« un Amour tout simplement », ces Amants Parallèles » le nouvel album de Vincent Delerm

 

Réduire Vincent Delerm à un chanteur bobo parisien spécialisé dans le name-dropping, les références à la page vingt-un d’un catalogue Ikéa et à un étiquetage Télérama-France Inter est de l’ordre du cliché, de la pensée prémâchée pour personne ignorante. Après quatre albums studio et une expérience plus que réussie au théâtre, Vincent Delerm revient avec Les Amants Parallèles. Plus épuré que ses dernières productions Quinze Chansons et Les Piqures d’Araignées, ce nouvel album raconte une histoire d’amour au fil du temps en treize chansons.

 

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« Qui veut faire de grandes choses doit penser profondément aux détails » disait Paul Valéry. Cette maxime, Vincent Delerm la sublime dans son dernier album : Les Amants Parallèles. Depuis son premier album éponyme de 2002, il n’a eu de cesse de raconter ces trois fois rien qui font les souvenirs. Avec précision, il a su créer une nouvelle forme de storytelling très performante alors que beaucoup d’artistes considèrent cet exercice comme périlleux en français. Ce n’est pas dans la recherche d’une universalité que son œuvre prend tout son sens mais bien au contraire dans son sens aigu du détail. L’histoire d’amour qu’il raconte dans cet album n’est pas romanesque, n’a pas d’éléments de rupture narrative à l’acte III mais file sur le long terme, ce qui est en ça exceptionnel de nos jours. Un garçon rencontre une fille. Il se promet de ne plus penser à elle mais trop tard, il est amoureux. Leurs vies ont toujours été parallèles et un jour se croisent, deviennent perpendiculaires et continuent le chemin ensemble mais séparés. Un avion atterrit dans une ville enneigée, un film vu et revu, des envies de Dolce Vita (référence au film pas à la glace), un baiser pas forcément Modiano, un aménagement, des souvenirs d’enfance, Joe Montana, des moments de la vie de tous les jours, un été andalou, des photos souvenirs, de la nostalgie, des enfants, des voyages, Les Amants Parallèles raconte un Amour tout simplement.

Conceptualisé comme un film, l’album est cinétique. L’histoire d’amour change de lieu, est ardente, intime,  mouvante, prend en âge, se normalise, digère le passé mais continue à exister malgré des sentiments moins ardents avec le temps. C’est lui le conteur, c’est elle le mystère. Le format des chansons est très court, les refrains ne se répètent que très peu à part sur Hacienda à l’ossature musicale plus classique. Avec son amour du cinéma, on aurait pu croire à une écriture proche de celle de Rohmer, Truffaut ou Godard mais non, Vincent Delerm le raconte comme lui le ferait, avec une exigence dans la précision des sentiments et de l’environnement. Cette atmosphère est aussi superbement portée par un travail incroyable, par sa minutie, sur la production de l’album. Enregistré dans son intégralité avec quatre pianos, Les Amants Parallèles ne fait pas dans le  grandiloquent mais dans la subtilité. La production est signée par Maxime Le Guil  et par Clément Ducol, arrangeur, à qui l’on doit Ilo Veyou de Camille. Les basses, les craquements, les sons ici et là sont tous issus de quatre pianos trafiqués pour ce rendu si spécial donnant une harmonie à tout l’album.

 

 

Pendant ces cinq ans d’absence, Vincent Delerm n’a pas chômé. Il a sorti un conte pour enfant avec Jean Rochefort, Leonard a une sensibilité de Gauche (un cadeau de noël vraiment top), joué et mis en scène une pièce de théâtre, Mémory, acclamée par la critique et sorti un recueil de photos  intitulé Probablement. Exposé au 104 en septembre dernier, Vincent Delerm a illustré le livret des Amants Parallèles de photos qui sont liées de façon thématique à la chanson ou uniquement pour souligner un détail. Le fait que le livret soit
beau, imprimé, illustré, travaillé est, en soit, une bonne raison de ne pas pirater l’album. Tout à coup le support retrouve de son intérêt et n’est pas qu’une boite inutile. Les Amants Parallèles est réfléchi comme une œuvre dans son intégralité et pas comme un recueil de chansons n’ayant rien à voir les unes des autres. Poétique, émouvante, parfois dure comme un moment doux, cette histoire s’écoute dans son intégralité et dans l’ordre, loin des modes schuffle facile que nous proposent les albums du moment. Comme un film que l’on connaît par cœur, on y découvre à chaque visionnage un nouveau détail qui réveille un souvenir, la bande-son et les dialogues sont les mêmes mais prennent un autre sens selon le moment. Les Amants Parallèles est une superbe œuvre du détail, un moyen-métrage musical inspiré et inspirant. Vincent Delerm n’est peut-être pas un grand chanteur pour certains mais il est un des meilleurs conteurs français depuis longtemps.