Rencontres / 05/02/2016

Séverin : Interview pour son nouvel album Ca Ira Tu Verras

Quasiment quatre ans après la sortie de son premier album : Première Déclaration, Séverin revient avec un nouvel album. Nouvelle vie, nouvel homme, nouvelle envie musicale, Ca Ira tu Verras sort aujourd’hui (le 5 février). A cette occasion, La Bande Sonore a rencontré Séverin dans son studio de Montmartre qu’il partage avec Ambroise Willaume aka SAGE. Derrière la table de mixage, on revient sur cet album où l’espoir et l’envie d’aller bien est au coeur des chansons.

La Bande Sonore : Il y a deux ans et demi, tu as tourné dans quelques salles parisiennes en solo acoustique, tu essayais tes nouveaux morceaux à la cool. Comment s’est passé le processus autour de ce nouvel album ?

Séverin : Quand je suis parti seul sur scène, j’étais un peu en transformation. Je commençais à être un peu plus sérieux et à faire des chansons plus personnelles. Il m’a fallu plus de temps pour en avoir plus et que se soit bien. Il y a un moment où je faisais beaucoup de maquettes, j’essayais de faire les choses tout seul et à un moment j’y suis plus arriver. J’en avais marre et j’ai déjeuner avec Ambroise (SAGE, Revolver) avec qui je partage notre studio qui m’a dit : vas-y on enregistre. On a oublié tout ce que j’avais déjà enregistré et on est reparti à zéro uniquement en guitare voix. Après j’ai appelé mes copains musiciens, les meilleurs que je connaisse, pour enregistrer en direct sans répétition ni rien.
Le premier disque, c’est ce que j’avais fait globalement depuis le début, je suis musicien et auteur-compositeur. Je réalisais moi-même mes maquettes et on répétait autour de celles-ci. J’étais en mode autoritaire à dire il faut faire ça ou ça. Je me suis rendu compte que pour que cela colle avec ma musique de maintenant, avec un certain lâché-prise, je n’ai donné aucune indication aux musiciens derrière à part la structure des morceaux. Je n’étais pas là à faire le chef d’orchestre, je n’ai été que dans la sensation. Pas control freak et pas déçu comme on peut l’être aujourd’hui sur beaucoup d’albums. C’est à dire que tu maquettes beaucoup pour séduire ta maison de disques et quand tu es prêt, tu refais tes maquettes, tu les réenregistres pour arriver à un résultat qui n’est pas forcément mieux au final. Là, il n’y avait rien, on pouvait se reposer sur la sensation. C’était le postulat, tous les musiciens qui ont joués, les quatre pour le studio, ils n’ont pas écouté mes démos avec mes idées. Ils sont partis de do ré mi, le texte et la mélodie, point barre.

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LBS : Ce changement musical se traduit par un changement de style, il y a plus de bossa, c’est plus chaloupé que sur le premier album. Tu as continué aussi à explorer le côté plus personnel que tu avais ouvert avec Le Bruit des Graviers (1°titre du 1°album), c’était une volonté de ta part d’être plus dans le sentiment que d’être dans le côté sexy à la mode ?

Séverin : Je suis toujours sexy, je ne peux pas te laisser dire ça ! (rires) Effectivement, il y a eu un tournant et c’est peut-être aussi le fait d’avoir eu 30ans étrangement. Par le passé, j’avais ce truc de vouloir être cool maintenant je m’enfous. Je suis mieux dans mes baskets, j’ai commencé ma psychanalise, tout va bien (rires). J’ai moins l’envie de plaire à tout prix mais plus celle de faire quelque chose de sincère et sensible. Sur le premier disque, le dernier morceau que j’ai fait c’est celui sur mon père et c’est celui qui a le plus plu… Connement, tu suis le sentiment qu’on les autres. Tu peux faire toutes les musiques aujourd’hui mais il y a une musique qui te va mieux, qui te correspond. Je ne suis pas crédible en rock garage, il faut l’admettre à un moment. Je pourrais demain faire un morceau à la Led Zeppelin mais dans le fond, ça serait un peu triste. Avec Dans Les Graviers, j’ai enfin trouvé quelque chose qui est vraiment moi. Les gens ne mentent pas, les deux morceaux les plus personnels sur le premier album : Dans Les Graviers et Première Déclaration, c’est ceux qui plaisaient le plus. D’un côté tu veux faire un disque le mieux possible, personnel et en même temps quelque chose qui plaît aux gens. Avec la maturité, tu arrives à voir ce que tu fais de mieux.

LBS : Il y a un fil conducteur assez commun entre les deux albums, avec des thèmes semblables, tu parles de ton père sur ADN, La Revenche et Amélie ont un lien, Ca Ira Tu verras c’est la continuité logique du premier album ? 

Séverin : Entre les deux albums, il y a des redites. J’ai envie qu’il y ait une alternance entre des morceaux tristes et des morceaux joyeux. Il y avait déjà ça sur l’album précédent sauf que là, je trouve que c’est vraiment mieux réussi. Sur l’album précédent, il y avait L’été Andalou avec ma femme, c’est un morceau soleil mais qui ne disait pas grand chose alors que là j’ai un duo France-Brésil où je dis quelque chose de vrai.

LBS : Sauf qu’on ne comprend pas ce qu’elle dit…

Séverin : Tu apprends le portugais, tu te démerdes ! (rires). On sortira un clip prochainement où tu comprendras ce qu’elle dit exactement.

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LBS : Ce Mantra Ca Ira Tu Verras, c’est ton leitmotiv ?

Séverin : C’est un mélange de mon histoire personnelle, je me suis séparé d’une fille avec qui je suis resté pendant dix ans, et une discussion avec une fille. J’ai écrit le titre le lendemain de cette conversation où elle entrait dans le premier couplet alors que moi je sortais de la chanson. C’est une chanson pour elle, je l’ai faite le lendemain et je lui ai envoyé deux jours après. Ce truc marrant où tu te rends compte que tu files des conseils alors tous ces mois où j’étais hyper-malheureux, je reçevais des conseils des autres et là j’étais celui qui donnait ces conseils. Le titre symbolise le fond du disque, je pense qu’il y a des choses par forcément gaies dans le disque mais dans le fond je pense que c’est assez positif. Même le titre sur mon père qui est hyper frontal, ça reste positif pour moi.

LBS : Il y a une évolution du sentiment même dans la perte de ton père et une évolution amoureuse, on suit ton itinéraire personnel…

SéverinC’est là le drame, on va écrire que c’est l’album de la maturité ! (rires) Ca colle le cafard ! Le prochain c’est l’album de la décrépitude ! Il y a quelque chose autour du mouvement dans cet album. Ca ira tu verras ca symbolise le contenu général du disque, un peu de tristesse, beaucoup d’espoir et Parassol et France-Brésil ce sont de vrais instants de joie. Les titres les plus personnels sont au milieu comme ça, ça laisse aux gens le temps de mieux te connaître. Je ne voulais pas le mettre en avant dès le départ. C’est comme quand tu rencontres quelqu’un, tu n’as pas envie de rencontrer quelqu’un qui te parle directement de ses problèmes.

LBS : C’est pourtant exactement ce que tu as fait pour le premier album avec Dans les Graviers en ouverture…

Séverin : Ouais… (rires) c’est vrai mais je sentais que c’était moi et que c’était nécessaire. Si je n’avais eu que des morceaux avec cette sensibilité là, quelque chose qui me correspond autant, je ne l’aurais pas mise en un. A ce moment-là, je l’ai mise là parce que je ne voulais pas que les gens passent à côté parce que c’est la meilleure. Là, il y a un vrai bloc entre les morceaux, il n’y a pas un morceau que j’ai envie de mettre de côté.

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LBS : Musicalement il n’y a plus de synthé, moins de prod, il y a une cohérence musicale. Pourquoi avoir quitté les eighties à la mode et se concentrer sur de vrais instruments comme des chordes ?

Séverin : Ca et le ras le bol de l’ordinateur. Là, il n’y a pas de retouche d’ordinateur, c’est tel quel. France-Brésil, ADN, c’est des prises voix live avec les musiciens. On a gardé une prise. Il n’y a pas 50 edits. Par rapport à ma musique, ça aurait tué l’émotion complètement. Mon but c’était qu’il soit sensible. Ce n’est pas sensible si tu bidouilles comme un porc. J’ai toujours préféré une fille avec des cernes et une cicatrice plutôt qu’une fille avec une couche de fond de teint.

LBS : Il y a un côté rébellion contre les bonnes manières aussi, contre les conventions plus bourgeoises comme le mariage mais au bout du compte tu te laisses attendrir quand même…

Séverin : Poli était importante, ce n’est pas une souffrance grave mais quelque chose dont je me suis rendu compte en rencontrant cette fille qui a un bon côté sud américain, quelque chose que je ne connaissais pas du tout, c’est à dire c’est des repas à table qui dure six heures pendant lesquels ils s’engueulent puis après ils s’embrassent. Au début, j’étais paniqué ! Cette culture brésilienne, je ne l’avais pas du tout, ce n’est vraiment pas ma culture vendéenne. (rires). Ca, je l’ai découvert. Ca m’a ouvert sur plein de choses, je n’aurais pensé me marier et Parasol parle de ça aussi justement. Un moment je me suis demandé pourquoi j’allais m’empêcher de vivre des moments de joie ? J’en ai rien à foutre je le fais ! La cutlure brésilienne m’a très ouvert là-dessus sur le fait de ne pas s’empêcher pour être heureux, des trucs à la cool et sans penser à moi avec ce côté très français, très cynique du genre c’est des conventions à la con. Effectivement c’est une convention à la con mais si ça te fait plaisir à ta famille, tes potes et à toi, pourquoi s’en priver ? Au pire, tu divorces ! (rires).

LBS : Jolie conclusion sur le mariage ! Tu as invité Philippe Katerine qui aime bien la musique d’amérique du sud, pourquoi lui et comment tu l’as rencontré ?

Séverin : J’ai fait quelques premières parties pour lui il y a quelques années. C’est un mec que j’adore par ses disques et aussi quand j’ai eu l’occasion de passer du temps avec lui, il est génial, hyper généreux. Ca me semblait évident de l’inviter pour ce morceau là, je lui ai proposé il m’a dit ok, qu’il passerait le lendemain et il est venu avec son saxo et c’était plié. Et puis, on est tous les deux vendéens donc il y a ce lien aussi.

LBS : Ah il y a une sorte de réseau vendéen dans la musique ! Tu vas partir en tournée, tu pars en solo avec ta guitare ou  avec une formation ?

Séverin : Il n’y a plus de séquences, plus de machines, je veux que se soit fragile. Le résultat est qu’il y aura des concerts très bons et d’autres moins mais ça qui m’amuse maintenant. La formation c’est un violoncelle, piano et batterie, que du vrai instrument qui joue. Je répétais encore hier et j’adore, tu joues deux fois le même morceau, t’es pas content parce que tu as réussi à chanter ton texte en le jouant, t’es content parce qu’il s’est passé quelque chose dans le morceau qu’il n’y avait pas dans la répètition d’avant. C’est aléatoire. La musique ça devrait être ça ! Une des choses que je retiens de cet album, c’est qu’à la fin du disque, c’était épuisant parce qu’on a tout fait en six jours pour l’enregistrement, on s’est tous rendu compte qu’on était en train de faire notre métier. Au lieu d’être là à faire deux accords et les mettre en bôite pour les sampler, on faisait vraiment de la musique, ça c’était génial. Après peut-être que les gens vont reprocher au disque de ne pas être très actuel parce que dans le son ça peut ressembler à un disque des années 70 ou 60 parce que c’était comme ça que c’était fait à l’époque.

Merci à Séverin, Delphine Caurette et Neon Napoleon.



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Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.






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