Rencontres / 12/04/2016

“Une des choses qui m’allument le plus dans la vie, c’est de recommencer à zéro.” – Lisa Leblanc

Rencontre avec Lisa Leblanc

“Une des choses qui m’allument le plus dans la vie, c’est de recommencer à zéro.” – Lisa Leblanc

Lisa Leblanc fait partie des belles révélations canadiennes des dernières années. A l’instar de Cœur de Pirate, elle a rencontré le succès très jeune avec la parution de son premier album éponyme. Cela dit, mis à part un rapport à l’anglais différent de leurs consœurs, la comparaison entre les deux jeunes femmes s’arrête là.

Difficile de rester de marbre devant le naturel de Lisa Leblanc. D’emblée elle vous prend dans ses bras et conte des jokes. Manière de détendre l’atmosphère trop souvent rigide des entrevues et de démontrer qu’elle reste une jeune femme simple, fière de ses origines et profondément amoureuse de son métier.

À tout juste 25 ans, Lisa Leblanc est en préparation de son troisième opus qui fera suite à « Lisa Leblanc » (2012) et « Highways, Heartaches and Time Well Wasted » (2014). On a profité de son passage au Festival International de Jazz de Montréal pour la rencontrer, quelques heures avant son entrée en scène. On l’a ensuite recroisée à la fin de l’été, tandis qu’elle retrouvait le public montréalais dans le cadre du Festiblues. Un été chargé pour Lisa qui revenait d’une longue séries de concerts en France et au Québec, et qui s’apprêtait à reprendre la route vers l’ouest canadien.

Tu as rencontré un très gros succès avec ton premier album, au Canada et même en Europe. Tu aurais pu choisir de surfer sur la vague de ce succès mais tu as finalement sorti « Highways, Heartaches and Time Well Wasted », un EP en anglais. Pourquoi ce choix ?

Justement, pourquoi pas ! J’aime surprendre et j’aime me surprendre. Ça a été complètement spontané. Tout a commencé avec une toune en anglais. C’est sorti comme ça, alors que cela faisait des années que je n’écrivais plus en anglais. J’ai décidé de la jouer en show. Il y en a finalement eu plusieurs et je ne savais pas trop quoi en faire. Et puis, l’idée d’un EP après la folie du premier album.

Il n’y a pas de pression, rien. C’est juste un EP… en anglais.  C’était un truc complètement différent. Je me suis vraiment fait plaisir. On s’est promené ailleurs, on est allé voir au Canada anglais et c’était super le fun ! Ça ne m’a apporté que des belles choses, j’en suis vraiment contente.

 

Tu t’es fait plaisir, mais c’est aussi une grosse prise de risque. Personne ne t’attendait là.

Une des choses qui m’allument le plus dans la vie, c’est de recommencer à zéro. Ce EP m’a amené à Toronto etc. C’est comme quand on est arrivés en France la première fois. C’était la découverte. J’aime être dans un contexte de découverte parce qu’on n’a pas le choix d’être bon. On n’est pas sur pilote automatique. Il n’y a rien de gagné d’avance. Personne ne connaît tes chansons. C’est une première fois. Ça nous ramène à la base aussi. J’ai toujours aimé jouer dans de petits bars devant 20 personnes. C’est cool. J’aime juste ça.

En même temps, il n’y a rien comme de jouer chez soi. On a nos crowds et c’est extraordinaire de jouer devant un public qui connaît nos chansons.

 

Au Québec, choisir de chanter en anglais est presque un acte militant. Tu n’es pas québécoise puisque tu es originaire du Nouveau-Brunswick…

Et donc, je ne suis pas perçue comme « une traître ». Je risque probablement de me le faire dire mais ça ne me dérange pas. Venant du Nouveau-Brunswick, je parle autant dans une langue que dans l’autre. C’est sûr que le français est ma langue maternelle, je vais donc toujours écrire en français. J’adore notre langue et je trouve qu’on a une super belle culture. Je ne nierai jamais d’où je viens.

Sortir un EP en anglais, c’est un trip. C’est une autre façon d’écrire et un beau défi aussi ! Certains disent que c’est plus facile, au contraire, je trouve ça plus complexe. Justement parce que ce n’est pas ma propre plume. En français, j’écris comme je parle et on devine que je viens du Nouveau-Brunswick whatever. C’est plus facile d’avoir sa propre identité. En anglais, je réécris beaucoup, je fais des recherches dans des dictionnaires. C’est inspirant de deux façons différentes.

 

J’ai lu que tu revenais d’un road trip aux Etats-Unis. Est-ce que ça a aussi contribué à t’inspirer des chansons en anglais. Avais-tu besoin d’aller voir des espaces différents ?

Oui, ça a vraiment aidé ! C’était un cool trip ! Mon EP a été très inspiré de ce road trip là. J’ai écrit pendant et après. J’ai encore des flashs, des souvenirs qui me reviennent et sur lesquels j’écris. Je suis quand même partie un mois et demi, ce qui donne le temps de s’évader. Je viens de cette culture là aussi. La musique country et le bluegrass jouait partout chez nous (au Nouveau-Brunswick).

 

Justement, on retrouve ces styles dans “Highways, Heartaches and Time Well Wasted”. À travers le banjo et la guitare électrique notamment. Était-ce une façon de revendiquer davantage ces influences ? On sent en effet une véritable filiation avec la folk américaine.

Il évoque peut-être les influences que j’avais adolescente. Les trucs qui influencent vraiment parce que c’est l’âge auquel on découvre. C’était plus comme un snapchat de l’endroit où j’étais à un moment donné.

 

Quelle relation entretiens-tu avec ton banjo ?

J’ai commencé à jouer de la guitare et j’ai ramassé le banjo par la suite. C’est presque devenu mon instrument principal. J’aime cet instrument : il a de la gueule, il est drôle et c’est un parfait conversation starter !

Au départ, je n’aimais pas le bluegrass. C’est ce qui jouait chez mes parents et donc j’haissais ça pour mourir ! (rire) Finalement, je l’ai redécouvert ces dernières années et je trippe vraiment ! J’aime mixer le banjo avec du rock. Finalement, c’est devenu ma trademark.

 

Petit retour en arrière : tu as rencontré le succès grâce à ton fameux titre « Ma vie c’est de la marde ». Une chanson légère par rapport au reste de ton répertoire. T’attendais-tu à une telle réaction au Québec et en Europe ?

Cette toune, je ne voulais pas la chanter en show ! Je l’avais écrite pour un de mes amis : on avait vécu les mêmes choses en même temps et on faisait un spectacle ensemble. Je l’ai sortie comme une blague. J’ai annoncé au micro : “C’est la première et la dernière fois que je joue cette toune. Elle s’appelle “Ma vie c’est de la marde’ !” À la fin, tout le monde la chantait. Je ne comprenais pas, puis j’ai réalisé que je venais de créer un monstre. C’est devenu la toune qui a explosé. C’est weird parce que je l’ai écrite en une journée, sur trois accords, comme une joke. Elle n’avait aucun rapport avec le reste de l’album. Finalement, ça me fait rire.

 

As-tu déjà une idée de ce à quoi ressemblera ton prochain album ?

Je suis en train d’écrire. Je ne sais pas quand ça va sortir ni s’il sera en anglais ou en français. C’est encore vague mais ça s’en vient !

 

Tu dis aimer les risques et la nouveauté. Quels sont les prochains défis que tu te fixes ? Quelles sont tes envies, tes rêves pour ta carrière ?

Je n’ai aucune idée de ce que je vais faire dans 5 ans ! J’ai toujours aimé voyager, c’est donc ça mon but dans le fond. Continuer à jouer, voyager, voir d’autres endroits, rencontrer de nouvelles personnes et grandir. C’est cool de faire de la musique ou n’importe quelle forme d’art : il y a toujours place à l’amélioration, rien n’est jamais parfait. On n’est jamais à court d’émotion dans ce métier. L’adrénaline me fait du bien et j’aime la route.

 

En parlant de route, tu as un rythme intense : cet été, tu as enchaîné les spectacles en France et au Québec…

On dirait qu’à force, on développe un genre de routine de tournée. J’ai déjà fait 15 shows en trois semaines. On ne pourrait pas faire ça 12 mois par année, mais j’ai désormais la chance de pouvoir dire oui ou non. Cet été, en France, on a fait 6 shows en deux semaines, c’était plus relax. On a eu un bel été de 30 spectacles.

 

 

 

Entrevue réalisée en collaboration avec Karine Daviet de www.carnetdart.com.

 



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Aurélie Lebec
Tantôt attachée de presse, tantôt journaliste. Je parle de musique sur @LaBandeSonore. Amoureuse de cinéma, de mots et, parfois, de télévision. Envoyée spéciale à Montréal






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