendre certaines de ses attitudes et lui est prêt à prendre certaines des miennes. Je veux absolument une choré entre Mathieu et moi. J’adore danser, Mathieu aussi. Pourquoi pas poser les instruments et danser ? On va être deux sur scène donc il y a un espace à créer donc une grosse création lumière avec une vraie profondeur. Pas seulement Mathieu et moi et que se soit simplement frontal. Je veux du mouvement. Il y a des moments où je veux être seule sur scène. Bon, il n’est pas encore au courant ! (rires). Sur Vernis, j’ai envie de la chanter seule sur scène parce qu’il parle de moi, de mon corps, de ma manière de me percevoir… Par contre sur Chat Doux, il faut qu’on y aille tous les deux. On va s’équilibrer, faut pas oublier que c’est aussi mon concert. Mathieu m’accompagne pour 15 ou 20 dates mais après il va partir et je vais être accompagné d’un groupe. Donc dans un premier temps, les gens vont pouvoir voir la genèse des morceaux en guitare-voix puis après avec des musiciens donc ça ne sera plus du tout la même chose. Je pourrais plus bouger, je suis plus rock. Je montre mes fesses à la fin du concert, c’est rock’n’roll ! C’est pas vrai mais il y aura une autre dynamique. Deux choses différentes qui me plaisent beaucoup avec deux phases différentes dans la tournée.

 

Merci à Luce ( stucco-twitter-32px stucco-facebook-32px) , Amélie Mousset et le label Tôt ou Tard.