Rencontres / 11/04/2016

« Plus tu rêves grand, plus tu obtiens ce que tu veux » – Safia Nolin

Rencontre avec Safia Nolin

« Plus tu rêves grand, plus tu obtiens ce que tu veux »

Safia Nolin est tout un personnage. Derrière un look atypique se cache une personnalité sensible et lumineuse avec qui il fait bon de discuter. Spontanée, cette jeune auteure-compositrice et interprète ne se cache pas derrière un masque quelconque. Elle est là, entière et naturelle, et répond avec une franchise déconcertante.

Igloo, sa première composition originale date de 2012 et a remporté le prix SOCAN de la chanson lors de son passage à la 44ème édition du Festival International de la Chanson de Granby. Son premier album, Limoilou, paru en septembre dernier, se classe parmi les meilleures ventes des derniers mois. Inspirée par tout ce qui l’entoure, Safia Nolin peut se targuer d’avoir collaboré avec Philippe Brault (Pierre Lapointe, Philémon Cimon), Joseph Marchand (Forêt), Rick Hayworth (Daniel Bélanger, Jean Leloup) et Stefan Schneider (Bell Orchestre, Thus Owls).

Safia, On te connait peu, principalement en Europe, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Safia Nolin. Je viens de Québec et je fais de la musique. J’ai 23 ans. C’est à peu près tout. (sourire)

J’ai commencé à jouer de la guitare à environ 17 ans. Pendant quelques années, j’ai appris les chansons des autres, pour m’amuser. Ensuite, vers 19 ou 20 ans, j’ai écrit une chanson. Après ça, ma mère m’a inscrite à un concours, puis j’ai commencé à vraiment faire de la musique et des concerts.

Le concours dont tu parles, c’est celui du Festival International de la Chanson de Granby. Que retiens-tu de cette expérience ?

Ça a complètement changé ma vie ! Je n’ai pas gagné et ne suis même pas arrivée en finale, mais ce n’est pas si important. Participer était suffisant. L’intérêt de ce concours-là vient surtout des rencontres que tu y fais, des gens que tu y côtoies et qui t’influencent. Donc être demi-finaliste, c’était quelque chose de vraiment cool.

J’y ai rencontré des gens qui sont devenus des amis, des collaborateurs importants dans ma vie musicale. Par exemple, la personne qui a réalisé mon album, Limoilou : Philippe Brault. C’est la première personne que j’ai rencontré à Granby. Tout ça fait que cette expérience a été significative pour moi.

Entre le Festival International de la Chanson de Granby et la sortie de ton premier album, tu as pris ton temps.

Oui, deux ans c’est long. En le vivant, j’ai trouvé ça difficile mais, avec du recul, je suis contente d’avoir pris autant de temps. J’aurais regretté de ne pas le faire. Je n’étais pas prête, mes chansons et mes idées non plus.

Quand on a enregistré l’album, en février 2015, je savais que j’étais avec les bonnes personnes, à la bonne place. Je savais quel son je voulais. Deux ans, un an, ou même deux mois avant, ça aurait été trop tôt. J’ai écrit une de mes chansons préférées sur l’album une semaine avant de l’enregistrer ! Le timing était donc parfait.

Justement, comment décrirais-tu Limoilou, ton premier album ?

Je voulais quelque chose de vraiment épuré. On a enregistré l’album dans les conditions du live : on a tous joué en même temps, dans la même pièce. C’était très important pour moi. Je voulais que ça soit brut, que l’on entende les bruits. Il y avait un chat dans le studio et on l’entend ronronner à certains moments. Je voulais que ça sonne vrai parce que c’est ce que j’aime dans la musique que j’écoute. En plus, dans la vie, j’ai tellement l’habitude de m’enregistrer sur mon téléphone, je voulais qu’on retrouve ces imperfections.

Du côté des musiciens, il y a moi et Philippe [Brault] à la basse. Il y a un batteur sur certaines chansons et de la guitare électrique.

J’en conclus que tu aimes les choses imparfaites ?

Exactement ! J’aime quand c’est imparfait, quand ce n’est pas calculé.

Tu as 23 ans. Tu as commencé la guitare à 17 ans. Entre temps, il y a eu Granby et tu as pris deux ans pour sortir ton premier album. C’est très rapide comme début de carrière car même si le grand public ne te connaît pas encore très bien, ce n’est pas le cas de l’industrie musicale – au Québec et en France – qui a une très bonne image de toi.

C’est vrai. Je suis contente… confuse aussi. Je suis tout le temps confuse à propos de tout, mais là, j’avoue que je ne comprends pas exactement ce qu’il se passe. Je réalise que je suis chanceuse. J’ai de bonnes relations avec plein de monde.

Quand j’ai commencé dans la musique, je ne connaissais personne. Je suis arrivée à Granby sans savoir qui était Philippe Brault. Le courant est passé avec le “house band”, c’est pour ça qu’ils m’ont aidée à faire une maquette. J’ai connecté humainement avec eux. Je n’étais pas dans l’admiration. Je pense que c’est pour ça que j’ai de bonnes relations avec tout le monde. Pour moi, ce sont juste des amis.

Tu penses qu’ils ont aimé ta simplicité, une certaine naïveté ?

Oui. Je suis pas mal naïve, mais je l’étais encore plus il y a trois ans. C’était incroyable !

As-tu des rêves de carrière ?

Ma mentalité est bizarre : j’ai des rêves extrêmes. Ma devise dans la vie, c’est que j’aime mieux viser super haut et puis arriver un peu plus bas plutôt que de viser pas trop haut et de n’arriver à rien. Je n’aurais jamais atteint ma place actuelle si je n’avais pas rêvé plus grand encore. Plus tu rêves grand, plus tu obtiens ce que tu veux. Techniquement, rien n’est impossible. Absolument rien.

 

 

Tu abordes des thèmes sombres dans tes chansons, comme la solitude, l’hiver, le froid. Les thèmes types du folk québécois actuel.

Le folk québécois est effectivement triste. J’imagine que c’est à cause du manque de lumière en hiver. Par exemple, je crois que l’hiver 2014-2015 a été le pire que je n’ai jamais connu. Avec mes amis, on se disait : « C’est moi ou tout le monde est vraiment déprimé en ce moment ? ».

Je pense aussi que si je ne prends pas les choses négatives qui arrivent dans ma vie pour les transformer en quelque chose d’autre, elles vont rester en-dedans. Je sais depuis longtemps qu’écrire des chansons à cet effet sur moi. J’en ai encore eu la preuve après avoir enregistré mon album. Je suis restée cinq jours en studio, ça a été vraiment intense, j’ai pleuré. Quand je suis revenue à Montréal, j’ai fait une énorme crise d’angoisse. Ça m’a pris une semaine puis j’ai écrit une chanson qui a enlevé soixante-dix pourcent de toutes les mauvaises choses que j’avais en moi. Je me sens mieux maintenant et je crois que c’est parce que j’ai continué à écrire des chansons. J’en ai vu l’impact direct. J’ai ça dans la vie, c’est la seule chose qui me fasse du bien aussi rapidement.

Tu as des textes lourds de sens qui contrastent avec la personne joyeuse, lumineuse et qui ne se prend pas au sérieux que tu es. Ton sourire cache-t-il une certaine mélancolie ?

Aucune vie n’est comparable, on a tous vécu des choses qui ne sont pas drôles. Moi, je n’ai pas été heureuse pendant longtemps – de l’enfance jusqu’à récemment, quand j’ai commencé à faire de la musique. Je suis passée d’un gros manque de confiance en moi, sans réels amis, sans joie à beaucoup d’amis et plein de joie. Enfin, j’ai trouvé un but à ma vie. J’ai tellement “givé a shit” dans le passé à propos ce qu’est le monde que maintenant, peu importe. J’ai passé trop de temps à ne pas être bien. Je suis comme ça et foutez-moi la paix !

Ton sourire, ce n’est donc pas un masque ?

C’est sûr que parfois, tout au fond, il reste un petit truc, mais si je n’avais pas la musique, ça prendrait le contrôle de toute ma vie. Là, c’est minime. J’ai des hauts et des bas, comme tout le monde, mais je suis vraiment heureuse.

Quelles sont tes influences musicales ? Tu as démarré en publiant des reprises sur youtube, dont beaucoup de morceaux pop…

Britney Spears, c’est une grosse influence ! J’ai vraiment un spectre énorme, j’aime presque tout. J’adore Katy Perry, Britney Spears, Lady Gaga… Rihanna, je trouve ça fou ! Il y a tellement de potentiel parce qu’il y a tellement d’arrangements sur ces chansons. J’écouterais des concerts entiers. Ce sont de bonnes chansons. Les gens qui les écrivent sont des génies. Je trouve ça fascinant, la pop.

Sinon, il y a les groupes anglophones typiques comme Arcade Fire, Bon Iver, Fleet Foxes, Beach House — en ce moment, c’est sûrement le groupe que j’écoute le plus, je suis complètement obsédée par Beach House ! Il y a tellement de trucs que j’écoute.

Et du côté de la musique francophone ?

Il y a Philémon Cimon, Forêt — j’ai beaucoup écouté Forêt, c’est sûrement un de mes coups de cœur des dernières années —, Jimmy Hunt, Philippe B., Pierre Lapointe, Antoine Corriveau. Philippe B. est incroyable, il est tellement bon !

 

Safia Nolin est actuellement en tournée à travers le Québec. Elle assure notamment les premières partie de Louis-Jean Cormier. Plus d’informations sur www.safianolin.com et sur www.safianolin.bandcamp.com.

Entrevue réalisée en collaboration avec Karine Daviet (Carnet d’art).



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Aurélie Lebec
Tantôt attachée de presse, tantôt journaliste. Je parle de musique sur @LaBandeSonore. Amoureuse de cinéma, de mots et, parfois, de télévision. Envoyée spéciale à Montréal






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