Rencontres / 30/01/2016

Rencontre avec Selim pour son premier album Maison Rock

Quelques heures avant de monter sur la scène du Divan du Monde, dans le cadre du festival professionel le MaMA, La Bande Sonore a eu la chance de pouvoir rencontrer Selim aka Joseph Chédid. Pas seulement petits-fils de, fils de et frère de, il nous raconte comme il a conçu pierre par pierre sa Maison Rock, premier album autoproduit et sorti en septembre 2015. Doux rêveur à l’art psychanalytique, rencontre autour d’un café.

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La Bande Sonore : Ton premier album s’intitule Maison Rock, cela fait référence à deux styles musicaux que tu aimes : le rock et la house music mais aussi à une maison dans laquelle tu te sens bien.

Selim : Après 10 ans durant lesquels j’ai joué mes morceaux, monté différentes formations, fait des concerts, enregistré des EPs qui ne sont jamais sortis, cherché différents noms de scène et traversé une sorte de parcours initiatique très personnel, je me suis dit qu’il fallait que j’enregistre un disque. Donc de là, j’ai commencé à y réfléchir. Dans mes années d’adolescence, c’était vachement la House Music, j’adorais ça et donc ça m’a emmené vers l’électro, une musique très présente avec la minimale ou des groupes comme Justice, Daft Punk et tout ce bordel là. C’est une musique pour laquelle je suis assez sensible parce que j’aime bien les machines, j’aime bidouiller. Et parallèlement à ça, il y a le rock. Jimi Hendrix, mon frère est guitariste, la batterie dont je joue depuis des années donc j’aime le rock, son côté vivant, organique et sauvage.

Les gens qui me touchent le plus c’est des Nina Simone, des Kurt Cobain, des artistes qui parlent avec leur âme, peu importe la forme, c’est la vibration profonde de ces gens qui me touche. Bon, j’ai bien conscience que je ne suis pas le seul à avoir été touché par Nina Simone et consort mais cela étant, les artistes qui donnent de leur âme, ça me fascine. Moi de mon côté, j’étais complexé par rapport au chant, je ne savais pas comment placer ma voix, j’ai une voix de base un peu plus haute pour un garçon, mon frère Matthieu a aussi une voix un peu comme ça… d’un coup ça a tracé un chemin et je continue à y travailler. Mais l’inspiration vient du fait de toucher avec la voix, trouver sa puissance, son grave, son aigu. Donc pour Maison Rock, je me suis dit : voilà, si je devais synthétiser la house de mon adolescence, le rock, la pop donc house rock, ça! ça fait un bon mélange !
Mais le problème, c’est que je ne suis pas doué. Un mec vraiment intelligent aurait fait une musique très électro-rock avec des boites à rythme et une guitare électrique, un disque sans concession et ça aurait été parfait. Sauf que moi, je suis parti sur la signification du terme House Rock, Maison Rock, Maison intime et là je suis entré dans la phase intérieure et plus philosophique du truc. House c’est ma maison et rock c’est l’envie d’aller de l’avant, vers les autres, de sortir de ma carcasse, de ma timidité. Sortir mais en même temps garder mes racines, ma famille, ma maison, mon chez moi qui me protège et qui fait aussi ma sensibilité musicale.

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LBS : Donc c’est la dernière pierre de ta maison mais la première de ta carrière musicale ?

Selim :Quelque part c’est ça, c’est la transition.

LBS : On va parler de ta famille, c’est inévitable. Dans la famille Chédid, si je te dis que le premier album de ta sœur Nach (Anna) est égo-centré, celui de Matthieu (-M-) est plutôt alter-égocentrique et le tient est plus égo-psychanalytique, c’est une bonne analyse docteur ?

Selim :Oula… égo-centré pour Anna dans le sens où elle parle d’elle et de sa démarche, Matthieu alter-égocentrique c’est exactement ça et moi plus psychanalytique c’est vrai aussi. Il y a beaucoup de questions dans mon album, c’est effectivement l’album du questionnement, très bien vu !

LBS : C’est aussi un album d’amour, il y a une chanson pour ta compagne (Comme des Chats) mais aussi une aussi pour ta mère. Ton frère : -M- l’a d’ailleurs aussi fait sur son dernier album sur le titre : Baïa. Entre ton titre Marianne et Baïa, il y a deux conceptions différentes pour finalement la même déclaration. Le fait d’utiliser Marianne est-ce aussi pour le symbole ?

Selim : Tout le sait que Marianne est un symbole. Je l’ai déjà dit en interview mais ce n’est pas le côté chauvin, c’est, je l’espère tout le monde l’aura compris, plus pour aller dans le côté positif du symbole. Le symbole d’une France qui se révèle encore plus à cause de l’actualité. Marianne est la source, celle qui m’a mis au monde donc qu’elle soit dans le premier album était pour moi logique. Je parle de source, d’éducation, c’est pour moi une photographie de mon enfance à aujourd’hui. Cet album c’est une manière très complexe de faire un point sur ma vie et d’exprimer en 10 chansons, 35 minutes, ma vie de zéro à 28 ans. Cette chanson parle aussi de mon père, de ce côté de la France, on y habite, je parle d’une balade, du fait qu’elle m’ait transmis sa lumière, qui suis-je sans toi… Il y a des choses très personnelles dans ce disque. Quand je dis dans le refrain : « Qui Suis-Je Sans Toi, un Diamant de Bois, un Dimant Maladroit » ça montre bien que je suis quelqu’un qui est forcément pas sûr de lui, qui a besoin de son approbation, de la lumière de l’autre. Là où Anna fera quelque chose de plus frontal en disant bonjour, c’est moi, ça va bien ? moi je suis dans quelque chose de l’ordre de la réception, je suis plus un récepteur qui a besoin d’être rassuré…. (silence) Là, c’est trop vaste dans ma tête… (rires).
Mais Marianne est une chanson importante parce que ça parle de ma mère et j’avais besoin de lui rendre hommage. Mes parents se sont séparés quand j’avais quelques années et avec Anna, ma mère nous a élevé, elle a été présente, j’avais besoin de la remercier. Pour ce disque, elle m’a soutenu parce que je l’ai autoproduit. J’étais vachement seul, face à mes doutes artistiques, familiaux… Mon grand frère est un musicien reconnu, ma sœur Anna aussi qui fait ça depuis quelques temps… moi j’ai mis plus de temps, on a pas la même personnalité non plus donc ma mère m’a donné confiance et m’a dit de continuer et d’y croire. C’était le juste retour des choses qu’elle ait son espace sur ce disque.

LBS : Le fait de t’autoproduire, était-ce pour garder ce côté fait maison ?

Selim : Maison Rock est sorti en 2014. Il était en auto distribution via mon site internet. Entre les petits concerts et les curieux, j’en ai vendu 550, envoyés par la poste depuis chez moi. Puis, il y a eu un bouche à oreille, ça a pris un peu plus d’envergure et finalement l’album est vraiment sorti là en septembre dernier, en vrai. Mais je trouvais ça nécessaire de le sortir quoi qu’il arrive sinon il n’aurait jamais été terminé. Ca me plaisait parce que ça remet en cause le concept du monde horizontal et du monde pyramidal. Le monde pyramidal est celui dans lequel on vit, avec des pointes et avec un espace entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien et le monde horizontal, c’est un univers où l’on prend plus son temps, on fait les choses de manière artisanale et pour moi le monde de demain, les cinquante et cent prochaines années, sera horizontal. C’est un thème qui aura sa place dans le prochain album aussi.

LBS : Pour le prochain album, ton écriture et ton approche musicale seront-elle différentes maintenant que tu as déjà sorti un premier album ?

Selim : Je crois qu’il est encore trop tôt pour le dire. Mais l’approche non, il y aura toujours des choses qui sont en moi et que l’on ressentira comme lié forcément et en même temps entre les deux, il y a eu du vécu. Donc il y a d’autres envies, d’autres choses en tête, je n’ai plus la même idée des instruments et une autre idée de faire. Mais heureusement comme ça je ne ferais pas deux fois le même album.

LBS : A quoi ressemble cette Maison Rock en live ?

Selim : On est quatre : un batteur, une bassiste, une claviériste. Les filles font des chœurs, mon batteur Pierre aussi, moi je suis à la guitare électrique et au chant. L’idée est que comme ce disque est un peu fou, j’avais envie de boucler la boucle ! Donc ça commence à l’enfance avec Marianne en guitare voix puis ça monte progressivement, on passe à l’adolescence avec Le Temps s’est levé. C’est une naissance jusqu’au présent donc à la fin du concert, je joue des nouvelles chansons qui feront parties du prochain album. Le concert c’est un flash-back qui remet toutes les chansons dans l’ordre et qui essaye de faire comprendre le fil avec des costumes, une scénographie, une ambiance, un petit peu tout ça. Le parcours initiatique ! De l’amour de la mère à celui de ma chérie.

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LBS : Tu as terminé, il n’y a pas longtemps, la tournée Chédid avec ton père, ton frère et ta soeur, comment as-tu vécu cette expérience ?

Selim : On parlait de parcours initiatique, ça a été vécu comme un grand moment où on s’est retrouvé à chanter ses propres chansons pendant 35 dates devant énormément de monde avec la famille : mon père, mon frère, ma sœur, tout le monde avec son univers mais aussi à se laisser tous de la place, avec nos histoires, nos personnalités différentes. Le public aussi a été important, ça t’ouvre dû fait de ce symbole d’une famille, quelque chose de sincère, ensemble. En même temps, c’est un peu du cirque notre histoire, un cirque familial. Il y avait surtout pour moi le fait que ça ne soit pas parfait au niveau des instruments, j’adoré le fait qu’on se trompe parce que ça me manque ça, aujourd’hui tout est parfait. Là, c’était un cri d’humanité pour moi et je me sens profondément chanceux d’avoir vécu ça avec ma famille, en scène comme ça, j’ai beaucoup de chance. Ca m’aura énormément appris, énormément aidé, fait grandir, même au niveau de ma voix, de ma sensibilité au public. Ca m’aura fait partager avec toute l’équipe de cette tournée, des gens exceptionnels, d’avoir pu vivre dans ces conditions là avec une telle exigence et bien vaillance. Le retour du public a été incroyable. Ca a été une tournée facile à faire dans le sens où même si il y a des moments forts et que même si tout n’a pas été toujours simple, ça a été une tournée merveilleuse. C’est un peu comme si on te dit je t’ai prévu deux mois de vacances aux Seychelles avec ta chérie gratuitement, tu sais que tu ne vas pas passer un mauvais moment. (rires)

Merci à Selim, Patricia Teglia, Julie Bataille, Cécile Legros, Victoria Levisse, Pauline Le Talec et toute l’équipe du MaMA Festival.



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Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.






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