Rencontres / 20/07/2016

Rencontre avec Nicolas Michaux pour son premier album : A la vie à la Mort

Le rendez-vous est donné à 10h30 dans les locaux du label Tôt ou Tard, avec l’artiste belge. Petits gâteaux et jus d’orange sont sur la grande table de la cuisine salle de réunion. L’heure avance et Nicolas Michaux n’apparaît toujours pas. Après des tentatives d’appels pour savoir où il se trouve, l’équipe se rend compte que son téléphone français est dans les locaux, posé sur un des bureaux. Son train Bruxelles-Paris a été retardé par un mouvement de grève à Paris, il arrive en courant. Le temps de se rafraichir, de boire rapidement et il est prêt, tout sourire, à répondre à nos questions sur ce magnifique premier album : À la vie à la Mort, sorti quelques semaines plus tôt.

La Bande Sonore : Certains t’ont découvert avec le groupe rock Éte 67, il y a quelques années, cette fois-ci tu reviens en solo sous ton propre nom. Tu as sorti un premier EP et te voilà maintenant avec ton premier album A La Vie à la Mort. Est-ce que l’on peut dire que c’est l’album d’un homme amoureux ?

Nicolas Michaux : Oui ! Oui quand même, même pas en parti. Ce sont des chansons que j’ai écrites quand je vivais le début d’une histoire que je continue d’ailleurs à vivre. On venait de se rencontrer avec ma copine, on était déjà hyper amoureux d’où certaines chansons très romantiques et très amoureuses.

LBS : Tu es parti au Danemark après l’aventure Été 67 pour te ressourcer et c’est là que tu as commencé à écrire ce premier album. Ca a été quoi ton déclencheur et la volonté artistique que tu as eu à ce moment là ?

Nicolas Michaux : Dès le début, il y a eu une recherche dans le son même avec très peu de matériel. J’avais ma guitare mais aussi une petite boite à rythme, un petit clavier, une basse que j’avais achetés sur place. Au tout début, ma volonté a été celle de chercher. Si j’était parti au Danemark, c’était pour me reposer, me ressourcer et donc pas être dans une recherche directe de résultat, je voulais d’abord « chipoter » comme on dit en Belgique, et trouver des choses en chemin. Au début, j’ai retrouvé le plaisir enfantin d’essayer les choses, de lancer une boîte à rythme, de lancer un clavier, y ajouter une basse et une guitare acoustique et finalement en trois mois, j’ai eu dix morceaux et par la suite, j’ai continué et fini par en avoir vingt. J’ai accumulé tout ça avant même d’avoir l’idée qu’avec tout ça j’allais faire un album, que ça allait être ça, avec un titre… voilà je vivais et j’enregistrai ce qui sortait de moi sans me poser trop de questions. C’est seulement après que je me suis demandé ce que j’allais faire de ce matériel là. J’ai continué comme ça jusqu’à mon retour à Bruxelles et même à Bruxelles, j’ai continué à travailler en roue libre et tout seul. Puis j’ai fait Nouveau Départ un samedi, je l’ai enregistré tout seul le dimanche et c’est la version qui est sur le disque. Une semaine plus tard, je l’avais fait un peu écouté et le titre plaisait bien donc je me suis dit qu’avec ce morceau là plus tout ce que j’ai fait avant, je pouvais aller faire un tri, prendre une direction, choisir les morceaux qui vont bien ensemble et avancer vers un album.

LBS : C’était quoi justement cette direction ?

Nicolas Michaux : Cette direction c’est de faire de la musique la plus vivante possible. De faire de la musique relativement libre où je ne me demande pas dans quel style je suis, dans quelle langue je chante… soit de faire une musique basée sur le fait d’aimer faire de la musique et vivante. La musique vivante c’est pour moi une musique qui capte des moments de vie. A partir de là, cette directement qui était déjà celle des maquettes, a continué d’être celle de l’album. Finalement, sur l’album il y a des maquettes, il y a des titres que l’on a refaits totalement mais tout ça est mélangé. L’idée a été de continuer la démarche qui a été d’enregistrer au fil de la vie et de plutôt documenter ce qui se passait plutôt que de créer quelque chose d’artificiel. C’est devenu plus collectif avec un batteur,   un bassiste, un guitariste supplémentaire et Julien Rauïs qui a produit l’album avec moi, on partait dix jours dans des maisons que des gens nous prêtaient et on vivait là-bas. On mangeait, on dormait, on faisait la teuf, on regardait des films, on écoutait des films et à un moment donné, pendant une journée ou deux, on s’y mettait plus, on travaillait plus mais du coup, c’était des vrais moments de vie et les micros étaient là pour s’en souvenir. L’album est au final une collection de moments, de petits documents de trois quatre minutes de ce qui se sont passés dans ma vie et dans celles des gens qui m’entourent sur les quatre dernières années.

LBS : Tu parlais d’esthétique musicale de cet album, il y a, comme tu le disais, l’utilisation de maquettes, c’es très rare sur les productions françaises. A l’heure des pro-tools et des enregistrements quasi-parfait, il y a une couleur mat, une profondeur quasi- inexistente donnant un spectre plus intime, était-ce le but recherché ?

Nicolas Michaux : Il y a de la musique que j’aime plus que d’autres et avec Julien on s’es retrouvé sur pas mal de choses, il se trouve qu’on aime tous les deux la musique des années septemtes, les années soixante-dix, du début des années 80 avec ces batteries mats. Pour l’enregistrement, on arrivait dans ces petites pièces des maisons où on allait et on choisissait des pièces extrêmement mortes où le batteur pouvait jouer et que ça ne raisonnerait pas. On adore que les batteries soient chaudes et courtes pour avoir des guitares ou des synthés beaucoup plus rêveurs. Je ne pense qu’on ait apporté de nouveaux ingrédients à l’histoire de la production mais on a essayé de faire notre soupe maison avec des ingrédients qui étaient là mais qui n’avaient pas été assemblés de cette manière là. Ca, ça été très amusant.

LBS : Tu reprends des gimmicks très 70s’ et un peu catchy comme des rythmes de slow, à la fois calme, puissant et électrique, avais-tu l’envie de donner un coup de modernité dans un style un peu vieillot ?

Nicolas Michaux : C’est ça mais je le dirais un peu différemment c’est à dire que oui, on est en 2016, on ne peut faire semblant qu’il n’y a eu les années 70 mais on ne peut pas non plus faire semblant que nous ne sommes pas en 2016. J’ai été nourri par les grands, les légendes, les classiques qui nous ont fait rêver comme Neil Young, Talking Heads, Tom Tom Club, Sly Stone… une musique qu’on adore et que l’on respecte mais on ne peut faire semblant que l’on est encore dans les années 70 et donc être bien clair dès le début que nous avons enregistré en 2015 avec des moyens de notre époque. Dans les années 70 pour faire cet album, j’aurais été dans un studio normal et bien m’y retrouver mais aller dans un studio en 2015, je n’avais pas l’impression que ça allait être la meilleure façon pour moi d’obtenir le son que j’aimais et de me donner les moyens pour être créatif. Pour nous, c’est enraciné, roots mais c’est clairement un album d’aujourd’hui !

LBS : Il y a une chanson particulièrement intéressante au milieu de l’album, c’est Les Îles Désertes, un moment de vie et surtout un pivot dans l’album, c’était une volonté de ta part de créer un passage d’un univers à un autre ?

Nicolas Michaux : Oui, c’était une volonté d’imaginer l’album en version vinyle et d’avoir Les îles désertes sur la Face-A et de terminer la face avec ce titre. Elle est assez lumineuse, pop, plus solaire à part un passage un peu plus sombre. La voix est moins en avant et laisse la musique un peu plus s’exprimer sans que le chanteur soit tout là à raconter des trucs. C’est la raison pour laquelle on l’a mise à ce moment-là. Après pourquoi le titre est aussi long ? C’est beaucoup plus intuitif. La chanson existait en guitare voix et on n’aimait pas du tout cette direction. Avec le batteur Morgan Vigilante, j’ai commencé à jouer de la basse et on a suivi la construction, la liste des accords, la structure et avant d’enregistrer une version plus structurée, on a travaillé une sorte d’outro qui tourne sur deux accords, on l’a laissé tourné en se disant que ça allait être coupé et finalement on a tous laissé. La prise batterie basse a été faite très rapidement, le chant juste après et on y a plus touché. Après on essayait d’y ajouter un élément et ça n’allait pas. Ca a prit du temps pour reconstruire le reste. Ce n’était pas pour mettre un morceau de huit minutes mais pour nous, on voulait dire que l’on faisait un album de musique et le fait que le texte soit en français n’empêchait pas une certaine musicalité, un intérêt.

LBS : Nouveau départ ouvre l’album avec optimisme et se termine par Être Deux qui l’est aussi. Il y a deux parties sur cet album, une première ensoleilée et une seconde plus teintée et le pivot se fait sur le titre Les Îles Désertes, c’est lui le déclencheur d’un autre mouvement ?

Nicolas Michaux : Oui, je ne voulais pas terminer l’album sur une note trop sombre. J’aime bien quand il y a une morale à l’histoire donc vue qu’il y a beaucoup de choses relationnelles, d’histoires qui se finissent bien ou qui se finissent mal, il y a pour moi beaucoup de choses sur la collectivité, le fait d’être seul ou en groupe. J’ai été travaillé par ça après la fin d’Été 67 et ça se ressent. Comment peut-on être deux c’est se demander comment être en société, comment être un groupe de rock, c’est une question de société mais se demander comment faire sa route autrement que tout seul. Être Deux est très naïve sur les couplets avec un petit Casio mais le refrain : « Dieu que c’est bon d’être deux, Dieu que c’est bon » d’être a un côté morale de l’histoire plein de sagesse. Cette chanson prend un peu de recul et de hauteur que les questions qui sont traitées dans le disque. J’aimais bien ce côté là et il y a un côté référencé assez crooner.

LBS : Ton album parle et fait référence au vivre ensemble. Il y a dans cette réalité sociale une part très négative comme les attentats de Bruxelles qui ont lieu il y a quelques semaines. Après cet événement tragique, est-ce qu’il y a une chanson de ton album qui raisonne différemment pour toi ?

Nicolas Michaux : On a beaucoup répété les deux derniers jours. Ca raisonne différemment mais en même temps ce n’est comme si on avait découvert la crise en 2008. D’une certaine façon, c’est un peu le sentiment que j’ai maintenant, c’est à dire que Danser sur les décombres était d’actualité en 2011-2012 mais elle l’est encore plus aujourd’hui mais j’ai l’impression que ce disque parle du monde de 2011-2015 et que le monde de 2016 est toujours le même bien que les choses deviennent plus aiguës. Il y a de nouvelles chansons à écrire clairement mais il y a beaucoup de choses qui me parlent de ça. Il y a un an, la ville de Bruxelles a eu l’idée de fabriquer un grand parking souterrain, de faire des travaux pendant quatre ans sur une des plus belles vieilles places populaires de la ville qui s’appelle la place du jeu de balle où il y a un café que l’on aime beaucoup. Il y a une brocante sur cette place tous les matins et elle allait être annulé pendant des années donc il y a eu un mouvement citoyen pour s’opposer à ça. On a été joué là-bas en soutien avec d’autres artistes bruxellois, on a fini par gagner tous ensemble. Mais quand on était là, dans ce petit café à jouer ces morceaux-là, c’est la fois où je me suis que ça avait le plus de sens. Les chansons que j’écris parle à la fois de l’enlaidissement du monde, de toutes ces forces destructrices et en même temps de l’herbe qui repousse, de cette petite fleur qui naît alors que tout a été détruit. Ca repousse toujours donc c’est en ça que je dirais que ça parle de l’actualité d’aujourd’hui mais pas plus des attentats de Bruxelles que des autres.

LBS : Il y a un mouvement actuel en Asie qui essaye d’envoyer des clés USB par ballons en Corée du Nord pour les ouvrir vers le reste du monde. Laquelle de tes chansons enverrais-tu là-bas ?

Nicolas Michaux : C’est marrant parce qu’on est allé jouer en Chine, il n’y a pas longtemps, on aurait pu y aller pour participer. Mais je mettrais A la Vie à la Mort. C’est la chanson titre, peut-être le morceau qui convient le mieux à une petite fête entre amis (rires).



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Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.






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