Pink Lady, une autre histoire de Rose

Il y a deux ans, déjà. Juin nous avait rendu Rose. Enfin, c’était ce qu’on avait ressenti, à l’époque. Et puis, juin, aujourd’hui n’a jamais été aussi Rose. Même façon « Little Girl Blue ». Elle annonce la couleur.

Rose récidive avec « Pink Lady » sorti lundi 15 juin. Pour ne pas vous mentir, cela fait quelques semaines que l’on a le privilège d’écouter ces douze chansons. La première, il y avait un top 3 défini. Puis la suivante, c’était un peu « Selon Les jours ». Un jour, on se rassure d’être « Comme Avant », on regarde avec assurance ce que le passé a laissé au présent et le suivant on se résigne avec « Je ne viendrai plus chez vous » ou « Séparément ». Mais dans un livre, on se rappelle avoir lu qu’ “En se résignant, le malheureux consomme son malheur.” Alors il disparaît.

Rose semble avoir reconnecté la fille de « La Liste » avec la « Pink Lady » d’aujourd’hui. Elle ne fait plus vraiment des listes de choses à faire, elle compte celles à accomplir, les souvenirs, les jours pour l’avenir. Mais la liste apparaît sous un autre jour, une liste de gens qui aiment, qui commentent, une liste de followers, d’êtres virtuels (censés être réels). Un « Je de Société » auquel on joue tous, plus ou moins. Elle, elle a au moins le courage de se plier à l’exercice de la vérité. Et si, on maudissait d’avance tout ceux qui comptaient un jour employer le champ lexical des réseaux sociaux dans une chanson, elle, nous fait réviser notre point de vue, signant un des titres les plus réussis de ce nouvel album avec Instagram, Runstatic et Twitter. Des histoires de likes et de commentaires. D’une image de soi auto-fabriquée. 

Elle est tellement sincère qu’on lui pardonne certains jeux de mots que l’on accepterait pas de grand monde. Pire, même, on finit par en rire, par les chérir, par les laisser nous émouvoir. Ils ne sont pas si faciles parce qu’ils racontent quelque chose. D’ailleurs, c’est peut-être la première fois, malgré un album très personnel, que Rose raconte des histoires qui ne sont pas la sienne, mais qui appartiennent à la vie des uns ou des autres, d’une façon ou d’une autre. « Maman est en bad » en tête, « Partie Remise » ensuite, celle qui raconte cette atroce, mais commune, sensation de faire du sur-place quand les autres avancent, de s’enfoncer dans le quotidien quand les autres volent d’aventures en aventures. (Vous remarquerez là, qu’on en revient au « Je de Société » et aux possibilités d’illusions).

Des illusions, d’ailleurs, Rose, semble en être dépourvue. « Pour être deux » en duo avec Jean-Louis Murat raconte l’amour comme rarement, l’amour que l’on peut ressentir mais l’incapacité à gérer le quotidien, à manier l’art de la vie à deux. Il n’y a plus d' »Histoire Idéale », ou toutes le sont, alors.

Il faut être honnête, Rose, jusqu’à « Et puis Juin », faisait beaucoup pleurer les filles. Aujourd’hui, elle les bouleverse et les fait sourire (et puis, pas que les filles, hein!).  En se trouvant, la chanteuse se risque à la rencontre d’un autre public. Mais le sien ne s’y perdra pas non plus.

Ce que Pink Lady raconte est une forme de vérité, la sienne. Et si cet album désigne les contours d’une femme fragile, il en souligne sa force aussi celle de se dire à ce point, de se regarder avec une telle lucidité.

Atone\a.tɔn\ masculin et féminin identiques : qui manque d’énergie, de dynamisme, de vitalité ; morne, apathique. Se dit d’une plaie torpide n’ayant pas de tendance spontanée à la cicatrisation.

« Qu’est-ce qu’on bien faire de mieux après Juin, après ça ». Et bien Rose, la réponse est toute trouvée : on fait sa Pink Lady.

(Et comme Rose nous pousse à la sincérité, on est presque contraint d’avouer que cette chronique a été écrite après une journée remplie… et entre deux Bloody Mary)