Mon premier amour pour Philippe Uminski

« Mon premier amour », je l’attendais. On m’en avait tellement parlé, j’avais lu plein de belles choses sur le sujet. Est-ce qu’il allait arriver, tout seul, un matin ou faudrait-il que je parte à sa recherche en m’armant de patience ? Le voilà finalement, dépecé de sa protection, qui en tournant fait vibrer les murs de l’appartement.

On ne lit sur lui que des louanges. « Très bonne presse », presque méfiante, je le découvre et finis par savourer ce nouvel habitant de la platine. Je vous parle évidemment du nouvel album de Philippe Uminski « Mon premier amour ». Arrangeur reconnu, à qui Cyril Mokaiesh et Calogero, entre autres, peuvent dire merci, il livre aujourd’hui son cinquième album solo, élégamment porté par un single, « Mon premier amour », furieux… de vivre.

Enregistré en deux prises, comme Brel à l’époque des Marquises, avec un septet rock et un orchestre symphonique de 37 musiciens, le nouvel album de Philippe Uminski sonne comme un pont que l’on traverse en courant, une vie que l’on dévale.

Habilement, Philippe Uminski réussit là où Calogero et Stanislas, en jouant sur la vagues des grandes orchestrations, ont échoué. Ils leur manquaient, je pense, cette rage débordante dans la voix, cette passion dévorante qui écorche le timbre de ce surdoué de la musique. Venu du rock indé jusqu’à la variété après l’arrêt de Montecarl dans les années 90, l’artiste réussit aujourd’hui le savant mélange de ces talents, de son parcours musical en étoile. Son micro, à lui, est au centre. Le regard, devant.

Ce qui distingue, je crois, Philippe Uminski, c’est cette force d’interprétation mise au service de textes mélancoliques et réalistes. Son écriture franche, parfois tranchée ou encore douce est éclairée par l’armée de musiciens qui porte le chanteur, nous porte. Et si les ombres d’Aznavour, de Lama ou encore de Bécaud planent sur certains titres comme « Le provincial », « Ah les femmes » et Autant qu’il m’en souvienne », « Mon premier amour » est un disque actuel, portant fièrement ses références, non comme un poids mais comme la lumière de l’infini. Les arrangements donnent de l’espace aux mélodies, un horizon. Résonne, ici, une musique qui s’étends, comme un ciel dans un appartement. Avec un orchestre symphonique et un band rock, les chansons d’Uminski arrivent à demeurer tantôt légères, tantôt violentes. Magistral.

« Un film » est un des titres les plus remarquables, une valse rugissante, au même titre que « le temps qu’il reste à vivre » inspirant une fureur jubilatoire. Ce disque vogue au coeur d’une plénitude nocturne, raconte des histoires en réinventant le temps, un décor pour que s’étalent les sentiments sans retenue, ni sentimentalisme. « Si je peux t’écrire enfin », une belle chanson d’après l’amour. « Par les toits » incarne un matin de superbe, d’excès, un matin parisien.

Sans le vouloir Philippe Uminski nous apporte la preuve que la variété dans sa grande tradition, aux orchestrations classiques, tient encore debout, le menton fier et le buste droit. Que sur les grandes mélodies peuvent danser le réel, s’il est porté par une voix, incarnée.

Un disque enivrant, authentique et élégant. Comme un premier amour, en somme.

 

« Mon premier amour » Philippe Uminski (Columbia/Sony)

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