Rencontre avec Pierre Lapointe pour Paris Tristesse

Pour notre plus grand bonheur, Pierre Lapointe sortait le 17 novembre dernier son album, seul au piano, Paris Tristesse. Uniquement composé de ses chansons les plus sombres et de jolies reprises, cet album met à nu cet artiste nord-américain à la notoriété grandissante en France. A quelques jours du début de sa tournée française et de la sortie de son disque au Canada, rencontre avec notre « chanteur populaire québécois préféré« , comme le disait si bien le jingle de son émission.

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LBS : Pourquoi ce titre « Paris Tristesse » ?

Pierre Lapointe : Le titre Paris Tristesse est un clin d’œil à Bonjour Tristesse aussi, ça sonne bien et c’est surtout qu’on a décide de mettre l’emphase sur mon répertoire un peu plus sombre sur ce disque là. Dans l’ensemble de mon travail, j’ai des choses très éclatées, j’écris parfois des chansons un peu nunuches qui sont faites pour être drôles et faire du bien tout simplement en étant… con (sourire) mais le but de Paris Tristesse c’était l’emphase sur mes titres plus mélancoliques, sombres et qui vont plus dans l’introspection. C’était intéressant de mettre tout ça dans le titre. Après Paris, pour moi, ce n’est pas une ville triste du tout. Je dis toujours que c’est beaucoup plus glamour d’être triste à Paris que n’importe où ailleurs dans le monde (rire). Quand tu dis : « J’étais à Paris, j’ai vécu une grande peine d’amour », déjà on est pas dans la réalité, ça sonne bien.

LBS : Tu es très connu au Québec, de plus en plus ici. Quelle a été ta recette pour exister aux yeux du public français ?

Pierre Lapointe : Je pense que pour exister aux yeux des français, c’est grâce à un peu de folie, de persévérance et j’ai aussi senti que le public était là. Des gens venaient voir mes spectacles et les spectacles, normalement, ça se passe quand je joue en France. C’était aussi une volonté pour moi de ne pas m’endormir. Au Québec, ça a été très vite et je ne sais pas comment je fais mais ça dure en plus. Je réussi à continuer à être existant dans la vie des gens sans faire trop de compromis, en n’en faisant pas surtout.
C’est facile de s’endormir et c’est important, à ce moment là, de se sortir et que ce n’est pas parce qu’on connaît tous les journalistes, tout le monde nous applaudit chez nous, même si il y a de détracteurs, on pourrait se sentir surhomme, donc c’est bien de revenir dans une autre patrie où on nous remet en pleine face qu’il y en a mille autres, que c’est peut-être intéressant mais peut-être pas tant que ça non plus. C’est intéressant de voir que, même confronter à ça, dix ans après on est toujours là (sourire).
Et puis quand on me présente dans les radios pour mieux situer, arrive toujours un moment où on dit que je suis une star chez vous et ça, c’est la carte de visite la plus extraordinaire du monde parce-que même pour les journalistes connaissent pas trop mais comme ils sont en présence d’une « star », même si ça ne veut un peu rien dire, mais ça ouvre des portes et que ça facilite une certaine forme de relation avec les médias. Même si je ne suis pas extrêmement connu en France, je bénéficie d’une certaine notoriété due au succès que j’ai eu au Québec. Je ne savais pas que le succès aussi rapide que j’ai eu au Québec allait avoir autant d’impact toute ma vie.

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LBS : Tu avais une chronique l’été dernier sur les ondes de France Inter pour Les Petites Morts de Pierre Lapointe, tu as donc passé un été parisien ?

Pierre Lapointe : En fait c’est drôle, j’ai fais ça au printemps dernier. Au premier juin, tout était terminé. C’était préenregistré et c’était l’unique condition pour que je puisse le faire. Je ne viens pas de la radio et je serais mort. Chanter tous les matins, reprendre une chanson, avoir des invités et pour les horaires ca n’aurait pas été possible. J’ai fais ça pendant trois mois, à aussi travailler le concept, entre Montréal et Paris. Je revenais cinq jours, je repartais, la folie ! Et puis un moment donné tout était fini. Je suis reparti à Montréal, je suis revenu en juillet le jour où passait la première Petite Mort parce que je faisais les Francofolies de la Rochelle et je suis rentré chez nous donc j’ai rien senti, je n’ai pas entendu les gens en parler à part quelques amis qui me disaient m’avoir entendu le matin mais c’était très très drôle de ne pas être sur place et vivre ça à distance. En septembre, je suis revenu à Paris, j’avais de la promo, faire le spectacle et une petite tournée et c’est là que j’ai enregistré Paris Tristesse.

LBS : Paris Tristesse a été enregistré dans les studios mythiques de CBE à Paris. Est-ce que cet endroit en particulier avait une importance pour l’ambiance cet album là ?

Pierre Lapointe : Des fois je dis que je me sens un peu comme Forrest Gump. Je n’ai jamais vraiment rêvé de faire de la radio, on m’a offert de faire ça à France Inter quand même alors que je ne suis pas français. On me donne de faire une télé-réalité chez nous : « The Voice », je dis non la première année puis ils reviennent la deuxième année et je me dis ça se pourrait et ne pas être mauvais. Cette émission fait 2.5 millions de téléspectateurs, c’est 60% de part-marché, c’est plus succès de l’histoire de la télé au Québec. Puis Belleville Music me propose un enregistrement à Paris. Je me suis là à me dire : « ah cool un enregistrement à Paris ! » et je me retrouve à CBE, dans un studio mythique.
Ces trois exemples prouvent que c’est des choses qui m’importent peu quand elles se passent ou à l’avance. C’est la maison de disques, c’est Jean-Michel Journet et Fabrice Nataf de Belleville Music qui ont eu la sensibilité et l’intelligence de dire tant qu’à faire un piano-voix, allons le faire dans le bon studio pour ça, avec le bon technicien, le bon réalisateur, on va engager le bon mixer. J’ai été porté par leurs choix qui ont été les bons. Donc pour tous ça, je me nomme un peu comme un Forrest Gump gentil. J’ai été bien entouré pour ça et j’ai réalisé la valeur du truc, j’ai entendu le résultat après j’étais très content car ce que l’on veut c’est toujours bien paraître et que ça ressemble à ce que l’on veut pour bien s’ancrer dans la tête des gens. Je me suis bien imprégné du lieu CBE, c’était très poussiéreux, y a des tapis pour insonoriser les murs et je sentais qu’il y avait la poussière du passage de François Hardy en 65, je le sentais, j’avais le nez qui picotait.

LBS : Pierre Barouh dans Paris Wellington raconte un amour à distance qui le rend malheureux, est-ce que cette distance du Québec à Paris, seul, peut réveiller plus facilement ces anciennes histoires d’amour ?

Pierre Lapointe : C’est drôle parce que j’y pense toujours un peu à mes anciennes histoires d’amour comme tout le monde le fait. On a été bien avec des gens, on a été blessé mais la distance m’inspire pas plus que ça. J’ai des bons souvenirs de moments amoureux à Paris face à des endroits que l’on a bien connu. Mais c’est vrai que l’amour est loin, l’ennui vient plus vite. Ce qui est triste, c’est de ne pas pouvoir partager quand tu vis ta vie avec quelqu’un qui voyage beaucoup. De ne pas pouvoir partager des choses qui te rendent heureux et fier et de ne pas pouvoir le partager tout de suite quand t’es en amour… mais est-ce que c’est Paris plus qu’une autre ville… je ne pense pas.

LBS : Le fait de sortir d’abord en France Paris Tristesse, c’est un pied de nez aux sorties québécoises qui ont en moyenne 6 à 12 mois de retard ici ?

Pierre Lapointe : Je voulais aussi, du côté des québécois, savoir s’il y avait vraiment une demande et il est sorti le 10 février. C’est un moyen de faire un exercice vraiment français, c’est un album que l’on a fait pour les français. Je n’aurais pas sorti un disque comme ça au Québec car la majorité des chansons ont déjà vues le jour et sont très connues chez nous, je n’aurais pas fait un disque comme ça au Québec. Là, je le sors parce qu’il existe mais je l’ai vraiment fais pour les français.

Merci à Pierre Lapointe stucco-facebook-32px stucco-twitter-32px, Jeremy Richet, Brigitte Batcave et l’équipe de Belleville Music.