« J’essaye d’être le plus libre possible. Etre automatisé, c’est ça qui me fait peur. » Rover

Rover est l’une des révélations de l’année 2012.  Timothée Regnier n’en est pas à son coup d’essai dans la musique, il était l’un des membres de New Government Park avec, entre autres, son frère Jérémie (actuellement sur scène avec Barbara Carlotti). Rover émerge d’un grand manoir en Bretagne avant de parcourir les routes de France et de remporter un succès qui l’emmènera dans de nombreux festivals cet été. Une allure remarquable, un univers presque mystérieux : comme une route sur laquelle s’étend le spectre de sa voix, à la fois haute et large. Un globe trotteur qui nous amène dans d’autres voyages, plus intérieurs peut être. Un projet artistique, une identité, un personnage que la très belle ballade « Aqualast » nous a donné envie de découvrir, avec un peu d’inscrétion, en allant à la rencontre de Rover. Retour sur expérience.

La question inévitable peut-être… Pourquoi Rover ?

Avec toutes les interviews que j’ai faite… J’ai une  réponse toute faite malheureusement. Renaud était déjà pris.

Est-ce finalement un personnage que vous choisissez  d’incarner le temps d’un album ? Une partie de vous ?

En fait c’est plus un projet de vie, c’est à travers Rover que je conçois la musique maintenant après avoir collaboré sur différents projets. C’est ainsi que je me sens le plus intègre, le plus connectée avec ma musique et celui que je suis. Je suis Rover, donc je me douche avec mes lunettes et mes boots..

Oh quelle classe ! C’est à voir. Justement parlons univers, vous êtes très proches des sixties tant dans le look que dans les choix musicaux.  Que représente pour vous cette période là ?

Des années 50 aux années 80, je suis allé chercher un peu partout en fait. Les années 60 c’est une période extraordinaire, il y a une vraie créativité, comme un vent de liberté… Après est-ce qu’ils étaient vraiment libres…On l’ignore vraiment, il faudrait l’avoir vécu. Mais il y a un fantasme des années 60, du swing in london, de la concurrence scène et de l’émulation entre les groupes vers le haut. Tout y est nouveau c’est ça qui est chouette dans cette époque, même dans d’autres domaines. C’est presque cinématographique, l’histoire prend presque une tournure enfantile… On peut aller sur la lune… 

C’est justement ce que l’on retrouve dans vos chansons, un peu de rêverie, beaucoup de liberté… et une nostalgie qui ramène à l’enfant justement que l’on a peut être un peu oublié…

Oui c’est très juste, c’est vraiment ce que je recherche. Lorsque je compose ou j’écris des chansons, c’est vraiment pour retrouver ce que l’on perd à l’âge adulte, ce moment où tout se suspend. Enfant, on a ce côté là.On a pas de notion, on peut jouer des heures aux petites voitures. On lève la tête et il fait nuit et on se dit « Mince, j’ai pas vu passé l’après midi » Alors qu’à l’âge adulte, on devient obsédé du chrono qui passeLa musique permet de retrouver cet aspect ludique de la vie. Jouer de la musique au sens propre. On joue de la musique même si on fait ça sérieusement.

Le temps se suspend davantage quand on travaille seul et sur cet album, c’est ce que vous avez choisi de faire. Comment vous êtes vous nourri artistiquement ?

L’inspiration est venue des tranches de vie d’avant, des voyages, des accidents de la vie qui ressortent justement quand on se lance dans un processus de création. C’est quasi psychédélique. On garde les restes, la crème au dessus du lait, ce qui fait le plus grossir ou grandir… Mais c’est ça qui m’intéresse de ne pas forcément intellectualiser à la base, de se focaliser sur le message à faire passer. J’aime beaucoup l’art qui est éphèmere que ce soit dans la poésie ou la peinture, tout ce qui est spontané, très brut. J’aime les accidents, que les concerts soient imparfaits, qu’il y ait des moments fragiles. Je m’embête souvent devant les lives qui sont réglés au milimètre.

Quand tout est lisse, on glisse presque vers la démonstration…

Tout à fait, j’aime bien, ne pas savoir ce que je vais dire. Me trouver face à un public fou ou réservé… c’est complètement différent. Il n’y a jamais de règles. J’essaye d’être le plus libre possible. Etre automatisé, c’est ça qui me fait peur.

Comment s’est passé la transition entre votre seul regard et l’exposition médiatique ?

Finalement c’est très sain car les regards sont positifs. C’est comme un enfant qui grandit, on le voit apprendre à lire, à compter… On est pas vraiment témoin de ce qui se passe, on ne voit pas vraiment le projet prendre de l’ampleur… Moi je suis dedans donc je suis dans le côté artisanal.Je suis dans le quotidien : garder le moral, maintenir une équipe, manger à des heures normales, prendre le bus… C’est ce qui fait qu’on est des artisans et que même quand on parle de gros succès, eh bien on ne devient jamais cette machine qui roule et écrase tout sur son passage. On prend le plaisir où il est. Le retour des médias et du public est juste extraordinaire pourtant je savais que c’était quitte ou double.

Oui parce qu’il n’y a pas de recettes, encore plus aujourd’hui. Plus une question de moment, de chansons, presque de hasard. Mais peut être pour certains est-ce que le choix de l’anglais, aujourd’hui, est une façon de se donner plus de chance… ? Pour vous le choix de cette langue, j’imagine que cela vient de votre enfance aux US

Oui, j’ai baigné toute mon enfance et mon adolescence dans le son anglais. J’ai grandi aux Etats Unis alors la bande sonore de ma vie c’est dans cette langue que je pouvais la créer. Ca c’est fait tout à fait naturellement, c’est ma deuxième langue. J’admire les gens qui arrivent à écrire en français, y a une pudeur que j’ai, trop de choses que je n’arriverais pas à dire en français et que j’ai pourtant besoin d’exprimer. L’anglais est une langue plus joueuse… on ose plus de choses en anglais jusque dans les arrangements musicaux, car les erreurs peuvent être volontaires. Les choses peuvent conserver leur sens même avec des erreurs et c’est une chance que l’on ne peut pas conserver lorsqu’on écrit en français.

Quelle est la chanson de votre tournée, la bande sonore des heures en camion ?

C’est le nouveau titre de Paul Banks EP « Julian Plent Lives… », je ne suis pas forcément fan de la chanson mais on adore tous le gimmick du début.