Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters

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Casseurs Flowters « voilà la nouvelle paire ». Composé de Gringe (dire grainje surtout) et Orelsan, les deux compères rebootent leur projet d’il y a treize ans et sortent l’album concept : Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters. On suit les deux rappeurs dès le réveil à 14h58 dans l’écriture, l’enregistrement, la pression et la réflexion de ce premier opus. Glande, souvenirs d’ado, soirées ratées, petits boulots, disques de merde, amitié, descente et hip-hop qui tâche sont au programme. Une journée type de la lose où quand deux branleurs magnifiques font de leur paresse un art.

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C’est une journée normale pour eux et c’est en ça qu’elle est exceptionnelle. Orelsan et Gringe ont treize ans de coloc’ derrière eux et incarnent la génération Y, blasée par excellence. Conçue comme un buddy movie à l’américaine et musicale, l’histoire met en scène les deux hip-hopers dans leur quotidien avec leurs potes, leurs phases, leurs anecdotes tournées pour faire marrer les potes, leur envie de rien et leurs doutes. Ils ne font pas grand chose mais ils savent justement le raconter avec brio, à coup de punchlines bien balancées. En 2004, les Casseurs Flowters balancent une mixtape et appuient sur la touche pause pour quasiment dix piges. Entre temps, Orelsan devient un incontournable du rap français en deux albums sans tomber dans les guéguerres ridicules du Game hexagonale. Avec une vision plus à la cool, il ne dépeint pas les problèmes de la banlieue ni une rébellion viscérale mais la vie d’un gars de Normandie élevé à la culture hip-hop et aux jeux-vidéos. Sans grande volonté de respecter les codes, Orelsan ne connait pas l’égotrip et joue sur la contextualisation, sur sa vie, ce qu’il est vraiment. Un mec parfois pathétique mais complètement sincère, touchant, drôle, bref un mec d’aujourd’hui. Pour le Chant des Sirènes, il invite son pote Gringe sur le titre Ils Sont Cools, pour se payer le luxe d’un clip Chevaliers du Zodiac incroyable et l’emmener avec lui en tournée pour assurer comme backeur. Les potes retrouvés, ils remontent leur projet Casseurs Flowters, nom issu de la culture 80s’, référence aux méchants de Maman, j’ai raté l’avion. Rien que ce clin d’œil est génial.

Une de fois de plus, le duo ne veut pas faire comme tout le monde et faire un album classique. Résultat, le concept de cette journée en leur compagnie commence avec un générique chantée comme les horreurs sonores des dessins animés diffusés au Club Dorothée ou sur la Cinq à l’époque. C’est kitch, c’est intriguant et catchy, si ces mecs-là ne sont pas des nerds, c’est à s’y méprendre. Mais Orelsan et Gringe ne sont pas des geeks, loin de là. Les gars sont sociaux, sortent beaucoup, boivent beaucoup et ont des histoires avec des filles. La seule chose qui peut les rapprocher des geeks est seulement cette culture pop ultra-référencée et très précise (comme Winter le Dauphin). Pour mettre en avant ce ping-pong de flow entre les deux protagonistes, la production des titres a été laissée à Skread qui a déjà signé les deux premiers albums d’Orelsan. Pas besoin de sortir un char d’assaut musical en guise de cache-misère, les deux rappeurs iconoclastes font dans la rime qui fait mouche. Pas seulement musicales, les paroles sont drôles sans tomber dans le pastiche ou la caricature street. Les prod sont léchées et servent le morceau avec des détails et des ambiances différentes selon l’évolution de la soirée. Un titre comme Deux connards dans un abri bus est une perle d’ingéniosité aussi bien pour les lyrics que pour le passage d’un chanteur à l’autre. Entre les titres, on retrouve les Casseurs Flowters avec leurs potes, leurs producteurs qui veulent un single ou un mec relou à la sortie d’un bar. Ça ne sonne pas faux, c’est franchement bien joué et ça tourne tout seul.

L’ambiance est à l’humour et à la bonne humeur comme dans Ombre & Lumière d’IAM ou Bons pour l’Asile des Svinkels. Les Casseurs Flowters boivent, déconnent entre potes, sont « stupides, stupides, stupides »,… Ils racontent leurs expériences avec les péripatéticiennes, leurs blocages en écriture, leurs envies de violence physique contre un mauvais album. Ils chantent les mises en garde de leurs meufs sur le fait de trop trainer entre potes et sur le quotidien de deux mecs proches de la trentaine qui veulent prolonger le plaisir. Que cette période de grand n’importe quoi ne finisse pas tout de suite ! Du rap qui rafraîchit et fait marrer. Comme à la fin d’un buddy-movie, leur amitié est encore plus forte. C’est une nouvelle somme de souvenirs qu’ils pourront raconter pour une nouvelle décennie. « Ils cassent, ils flowtent, y a peu de chance qui sauve l’univers » mais ils vous feront passer une bonne journée musicale en leur compagnie.