Rencontre avec Matt Holubowski

C’était au cœur de l’été. Le Festival International de Jazz battait son plein et Matt Holubowski – alias |’ōgen| ou Mathieu Holubowski – venait d’offrir une première prestation remarquée au Metropolis de Montréal. À la veille de renouveler l’expérience, cette fois dans l’intime Cinquième Place des Arts, il s’est confié. L’occasion de faire le point sur le succès fulgurant qu’il rencontre et ses projets.

La nouvelle vient de tomber : Matt Holubowski rejoint la maison de disques Audiogram. Une association évidente. C’est donc sous la même étiquette que celle de celui qui fut son coach, que le jeune artiste publiera son prochain album.

Les billets de ta première représentation à Montréal se sont envolés en quelques heures à peine, au point d’obliger les organisateurs du Festival International de Jazz de programmer une supplémentaire au prestigieux Metropolis. Quel était ton état d’esprit en apprenant cet engouement pour tes spectacles ?
C’était un peu surréel. Au début, on m’avait offert la première partie d’un autre groupe, à la Cinquième Place des Arts, et non la salle au complet. Ma gérante a négocié pour que je puisse me produire en vedette. Je venais de faire le circuit de La Voix, j’avais une certaine popularité mais on ne sait jamais avec ce type d’émission si les gens vont continuer à nous suivre ou non. Qu’importe la salle, juste le fait d’être là, pour moi, c’était un très grand honneur.
Quand on a ajouté la supplémentaire – le jour même ! -, je rangeais des bières dans le frigidaire quand on m’a appelé. J’aidais ma copine dans un évènement. Il était midi et demi, les billets avaient été mis en vente une demi-heure plus tôt et, déjà, la salle était sold out. Un peu plus tard, on m’a laissé le choix de la salle pour la supplémentaire : le Théâtre Maisonneuve ou le Metropolis. Je n’en revenais pas. Nombre de mes inspirations sont passées par ces salles. Principalement au Metropolis. J’y ai vu les spectacles qui m’ont le plus touchés, notamment ceux de Ben Howard. C’est là aussi que j’ai compris la beauté de l’imperfection dans la musique et que j’ai décidé de faire mon parcours dans l’imperfection. Quand on m’a proposé le Metropolis, je voulais pleurer tellement j’étais heureux. J’ai même failli refuser, par peur de ne pas être à la hauteur. Je n’ai jamais dit que j’étais un professionnel : on m’a sorti du sous-sol où je grattais ma guitare pour me mettre sur une scène devant trois millions de personnes. Deux mois plus tard, on m’offre le Metropolis. J’étais émerveillé, époustouflé, c’était un rêve ! C’était beaucoup, beaucoup d’émotions. (sourire)

Tu as participé à l’émission La Voix (The Voice) cette année. Tu t’es même rendu jusqu’en finale. Au premier abord, tu n’as pourtant pas le profil type de ce genre de concours. Choisir l’équipe de Pierre Lapointe, c’était évident pour toi ?
Je n’aurais pas fait l’émission s’il n’avait pas été présent ! C’est sa présence et celle d’autres candidats – malheureusement éliminés plus tôt, mais qui me ressemblaient et que j’appréciais – qui m’ont fait penser que, peut-être il y avait quelque chose à aller chercher.
La présence de Pierre [à La Voix] était rassurante.

Ainsi, tu as collaboré avec Pierre Lapointe, mais aussi avec Philippe B…
Une belle découverte ! À vrai dire, quand je suis entré dans cette aventure, je connaissais peu la culture québécoise francophone en général. J’ai été bercé dans un milieu anglophone, sans trop savoir pourquoi : ma mère est québécoise, mon père est polonais. Je suis allé au cégep et à l’université en anglais. Ma plume est donc plus forte en anglais et la musique anglo-saxonne m’a toujours davantage touché. C’est seulement quand je suis entré dans La Voix que j’ai commencé à découvrir beaucoup d’artistes francophones et a les apprécier. Je m’en voulais de ne pas avoir donné sa chance à la musique francophone plus tôt.
Philippe B, c’est quelqu’un qui, musicalement, est très proche de moi. Plus proche encore que Pierre [Lapointe] qui a un univers très poétique, intéressant mais sans doute plus extravagant que moi. Philippe B, c’est un homme très sympathique et extrêmement intelligent… un peu intimidant.

Dans le cadre de La Voix, ils t’ont offert la jolie pièce, Feuille d’argent, feuille d’or. Espères-tu poursuivre cette collaboration ou s’agissait-il d’une parenthèse dans ta carrière, au même titre que l’émission ?
C’est difficile à dire. Depuis la fin de La Voix, ça a été un espèce de tourbillon et je me sens tiré d’un bord puis de l’autre, sans avoir trop le temps de réfléchir à tout ce que je fais. Je fais tellement de choses que je n’ai pas le temps, en fait, de penser à la création en ce moment.
Néanmoins, si Pierre Lapointe et Philippe B veulent encore travailler avec moi, je serais extrêmement honoré. On n’en a pas discuté, aucune offre n’a été faite. Eux aussi sont très occupés et je suis certain qu’ils ne manquent pas de sollicitations.

La version québécoise de La Voix est sans doute plus éclectique que les autres, dans ce sens où on y retrouve des gens d’univers très différents. Cela transparaît aussi à travers les coachs – Marc Dupré, Pierre Lapointe, Eric Lapointe et Isabelle Boulay. Quatre personnalités extrêmement différentes et évoluant dans des univers diamétralement opposés…
C’est drôle parce que, même si je n’ai pas eu l’occasion de côtoyer beaucoup les autres coachs – ils ont leurs propres candidats -, je pense que chacun m’a appris quelque chose de différent.
Eric Lapointe, c’est quelqu’un qui sait comment habiter la scène. Il projette ce sentiment de confiance sur scène : c’est ta scène à toi, ça t’appartient. This is my house. Sans même le dire
Isabelle Boulay est une interprète, elle n’écrit pas ses propres chansons. Je m’identifie donc un peu moins à elle mais j’aime le fait qu’elle multiplie les collaborations. Elle est très ouverte à se faire guider, à se faire aider. Je suis certain qu’elle composerait de très bonnes chansons, mais elle préfère laisser ça aux autres. Probablement parce qu’elle les juge meilleurs qu’elle. Laisser la place aux autres, reconnaître ses forces & ses faiblesses, voilà ce qu’elle m’a appris.
Marc Dupré a fait un speech à ses candidats qui m’en ont parlé. C’est donc indirectement que son message m’est arrivé. Il y parlait du début de sa carrière et du fait qu’il avait vraiment la tête enflée : c’était « Marc Dupré », il était hot, il était beau, tout le monde l’aimait… Tout ça a fini par lui éclater à la figure. Il s’est remis en question et c’est un des hommes les plus humbles que j’ai rencontré. Tu as beau être la plus grande star de la planète, tu dois rester sympathique. J’ai eu le même sentiment en rencontrant Kelly Clarckson. Techniciens, managers, artistes… pour eux, tout le monde est au même niveau.
Chaque artiste que j’ai rencontré – Def Leppard, Jean Leloup, Ariane Moffatt – m’a appris quelque chose de spécifique. J’ai tellement appris de cette expérience !

Ton premier album, Old Man, est sorti l’année dernière. C’est un disque majoritairement anglophone. Tu disais d’ailleurs que tu te sentais plus à l’aise d’écrire dans cette langue. Est-ce que cela pourrait t’arriver d’écrire davantage en français dans le futur ?
Oui. J’écris de plus en plus en français d’ailleurs. Dans mon spectacle, je joue deux nouvelles chansons en français. Les chansons me viennent selon l’inspiration du moment. Je ne m’assois pas en me disant : « aujourd’hui, j’écris en français ». Tout dépend de mon entourage du moment, de la langue que je parle à ce moment-là, du livre que je lis. Actuellement, j’évolue dans un univers francophone. C’est donc sûr et certain que j’écris plus en français.
En fait, le concept général du prochain album va survoler la notion de la langue dans ma vie. Cette division entre le français et l’anglais, surtout au Québec. Ça ne sera peut-être pas le thème du disque, mais la racine sera cette interrogation. Cette recherche de place en tant que québécois dans un monde à la fois anglophone et francophone.

Old man semble davantage centré sur la jeunesse…
L’idée m’est venue à l’âge de 22 ans. À l’époque, je me sentais très vieux : je finissais l’université, j’habitais toujours le même village… Les gens autour de moi suivaient la routine de vie typique (tu nais, tu vas à l’école, tu trouves un travail, tu as des enfants, tu prends ta retraite). J’ai eu peur parce que je ne voulais pas tomber là-dedans. J’ai donc décidé de tout changer, de tout abandonner et de tout recommencer. Je voulais me rajeunir. C’est un processus qui est toujours en cours, cinq ans plus tard. Je l’ai fait en voyageant, en faisant de la musique, en prenant des risques stupides. Je suis parti en Asie avec juste un billet aller. Je suis resté deux mois à Taiwan, puis j’ai voulu recommencer la musique alors je suis rentré. J’ai vraiment suivi mon cœur.Se questionner sur la vieillesse amène beaucoup de questionnement sur la vie en général. Comment je veux vieillir ? Comment devenir un vieil homme (ou une vieille femme) qui a bien vécu sa vie, qui a eu des bonnes relations, qui a connu l’amour, qui a compris la peine, qui a accepté la mort, qui a contempler la religion… Tous ces thèmes se retrouvent dans Old Man. Les chansons sont les réponses à ces questions existentielles.

Tu as beaucoup voyagé. Qu’est-ce que cela t’a apporté?
J’aime beaucoup les gens, savoir ce qu’ils aiment, pensent etc. C’est pour ça que j’aime voyager. Aujourd’hui, c’est plus difficile pour moi parce que je suis dans une situation où les gens veulent savoir ce que, moi, je pense. Je n’aime pas vraiment ça. C’est ma plus grande difficulté présentement. Quand tu voyages tu es complètement inconnu et tu peux découvrir des façons d’être complètement différentes.
Les gens qui voyagent sont très différents les uns des autres : il y a ceux qui s’engagent dans des causes humanitaires, ceux qui changent de vie… Leur seul point commun est cette passion des voyages. Tout le monde est là pour la même raison. On a beaucoup à apprendre des gens autour de soi. On ne peut pas grandir en restant enfermé dans le même cercle d’amis, dans les même quatre coins de rues, que ce soit à Montréal, à Bruxelles ou à Paris.

Espères-tu faire voyager ta musique ?
C’est l’objectif ultime. Je l’ai fait de façon amateur. J’ai chanté en en Ouganda, à Paris, à Londres, en Serbie… Ce sont de petites choses, mais c’est l’fun de jouer pour des publics différents. Ce serait le comble de mon bonheur : voyager et faire de la musique… WOW !

L’album Old Man est toujours disponible, notamment via bandcamp : http://ogenmusic.com.