Solidays : l’épilogue 2012

Après deux jours de soleil, c’est sous la pluie que se réveille l’hippodrome de Longchamp. Les festivaliers sont un peu moins nombreux, peut-être, ou se réfugient au moins sous les scènes abritées, dans les allées du village associatif entre deux concerts, préférant le brouhaha des animations plutôt que la pelouse boueuse. C’est un peu le bal des k-way et des parapluies à l’heure où Irma entame son concert sous le Dôme, mais la jeune chanteuse attire la foule et embarque la foule dans une set list bien montée, portée par le tube « I know » et ses, désormais, célèbres reprises des Jackson « A.B.C » et « I want you back ». La vraie révélation de My Major Compagny se révèle très à l’aise sur scène et communique autant son énergie que son plaisir d’être là au public.

Entre deux concerts, une escale au Bout du Monde est nécessaire. Un petit verre de vin, des vieilles chansons françaises et une salle qui reprend chaque refrain en choeur. On y a même croisé Michou. Solidays, le festival de l’improbable.

Direction ensuite la scène Paris où se déroule comme chaque année la cérémonie du patchwork dont je vous parlais dans le premier acte de mon report des Solidays. Après une présentation de l’association du patchwork des noms, Sébastien Folin, Antoine de Caunes, une soeur de la perpétuelle indulgence, des représentants d’associations membre du collectif Solidarité Sida se succèdent au micro énonçant les noms de victimes du sida, d’hommes et de femmes emportés par le virus dans l’indifférence, dans le silence. Leur rendre une voix, rompre le silence : voilà l’ultime vocation de la cérémonie du patchwork. Petit à petit, les parapluies s’avancent vers la scène. Pour finir nombreux à regarder le ciel sur l’air de « Somewhere over the rainbow », une prise de conscience pour certains, un moment de recueillement pour d’autres. « Chacun de nous est provisoire certes, mais le fait que nous ayons existé est définitif » affichent les écrans noirs bordant la scène. La scène s’éteint pour laisser place au reste du spectacle, laissant chacun porter en lui la conscience de cet énoncé significatif.

A la scène Bagatelle, malgré la boue, les festivaliers commencent à s’amasser autour de la scène pour le concert de General Elektriks. Le groupe a réussi à chasser la pluie avec son rock détonnant et l’énergie de l’ensemble du groupe même s’il faut l’avouer le guitariste et le chanteur tirent leur épingle du jeu. Une ambiance de folie dans la boue… après en avoir reçu plein les cheveux et le visage, il est temps de revenir vers la scène Paris où Charlie Winston est attendu. Si la pluie repart de plus belle et que maintenant le costume boueux fait partie du code vestimentaire des festivaliers, le public se fait nombreux autour de  Charlie qui offre des versions très réussies des chansons de son dernier album, reprises en choeur par la foule.

Après un petit break nécessaire à la Green Room d’Heineken, il est déjà l’heure de rejoindre les Brigitte sous le Dôme. Comme d’ordinaire, leur chèvre les attend sagement sur scène. Des chèvres, il y en a d’ailleurs dans la fosse. Certains fans ont de drôles de façon de surprendre. « Battez-vous », « Le coeur chewing gum » et la très jolie « Je veux un enfant » s’enchaînent à la perfection. Puis vient la désormais culte reprise « Ma Benz » du groupe NTM… alors que Joey Starr a commencé son concert aussi à l’opposé du festival. Allez, en route pour Bagatelle. On ne peut pas rater un concert du jaguar.

Il ne pleut plus. Les bottes enfoncés dans la boue, impossible d’avancer jusqu’à la scène : trop de monde en cercle autour des flaques. Joey Starr sait jouer avec la foule « A gauche, à droite. Recule… Avance » : il ne me reste qu’à savourer ma bière admirer le spectacle sur un fond de soleil couchant tout en plaignant ceux qui ont cru bon de coller leurs ventres à la barrière devant scène. Joey reste Joey, même si le son sature et quand il revient en rappel avec « Seine Saint Denis Style » et bien c’est autant d’émotion que d’énergie qui secouent tous les plus de 20 ans.

Les Solidays commencent et se terminent en musique dans un joyeux bordel, entre les irréductibles qui ne veulent pas s’arrêter et poursuivent la soirée au son du mythique groupe Garbage et ceux qui prennent la route en direction des navettes, jurant que l’année prochaine, ils reviendront malgré la boue, la pluie et les files d’attentes. Le corps chargé et déchargé d’autant de choses, le cœur n’en est pas moins aiguisé d’une conscience essentielle alors que le Sida exclue et tue chaque jour dans le monde entier.