Rencontres / 25/10/2016

Un Coca en terrasse avec Dani Terreur pour la sortie de son 1°EP Gri-Gri

L’automne pointe le bout de son nez mais le rendez-vous est pris  sur la terrasse d’un bar au bout de la rue Keller au café le Centreville. Alors que la chaleur battait encore son plein, fin juin, Dani Terreur a donné un showcase au Studio des Variétés pour présenter quelques unes de ses chansons en live. Entre temps, le jeune homme mi-rockeur mi-french-popeur a sorti son premier EP Gri-Gri. Un coca commandé, une rue horriblement bruyante mais de la bonne humeur au rendez-vous, action !

La Bande Sonore : On a eu la chance de te découvrir cet été au studio des variétés. Alors c’était franchement pas dans les meilleures conditions, il faisait une chaleur de dingue, c’était la dernière manifestation contre la loi travail, la salle est a deux rues de là où vit Manuel Valls, bref le quartier était complètement bloqué donc pas les meilleures conditions mais vous avez quand même assuré le show. En mode power trio vous avez donné un show très rock. C’est toujours intéressant de voir un groupe en live avant d’écouter sa musique et là, une fois de plus, la surprise est totale ; ta musique n’a pas du tout la même énergie sur disque où c’est beaucoup plus électro-pop. Est-ce que ce grand écart était voulu ?

Dani Terreur : C’était assez instinctif comme truc. Disons que sur scène, j’aime beaucoup l’énergie groupe de rock où tu peux être plus charismatique, les gens rentrent plus facilement dedans alors qu’un concert d’électro, je trouve ça quasiment toujours ça froid surtout quand c’est chanté. Après ça dépend qui, les maîtres du genre comme Nicolas Jaar ne sont pas là-dedans mais ce n’est pas mon style, je préfère faire un truc vraiment rock, rentre dedans même si c’est pas du hard-rock. En disque, c’est aussi pour des contraintes techniques que ce n’est pas rock. Je n’avais pas de batterie à disposition, une batterie ça demande d’avoir un studio pour l’enregistrer, et vue que j’ai enregistré totalement l’EP chez moi, je n’avais pas la place. J’ai donc fait avec de la programmation d’où la raison qui fait que ça sonne plus électro. Je ne subis pas ce fait pour des raisons de moyen, j’aime beaucoup les disques d’électro-pop comme ceux de Prince. Il a fait beaucoup de titres dans cette ambiance fin 80 et je me suis dis, pour le premier, comme j’ai des contraintes techniques, je vais plutôt partir là-dessus.

LBS : C’est amusant que tu parles de Prince, il y a justement un de tes morceaux : Amour chienne qui rappel Let’s Go Crazy, c’est ton hommage au Kid ?

Dani Terreur : Peut-être… si c’est un hommage, c’est indirect parce-que c’est un artiste que j’ai tout le temps en tête quand je fais de la musique. C’est un des gars qui m’impressionne le plus dans l’histoire de la pop au niveau prod, composition multi-instrumentiste, c’est un pionnier. Quand j’ai trou, que je doute, je me demande qu’est-ce que Prince aurait fait ? Personne ne sait vraiment comme il faisait en plus parce-qu’il n’y a aucune image, pas de reportages sur sa façon faire. Il y a certains artistes tu peux voir le processus, lui rien, tu ne peux que lire des articles ou des livres qui racontent sa démarche. Quand j’écoutes, je me demande comme il a fait pour faire ça à l’époque, c’est assez hallucinant.

LBS : Tu es né à la fin des années 80, tu n’as donc pas connu cette période et pourtant c’est celle que tu explores le plus musicalement. Pourquoi est-ce cette période précise qui t’a inspirée pour ce premier EP ?

Dani Terreur : C’est un style qu’écoutait mes parents quand j’étais gosse, c’est une musique qui m’a vraiment bercé. Tout particulièrement Prince, Michael Jackson… Quand j’ai grandit et que j’ai commencé à faire de le musique tout seul, je me suis rendu compte que cette période utilisait les techniques qu’on utilise aujourd’hui pour la production musicale. C’est un moment dans l’histoire de la musique tout aussi révolutionnaire que les années 60-70. Il y a eu des apparitions technologiques qui ont faites que la musique a été bouleversée à cette époque à tel point que beaucoup de courants musicaux sont nés de cette période. Des styles qui sont encore revisités et d’actualité. Il y a 10 ans, on revisitait les années 60, là on revisite les années 80 mais ce n’est pas pour rien, c’est vraiment une étape décisive dans l’évolution des genres. Le sampling, les synthés, les échantillonneurs, c’est des trucs qui sont apparus à cette période.

LBS : Est-ce que justement cette période modifie ton rapport à l’écriture, tu ne vas pas pouvoir être dans l’air du temps à partir du moment où tu as une ambiance rétro…

Dani Terreur : Je ne me pose pas trop la question, c’est plutôt sur la prod que je réfléchis à ça, aux couleurs des décennies. Pour l’écriture des chansons, je ne me fixe aucune limite, je prends un peu tout mais si les paroles ne sont pas bonnes, je ne garde pas. Je ne pense pas le songwritting par rapport à la prod, c’est la seule contrainte que je me donne, c’est que si je la joue guitare-voix, il faut que ça marche bien.

LBS : Il y a un côté très cinétique à ta chanson à son écoute et en plus, tu donnes à tes chansons des noms en référence à des films. Le mouvement est-il important dans ton écriture ?

Dani Terreur : Dans les paroles beaucoup, je m’inspire beaucoup du cinéma ou de romans. Beaucoup romans sont adaptés au cinéma, c’est extrêmement lié et du coup ça se retrouve dans les titres et dans les atmosphères musicales. La prod, tu peux voir ça comme de la mise en scène. C’est une chose qui me plait énormément, ce n’est pas quelque chose de vraiment voulu, il y a une part d’inconscient là-dedans. Ce rapport à une œuvre n’est pas un fil conducteur, chaque chanson n’est pas une référence mais ça ne me gène pas du tout de partir d’un film pour écrire une chanson, au contraire c’est quelque chose que je trouve très agréable. Transposer ce que tu as ressenti dans un film et réussir à l’adapter à ta vie, partir du film pour aller dans la chanson, ça j’aime beaucoup.

La nuit du chasseur m’a fait ça, j’ai adoré ! Les histoires un peu sombres étaient un thème récurrent quand j’ai commencé à composer pour Dani Terreur. La lutte entre le bien et le mal, la vengeance et il y a tout ça dans La Nuit du Chasseur. La photo est magnifique et c’est de celui qui m’a le plus envie de répondre à cet exercice. Après A bout de Souffle, j’avoue que j’ai triché parce que je n’ai pas vu le film, j’ai juste trouver le titre tellement stylé que je l’ai utilisé. Amour chienne, pareil, je ne l’ai pas vu mais j’ai samplé le titre on va dire.

LBS : Dans tes paroles, il y a un côté croquant, tu aimes bien jouer avec les mots, quel est ton processus créatif en terme d’écriture ?

Dani Terreur : Il y en a plusieurs mais celui de base, sur lequel je suis parti pour ce projet c’est d’abord la musique, la mélodie et ensuite les paroles. Des fois le texte avant le titre ou le contraire comme pour Amour chienne ou A Bout de Souffle. Pour ça, je brode, je décline le titre comme si avec des mots, je devais faire un texte. Un titre comme Paris, je suis parti du texte avant, je me suis rendu au fil du temps que j’étais capable d’écrire des chansons et je me suis dis pourquoi pas explorer plus classiquement certains auteurs et là, j’ai deux façon d’écrire. Pour Fleuve, c’est particulier, j’ai écrit en écriture automatique pour le délire mais j’ai aimé faire ça aussi. Au final, j’ai plusieurs façons de faire, c’est selon les envies.

LBS : A bout de Souffle très ambiant, Amour Chienne très Prince, La Nuit du Chasseur hymne pop, Paris est ballade pop et Fleuve pop-song milieu 90s’, passer d’une ambiance à l’autre ?

Dani Terreur : Dans le tracklist, il y a une évolution mais c’est plus dans le propos du texte que je l’ai élaboré. On commence avec des chansons sombres et on arrive sur des titres plus sucrés, plus gentils, plus pop comme Fleuve et c’est peut-être ce qui va arriver, par la suite, sur mes prochains titres. Sur les autres morceaux qui ne sont pas sortis et qui auraient d’ailleurs pu être sur l’EP, il y a un côté plus lumineux, il y aura aussi quelques titres sombres parce que j’aime ça aussi. C’est quelque chose de plus léger, plus positif et sinon il y a différents styles mais j’essaye de garder une continuité dans les arrangements. Ca m’embêterait de refaire toujours un peu la même chanson, c’est pour ça que j’explore plusieurs tempos, signatures rythmiques. Paris et A Bout de Souffle c’est des 6/8, les ballades sont en ternaire, Amour Chienne qui vraiment funky un peu schuffle et les autres sont binaires. Je ne veux pas faire le même style, la cohérence est plus dans le propos du texte et la couleur des sons sinon j’ai des libertés sur la structure et même le songwritting. Je prends pas mal de liberté.

LBS : Quel est le fil rouge dans cette évolution du sombre à la lumière ?

Dani Terreur : Il y a un propos commun à chaque fois et même dans la tonalité commune. Il y a toujours des oxymores, ça fait vraiment chaud froid, il y a un côté drôle quelque part, c’est sombre et il y a un élément qui vient démystifier ça, que se soit jamais trop. C’est ça mon vrai fil conducteur.

LBS : Ce côté chaud froid avec un côté « drôle » ça résume assez bien la pochette de l’EP où tu me fais penser à Elly Cash dans le film La Famille Tanenbaum de Wes Anderson, le cowboy moderne mélancolique, et en même temps un côté très christique. C’était quoi l’iconographie que tu voulais créer autour de ce personnage de Dani Terror ?

Dani Terreur : Pour le premier disque, j’avais envie de quelque chose de jolie mais de décaler comme le nom. Dans le nom, il y a un côté décalé même si ce n’est pas un groupe second degré mais qu’on retrouve cet aspect là. J’avais le nom mais pour l’illustration, c’est un peu le hasard, j’ai vu des bondieuseries kitchs comme des vierges en plastique et ça m’a tellement plu que je me suis dis qu’il fallait faire un truc comme ça. Quand tu vois ces trucs kitchs, ça reste un objet empreint de religion donc ça a de la gueule même si je ne suis pas croyant. Ca pose des questions tellement folles, mystiques comme la musique. Le côté iconographie pop va bien avec le style musical pop d’où cette pochette.

dani-terreur-3

LBS : Au fond, c’est qui ce personnage de Dani Terror pour toi ?

Dani Terreur : C’est compliqué parce que j’ai l’impression que c’est vraiment moi. Quand on se parle, je ne suis pas lui mais sur scène c’est autre chose. C’est moi en augmenté, avec des capacités en plus. Pas un truc de superhéros mais quand je suis dans la vie de tous les jours, je m’écrase alors que là, il y a des choses que je libère donc Dani Terror c’est mon sur-moi.

LBS : Le nom de ton EP c’est Gri-gri. Les gri-gri sont des objets qui s’attachent souvent à une croyance donc souvent des objets religieux, voulais-tu que le nom soit en rapport avec la pochette ?

Dani Terreur : Oh oui ! C’est le package complet. J’ai un point de vue un peu mystique sur la musique. Ca vient de nul part quand j’écris, même quand je me force. Je ne contrôle pas vraiment mais quand ca sort que les chansons existent, je me dis qu’il y a quelque chose de mystique donc j’ai des gri-gri, c’est une sorte de religion pour moi. Le premier EP c’est six gri-gris, un véritable début de collection.

LBS : Est-ce que tu as déjà des gri-gris avant de monter sur scène comme beaucoup d’artistes ?

Dani Terreur : Avant de monter sur scène, c’est ma chemise, je vais peut-être m’en débarrasser bientôt. La scène ne me fait pas trop flipper donc je ne suis pas trop superstitieux. Bon, je ne porterais pas de vert sur scène par contre (rires). Bon je le suis peut-être un peu.

dani-terreur-1

LBS : Tu vas commencer à tourner pour cet EP, c’est quoi Dani Terreur en live ?

Dani Terreur : Déjà c’est plus rock que le disque. Il y a des mecs qui m’accompagnent alors que sur disque, je suis vraiment tout seul. Ils sont deux. C’est plus rock, plus énergique et c’est plus de liberté, les morceaux durent plus longtemps, c’est que du plus en fait. Il y a aussi une version plus électro en live qui est plus proche du disque mais il y a plus d’impros, j’improvise plus.

LBS : Ca m’a beaucoup intéressé de te voir en concert, je me suis rendu compte à ce moment-là que quelque avait vraiment disparu : les solos de guitare ! J’ai trouvé ça incroyable que dans chaque morceau, tu aies ton moment solo. On ne voit plus ça dans les nouveaux groupes habituellement. Est-ce que tu essayes de réintégrer cet art disparu ?

Dani Terreur : Ca va peut-être revenir ! (rire) C’est mon instrument de prédilection et je trouve que c’est top, je n’ai aucun solo écrit par exemple. Bon, je fais toujours à peu près la même chose mais c’est le hasard, c’est pas écrit, c’est mystique et j’adore. C’est dommage que ça ait disparu mais ça peut être vraiment intéressant. Je pense que ça va revenir, je sais pas pourquoi mais c’est peut-être une intuition à deux balles. Il y a pas mal de gens qui aiment finalement mais on a décrété un moment que c’était ringard mais pas tant que ça, c’est marrant finalement. Tu prends les tubes des trois dernières décennies, les gens sont capable de chanter les solos aussi, c’est cool.

LBS : Il y a une opération actuellement en Corée du Sud, une association propose d’envoyer des clés USB par ballon en Corée du Nord pour les ouvrir vers le monde. Si tu pouvais y participer, lequel de tes titres leur enverrais-tu ?

Dani Terreur : Je pense que je mettrais Amour Chienne pour qu’ils se détendent et qu’ils dansent un peu , qu’ils voient quelque chose de différent. Je leur donnerais le truc le plus pop, le plus joyeux, le plus déconneur pour qu’ils puissent se lâcher un peu.

 

Merci à Dani Terreur, Martin Berthelot et l’équipe du Centreville.



Bookmark and Share




Previous Post
Charles-Baptiste : part en Corée pour son remix de Non-Négociable
Next Post
Romain Humeau : Rencontre pour son nouvel album solo Mousquetaire #1



Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.






More Story
Charles-Baptiste : part en Corée pour son remix de Non-Négociable
Charles-Baptiste donne de ses nouvelles. Quelques mois après la sortie de son mini-album conceptuel La Symphonie Pornographique,...