Live reports / 15/10/2015

Poétiques Radio Elvis, énervés Last Train, décevants Roscoe et lumineux Papooz : première soirée #MaMA15

Hier s’ouvrait le mercredi 14 octobre le MaMA festival, cette année pour sa sixième édition, qui tissera sa toile musicale de Barbès à la Place Clichy jusqu’au 16 octobre. La Bande Sonore y était et, pour cette première journée, nous avons squatté la chaleur de la Boule Noire pour assister à la soirée des Inouïs du Printemps de Bourges, avec le rock poétique de Radio Elvis, le garage énergique des blousons noirs de Last Train et la douceur des belges de Roscoe, avant de finir la soirée au By the Mill / Backstage pour le concert des lumineux et très enthousiasmants Papooz.

La poésie de Radio Elvis

Alors que les retardataires se retrouvent bloqués pour des raisons de sécurité devant la porte d’une Boule Noire des grands jours, Pierre Guénard, le chanteur de Radio Elvis, s’empare de la scène, les deux boutons réglementaires de la chemise détachés, les cheveux savamment organisés, la guitare portée manche vers le bas, en marquant le rythme de ses chansons avec ses roulements d’épaules caractéristiques, tout aussi caractéristique que son regard qui parfois se perd au ciel. Dans une setlist similaire à celle de leur passage au OÜI FM Live, le groupe développe un rock où la voix est mise en avant pour peindre des textes aux images évocatrices et, disons le franchement, poétiques. On pense aisément dans un registre similaire aux parisiens, eux aussi, de Feu! Chatterton. Que ce soit sur « Au loin les pyramides », avec laquelle il ouvrira le concert, « La traversée » ou encore « Demande à la poussière » que Pierre introduira en demandant au public s’il a déjà entendu parler de John Fante (l’auteur du roman éponyme), les textes sont brodés sur la toile tendue d’arrangements volontairement discrets. La chute d’un amplificateur au début de cette dernière l’amènera d’ailleurs à plaisanter « un amplificateur qui tombe, ça veut dire que c’est rock’n’roll ! ». Une candeur qui n’empêche en rien quelques envolées franchement plus énergiques comme sur « Bleu Nuit » ou encore « Goliath », avec lesquelles il terminera le concert, mais toujours en laissant la part belle à la voix : les instruments soutiennent le texte qui, lui, transporte. Une construction portée à son paroxysme à l’occasion du morceau « Le Continent », qui sera en partie chanté hurlé, hors micro.

Le joyeux bordel de Last Train

Les quatre jeunes de Last Train, déjà croisés à la Flèche d’Or en avril dernier puis au Printemps de Bourges, derniers chouchous en date des critiques du milieu musical français, non sans raison, et gagnants du tremplin des iNOUÏS (aux côté de Radio Elvis, ne l’oublions pas) ambiancent leur arrivée avec la piste d’une intro à l’harmonica, tirée pour les connaisseurs de la bande son du western spaghetti Le Grand Duel (Part IX) et qui s’éteindra aux premiers rugissements des guitares. La puissance des guitares saturées déchire l’atmosphère pour s’éteindre quand la voix cassée de Jean-Noël Scherrer gueule les premières paroles du morceau « The Holy Family ». Arrivés comme le veut la tradition en chaussures en cuir, jean, t-shirt et blousons noirs, le rock garage aux accents bluesy développé par les alsaciens est profondément jubilatoire, que ce soit dans les morceaux « Cold Fever », « Fire » ou encore « Leaving you now ». A l’heure des hymnes pop aux productions électroniques léchées, on se retrouve de l’autre côté du spectre confronté à la chaleur bordélique des instruments, aux influences évidentes telles Queens of the Stone Age ou encore Black Rebel Motorcycle Club, et l’on plonge immédiatement dans l’atmosphère lourde baignée de volutes de fumée d’un rade cradingue sur une route perdue en plein désert. Les trois donnent sur scène tout ce qu’ils ont, bougent, sautent et hurlent devant un public franchement enthousiaste et collé les uns contre les autres. Tour à tour leurs perfectos tomberont – c’est qu’il fait chaud, quand on joue sa vie sur scène – et le groupe terminera le concert en t-shirt. Les guitares couinent, quasiment plaintives et quand le groupe indique être heureux d’avoir deux dates à Paris c’est pour rappeler qu’ils viennent de débuter, fin septembre, une « tournée de dingue » : une quarantaine de dates dans toute la France. Le concert se concluera sur une note plus calme, quasiment méditative avec la délicate « Fragile ». Un succès jusque là mérité pour un groupe à suivre.

La déception Roscoe

La salle perdra une partie de ses spectateurs quand ce sera un tour aux liégeois de Roscoe de prendre le micro. A l’idée d’écouter Roscoe, l’enthousiasme était total, tant la Belgique a su produire de belles choses en rock et pop indie (on pense à dEUS, Sharko, Girls in Hawaii ou encore Ghinzu qui repointe le bout de son nez) entre autres. Du rock et de la pop sincères, souvent planants, et les clips de Roscoe nous laissaient présager le meilleur pour terminer cette soirée à la Boule Noire. Mais autant le dire tout de suite, l’attente n’aura pas été récompensée. Malgré certains morceaux très bien sentis, comme la superbe « Nights » aux lourdes basses, dont on regrettera par euphémisme d’ailleurs une présence plus délicate en live, le groupe peinera à convaincre. Est-ce le fait de passer après le feu d’artifice de Last Train ? Le talent semble pourtant évident, la sincérité aussi, mais la difficulté à les communiquer l’auront été tout autant. Un groupe à revoir, donc, en d’autres circonstances avant de se faire un avis.

Les très enthousiasmants Papooz

Nous quittons l’agréable Boule Noire pour nous rendre ensuite au By the Mill / Backstage pour rejoindre les très attendus Papooz que nous avions ratés au Point Ephémère en juillet dernier. Tenez, on va même commencer par une confession : découverts en début d’année au détour d’une playlist perdue, et sans autre information nous étions persuadés qu’il s’agissait d’un couple homme/femme au chant. L’erreur ! En réalité, il s’agit de deux gars : Ulysse et Armand, co-auteurs d’une pop rock funck (tout ça !) ensoleillée et terriblement enthousiasmante, où l’on se prend à imaginer quelques tonalités sud américaines. Véritables fantaisistes sur scène, dans leurs interactions jusque dans leurs habits improbables – pantalon pied de poule, chemise blanche à poignets mousquetaires et veste bleue, pour l’un, t-shirt col large à rayures bleues et rouges pour l’autre – les deux communiquent une bonne humeur et une certaine jovialité, empreintes de textes aux sentiments agréables. Ca vous coule dessus sans vous coller, ça vous enveloppe et vous donne le sourire pour la soirée. Et on dit les deux, mais ils ne sont pas moins de cinq sur scène, accompagnés par un bassiste qui semble avec son bandana autour du cou tout droit sorti de Point Break, une batterie et un clavier qui nous fera la très agréable surprise de passer au violoncelle. Quand le groupe annoncera son dernier morceau, le grondement de la foule amènera le chanteur à répondre : « Ah, c’est un plaisir d’avoir une déception agréable ! » et de préciser qu’il ne choisissent pas les horaires. Une réponse fusera du public « Mais on s’en fout des horaires ! » et on est pas loin de penser la même chose ou, pour paraphraser Novecento, d’Alessandro Barrico : « Au cul les horaires ! ». Nous sortirons du concert ravis, en ayant les paroles de l’irrésistible « Ann Wants to Dance » en tête et en regrettant toutefois une chose, une seule petite chose : le fait de ne pas les avoir entendus jouer leur morceau « Dorothy Says ».



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Pierrick Prévert






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