Rencontres / 22/03/2016

Rencontre avec Marvin Jouno pour son 1°album Intérieur Nuit

Pour son édition 2016, Le Printemps de Bourges programme Marvin Jouno, nouvel auteur-compositeur-interprète français qui manie le mot avec brio et à l’univers complet et cinétique. Avec un premier album superbe, on avait déjà découvert l’artiste lors de la sortie de son premier EP, porté par le titre Quitte à Me Quitter. C’est à l’occasion de la conférence de presse du 40° anniversaire du Printemps de Bourges que La Bande Sonore a eu la chanson de rencontrer l’auteur du magnifique Intérieur Nuit. C’est dans un des salons du ministère de la Culture et de la communication, qu’on a pu en savoir plus sur ce premier album penser comme une oeuvre dans son intégralité.
Découvrez son univers musical à travers son nouveau single Les Chers Leaders, accompagné d’un clip extrait de son moyen-métrage Intérieur Nuit – le film, diffusé le 24 mars au MK2  Grand Palais de Paris, film réalisé par ses soins. Il jouera le 14 avril au Printemps de Bourges avec La Grande Sophie sur la scène de l’Audiotrium.

La Bande Sonore : Sur ce premier album, tu emmènes dans un univers très spécifique et personnel. Quel a été le postulat de départ d’Intérieur Nuit ?

Marvin Jouno : La démarche a toujours été autour des mots, de les travailler, de triturer ce français que j’adore, de l’exploser en le rendant ludique et à la fois exigent tout en collant ça sur une prod plus anglaise ressemblant à ce que j’écoute depuis plusieurs années surtout la pop-indé et l’électro. Ce n’est jamais évident quand on travaille des matériaux français, j’ai peur de tomber du côté de la variété, je sais que je suis toujours sur le fil. A partir du moment où tu chantes un peu, tu donnes un peu trop d’élan, tu peux passer de l’autre côté. Après j’ai l’impression que le postulat, c’est  de la pop anglaise chanté en français avec des textes en français qui lui rend hommage.

La Bande Sonore : Et la variété est pour toi forcément quelque chose de négatif ?

Marvin Jouno : J’ai l’impression de dire de grosses bêtises quand je parle de ça parce que la variété française ce n’est pas un gros mot mais un fourre-tout et c’est ça qui m’emmerde. Après, il y a beaucoup d’artistes qui sont du mauvais côté de la lune qui ne me donnent pas du envie. Je ne veux pas être assimilé à ça ! (rires) Je ne sais pas comment positionner mon projet, comment il est perçu, c’est une question de ressenti personnel. Certains vont penser que je vais trop chanter, que  c’est trop spé… je fais ce que j’ai envie de faire. Pas de compromis, je trouve qu’il y a une navigation dans les sous-genres tout en gardant une cohérence, des incursions plus électro, un chouille hip-hop, des fois c’est une chanson. Je n’avais pas envie de faire de la  chanson pure et dure. J’avais envie de faire de la chanson actuelle. Je ne sais pas trop comment le définir. Après sur l’esthétique,  c’est nocturne, c’est bleu, c’est froid. Il y a toujours une petite lumière qui va de la lampe de chevet, lampe de poche à l’halogène. On créait des lumières avec mon équipe et on vient toujours injecter un peu de lumière dans un univers  assez dense.

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La Bande Sonore : Dans le dernier volume des Notes (Tome 10) de Boulet, le dessinateur, il cite une de ses professeurs qui disait : « de meme qu’il y a une poésie de la bougie, il y a une poésie du néon ». Cette qualification d’écriture résume bien ton univers finalement…

Marvin Jouno : Ça  me résume assez dans la démarche. Je n’aime pas le ton sur ton, le sombre sur du sombre, ça n’a pas beaucoup de relief et ça ne ressort pas. Après je ne me rattrape pas, je parle de sujet grave et j’ai envie de les laisser perméable, ouvert pour les partager.

La Bande Sonore : Tu pars demain en Géorgie pour tourner un moyen-métrage qui mettra en image l’intégralité de ton premier album. On retrouve dans ton écriture un côté cinétique et aussi dans le livret de l’album, il y a des indications de lieu, horaire, était-ce important pour toi de donner un cadre précis à chaque titre ?

Marvin Jouno : Dès l’écriture des paroles même non-finalisées, j’ai des positions d’écriture qui évoluent et sont différentes de ce que je pouvais faire à une époque où j’arrivais à figer les mots, aujourd’hui je prends plus des notes. Je les remets en forme quand j’ai le morceau ou au moins l’instru. J’ai toujours les images du film ou du clip. C’est mon cursus de base, je viens de là. Je suis hyper impliqué dans cette partie picturale du projet  et c’est chouette que ça évoque le cinéma. C’est des petits scénarios, une écriture imagée et une musique qui se veut cinématographique même si je ne sais pas ce que c’est que de l’écriture cinématographique (sourire).  Je n’aime rien de plus que faire du son sur de l’image. Je peux écouter de la musique, je peux regarder des images ou un film mais je suis transporté par l’adéquation des deux.

La Bande Sonore : Quelles étaient tes envies esthétiquement pour le visuel autour de cet album lors de l’écriture ?

Marvin Jouno : Ce n’est pas un album concept. Je n’y ai pas réfléchis trois ans au préalable. J’ai fait mon disque et quand je suis rentré de vacances après le studio, je me suis rendu compte que je n’avais pas pensé aux visuels. On en avait préparé aux préalables mais ça ne m’allait pas du tout. Donc j’ai commencé à travailler avec une amie photographe qui s’appelle Elise Toïdé . Ca a été un travail de longue haleine, je voulais présenter mon premier album comme mon premier film avec cette posture absurde que ce n’est pas un film mais un album. Un côté absurde à la belge où je dis voilà mon premier album et aussi mon premier film. Donc dans le livret, chaque chanson a une illustration, un extrait de ce film que personne ne verra jamais et tout a  commencé avec la photo de la pochette. Quand je l’ai vu au cul du boitier, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de vraiment cinématographique donc pousser les choses jusqu’au bout donc les bandes noires, le  titre qui apparaît  que j’avais déjà. Quand on s’est posé la question de clip, de mise en image, de projection sur scène, j’ai pété la tracklist de l’album et j’ai écrit tout une histoire. Ca tenait la route alors que les textes n’ont pas une thématique dominante mais j’ai réussis à développer une vraie fiction.

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La Bande Sonore : Il y a une narration dans ton album alors que le public écoute de plus en plus à la chanson, idée qui paraît dingue aujourd’hui alors que ça l’a été pendant des décennies, quel est le fil rouge, le pitch de cette histoire que tu racontes à travers cet album ?

Marvin Jouno : Le fil rouge de l’album, la tracklist, dans cet ordre de là que je défends, est vraiment réfléchie et donc à écouter dans cet ordre. Le fil rouge c’est moi (sourire). J’aurais accepté sur le tard de parler de moi, on me dit toujours que c’est un sujet que je suis censé maîtriser (rires). Chacun peut se faire son film, moi je veux juste présenter le mien. J’ai défait le puzzle, je l’ai remonté à ma façon et je propose une vision, ça raconte l’épopée d’un couple en chanson, des d’allers-retours, des périodes de crise,  d’autres de passion tout ça avec une trame de géo-politique, de science-fiction rétro-futuriste, on ne se refait pas. Il est question aussi de passer l’aventure d’un pays à l’autre.

La Bande Sonore : Tu disais que ce n’est pas un album concept mais conceptualisé, il est pensé comme un objet à part entière. L’intérêt de l’acheter en physique est réel par les photos du livret et aussi par la lecture des paroles qui fait comprendre les jeux avec les mots, les lettres.

Marvin Jouno : Le principe depuis le début est ce que tu entends n’est pas ce que tu vas lire. Je fais tout pour que les gens aillent lire. J’ai quasiment sacrifié le carré, le visuel affiché pour  faire rentrer du rectangle dans du carré. J’ai tout fait pour que l’album objet soit beau, intéressant, avec du sens. C’est aussi ici qu’on se rend compte que dans la pochette il y a un générique, après un scénario, des images, des descriptions. Tout ça pour amener la personne a découvrir l’objet en physique pour avoir un univers et avoir les paroles sous les yeux.

La Bande Sonore : Les séquences ne se suivent pas, il y a des ellipses entre les séquences qui laissent à l’auditeur imaginer les charnières entre les deux.

Marvin Jouno : Le séquençage à proprement parlé, je dois reconnaître que je leur ai attribué un chiffre en terme de numérologie pur et dur, pour sa symbolique ou via une référence que seul moi connaît dans le texte. C’était aussi montré qu’il y a quelque chose de décousu et que chacun pouvait le recomposer.

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La Bande Sonore : C’est intéressant que tu parles de numérologie parce qu’il y a un rapport aux chiffres très importants dans ton écriture et son aspect visuel dans le texte.

Marvin Jouno : C’est jamais ressorti mais ça m’intéresse. C’est surement inconscient mais je trouve ça intéressant que dans ce truc très lettré, avoir des chiffres, ça donne un jeu d’équilibre. D’ailleurs, je les écris quasiment tout le temps en chiffre et pas en lettres.  C’est vrai que ça ressort mais je ne sais pas, je ne suis pas scientifique.

La Bande Sonore : Il y a une reprise de Grand Soleil d’Etienne Daho. C’est un titre de 1982, un de ses premiers titres. Il parle de la nuit, de Paris après Rennes, d’une histoire d’amour en appartement qui tourne court. Pourquoi avoir repris ce titre en piano voix et pas en électro pop?

Marvin Jouno : Parce qu’il est pop justement. Même en essayant de le mettre au goût du jour, il est tellement moderne d’origine qu’on allait se ramasser. C’est la lecture des paroles qui m’a donné envie de la reprendre. C’est une madeleine, je l’ai beaucoup écouté chez mes parents, c’est une chanson qui a une portée symbolique puissante et une histoire dans ma famille, de ce fait c’est compliqué  de la reprendre. Je l’ai fait en toute modestie,  je ne cherche pas à faire mieux, c’est une fois de plus juste proposer ma vision du morceau.  En lisant les paroles, j’ai vu que c’était une chanson tragique, sombre, noire et là, pour une fois, j’ai voulu peut-être aller sur du ton sur ton. J’ai été inspiré par Beach House,  ce côté très vaporeux, très cotonneux,  pour moi c’est un grand trip, ce mec là est en dépress on sait pas très bien ce qu’il va faire de sa vie, ça va pas bien du tout parce qu’elle est partie. Je ne sais pas le côté Quitte à me quitter, c’est le garçon qui part il se retrouve seul comme un con, ça ressort dans le film aussi.
Je n’avais tenté quoi que se soit en cover, je n’avais pas envie de me frotter à ça mais je ne sais pas, j’ai voulu essayer et j ‘ai voulu la défendre dans la tracklist alors qu’elle aurait pu sortir. C’est aussi un clin d’œil au premier EP qui avait pour titre Ouverture, si il y a une référence en pop française c’est Etienne Daho, je n’en connais pas beaucoup d’autre.

La Bande Sonore :  Nous sommes ici pour le Printemps de Bourges. Tu es programmé cette année. Tu t’es présenté il y a quelques années aux Inouïs où tu n’as pas été retenu ,c’est une revenche pour toi quelque part d’être invité à cette 40°édition ?

Marvin Jouno : Pour nous, c’est un jalon important dans la sortie de ce premier album. L’album sort le 11 mars et on est le 14 avril à Bourges, c’est un phare. C’est quelque chose de crucial, une grande chance, une superbe exposition et là-dessus je suis aux anges. Je suis surpris et très très heureux d’être programmé. Après par rapport à ce passage aux Inouïs en final Ile-de-France dans la catégorie Chanson à la Maroquinerie, c’est le pire concert de ma vie. C’était le troisième concert de ma carrière, c’était un peu trop gros tout de suite. Je pense que c’est aussi ça le principe des Inouïs, on te laisse une chance, il faut savoir la saisir, être prêt. Je ne l’étais pas. Cette année là, j’étais face à Feu ! Chatterton donc c’était mort. Il n’y avait aucune chance. En plus de ça, je fais le concert le plus catastrophique de ma vie donc voilà, c’est hyper symbolique que je me retrouve au Printemps de Bourges alors que j’avais été évincé des Inouïs. C’est tout ça en fait, je ne suis pas destiné à y participer et pourtant c’est une espèce de cabriole, comment t’arrives à te retrouver là-bas alors que tu n’étais pas bien parti (rires). Mais il n’y en aucun cas un esprit de revanche. C’est un pied-de-nez de la vie, tu penses t’éloigner mais en fait tu contournes l’obstacle.

La Bande Sonore :  D’où te vient cette illégitimité musicale que tu laisses sous-entendre ?

Marvin Jouno : Je ne suis peut-être pas le garçon le plus confiant de la planète… (sourire) C’est très particulier pour moi de devoir m’exposer, je vends mon âme. Je joue le jeu, c’est encore un grand apprentissage, j’ai du travail là-dessus. J’ai décidé qu’à partir du moment où je m’exposais, il ne fallait pas que je subisse sinon sans quoi ça serait ridicule. Personne ne m’a imposé d’y aller donc maintenant assume sinon tu vas mettre mal à l’aise tout le monde. Tout en étant moi-même mal à l’aise (rires). J’ai encore des progrès à faire mais ça va mieux, je me soigne. Sur la question de la confiance, j’attends de voir. L’album a été envoyé aux médias et je ne sais pas quel retour ça va avoir. J’espère que l’album va me permettre d’avoir une micro place dans ce paysage en espérant que certains attendront le deuxième.

La Bande Sonore :  A quoi va ressembler la formule live ?

Marvin Jouno : Il y a un groupe autour. Je retrouve les musiciens qui m’ont accompagné en studio. Il y a Angelo Foley à la guitare et Agnès Imbault aux claviers. On a quatre claviers maintenant. On a la chance d’être accompagné de Gaël Etienne qui a longtemps accompagné Lescop à la basse. On monte ce combo à quatre et j’espère qu’on sera tous à Bourges. Parfois on est trois ou deux et la semaine dernière, j’ai joué seul. Je ne m’accompagne pas, je joue sur des pistes déjà enregistrées. Je veux défendre l’album à quatre. Le disque est assez arrangé, c’est compliqué de défendre à si peu.

La Bande Sonore :  Il y a une ambiance nuit parisiennes, un univers très habité. Comment tu vas faire pour rendre vivant cet univers musical en live en première partie de La Grande Sophie ?

Marvin Jouno : En première partie, on vient faire découvrir quelques chansons et sur la scénographie on ne peut pas installer des projections Pour les premières dates, il n’y aura pas une véritable mise en scène mais à la rentreé, si on a la chance de faire de plus grandes salles, j’ai déjà la scéno en tête. Ce tournage de film pendant quelques jours en Géorgie est multi-usage, il servira pour décliner des vidéos pour le web mais aussi pour alimenter la scéno. Des images clés, je les ai en tête depuis l’écriture.

 

Merci à Marvin Jouno, Delphine Caurette et toute l’équipe du Printemps de Bourges.



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Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.






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