Rencontres / 26/01/2015

Vianney : Interview Thé & Chouquettes

Vianney est actuellement artiste français de chanson qui monte. Nominé aux prochaines victoires de la musique dans la catégorie Album révélation, il va se retrouver confronter à Indila et François & The Atlas Mountain pour son premier album Idées Blanches. Alors que l’hiver commence à se faire sentir sur la capitale, La Bande Sonore a rendez-vous avec lui pour un petit déjeuner autour de chouquettes histoire d’en savoir un peu plus sur cet auteur-compositeur-interprète pas comme les autres.

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LBS
: Ton premier single est sorti l’été dernier et très vite, il a tourné sur les réseaux sociaux et est devenu un joli buzz virale. Tu arrives avec un premier album sans être passé par la case EP, développement, c’était une volonté de ta part et celle de ton label d’arriver directement comme tous les artistes Tôt ou Tard ?

Vianney : Je n’avais pas nécessairement de plan d’attaque. Je ne voulais pas entrer dans le milieu de la musique, essayer un petit truc pour me faire repérer. Pour un EP, on ne s’est jamais posé la question.  Je suis arrivé directement avec un album parce que le réalisateur Antoine Essertier s’est bien senti sur le projet et on a vu que ça donnait quelque chose dont on était content. De là, on a cru que l’on pouvait arriver direct avec un album mais ça c’est fait comme ça, ça n’a pas été réfléchit depuis le début dans ce but. Quand je me suis engagé dans la musique, je n’avais pas de plan, j’ai pris tout ce qui arrivait en faisant bien entendu des choix. Comme rien n’était réfléchi avant, c’était très bien, mes choix je les faisais sur le moment par rapport à ce que je ressentais. Je pensais déjà à la suite mais je n’avais pas de plan. On a fait l’album un peu même dans le délire. J’étais encore étudiant, je me suis dis « Yes j’ai un album. Je vais pouvoir le faire écouter à ma famille, à mes potes et peut-être qu’en plus on va signer, ça serait dingue. Chez Tôt ou Tard ça serait fantastique ! ». En soi, rien n’était planifié et si l’aventure s’était arrêtée à l’enregistrement de l’album, j’aurais déjà été très content. Là, je ferais un autre boulot, je travaillerais à un autre album pour le plaisir donc non je n’avais pas de plan.

LBS : Le fait de ne pas avoir de plan, ça a été pour toi aussi le fait de devoir choisir très rapidement sur un certain nombre de choses. Avant que tu signes et dans la spontanéité, c’était quoi l’esthétique et l’univers que tu avais autour de ce premier album ?

Vianney : J’avais des chansons prêtes. Je savais que j’aimais construire les chansons d’une certaine façon et qu’il y avait, du coup, une cohérence entre les chansons. Ces chansons sont tellement personnelles que le fil directeur c’est ça. Quand on a enregistré avec Antoine, on s’est dit que là, il y a une unité et que l’on peut faire un album avec toutes ces chansons là. L’univers je l’ai construis après mais c’était hyper faciles parce que les chansons c’est vraiment moi, vraiment ce que je suis. Tout ce que je chante, je l’ai vécu donc c’était très simple de construire avec ce que j’aime, avec mes goûts esthétiques, avec mes influences. C’est tellement moi, il n’y a tellement pas de faux là-dedans que ça a été très facile. Je n’avais qu’à piocher dans ce que j’aime, ce que je suis, ce que j’ai fait. L’idée c’était vraiment le premier album. Un projet très perso qui après a été travaillé en équipe. J’avais déjà la matière que je pouvais donner aux graphistes, aux photographes parce que j’ai des goûts esthétiques, d’univers, de couleurs et tout s’est mis logiquement en place.

LBS : Tu parlais d’influences mais pourtant il est très difficile de percevoir dans ta musique celles qui t’ont guidées pour cet album. C’était important pour toi, dès le premier album, d’effacer ces traceurs ?

Vianney : Oui. Je ne voulais pas être catégorisé. Je peux l’être quand on voit ma pochette mais je pense que quand on écoute ma musique, on a un peu plus de mal. C’était un de nos objectifs avec Antoine Essertier, le réalisateur. Il a vite compris que j’aimais beaucoup de choses et moi je me suis retrouvé dans Antoine parce qu’il est comme ça, il est très éclectique donc c’était trop bête de se contenter de ressembler à quelque chose ou à sonner comme un certain style. On a visé au-dessus même si c’était ambitieux d’essayer d’avoir un album varié qui ne ressemble pas à d’autre. Les chansons c’est déjà quelque chose mais c’est Antoine qui a réussit à canaliser tout ça, toutes ces influences mais aussi les chansons qui auraient pu partir dans toutes les directions. C’est vraiment lui qui a réussit à créer un équilibre même si c’était notre ambition à tous les deux. Pour moi c’est le vrai compliment sur l’album, qu’on n’arrive pas à catégoriser et pour autant, je ne le prends pas mal quand on le fait.

LBS : Le qualificatif qui revient le plus souvent pour ton premier album est « frais »et pourtant il est intéressant de voir que tu as collaboré avec Antoine Essertier qui lui n’est pas de ta génération et était connu dans les années 80 pour avoir été dans le groupe Jamais Bleu. On parle de la jeunesse de ton album et on pourrait penser que c’est toi qui l’a produit alors que non, quelle a été l’émulsion entre lui et toi ?

Vianney : Alors lui, c’est un ado ! C’est incroyable ! Antoine Essertier est une des clés de cet album sinon la clé. Antoine Essertier est très spécial. C’est quelqu’un de très intelligent, je le pense vraiment. Il l’a toujours été et il l’a mal exploité car il est aussi assez conflictuel donc il s’est mis tout seul. Il habite seul, vraiment seul dans les montagnes auvergnates. Il vit loin perdu avec sa cheminée et son ordinateur. Il est seul physiquement là-bas et donc intérieurement c’est très intéressant car moi, quand je suis arrivé, je me suis retrouvé face à un mec qui passe ses journées à faire du son, à regarder les choses sur internet comme moi je le fais. Je ne suis pas un geek mais j’y passe vraiment des heures parce qu’y voit plein de trucs et Antoine est lui aussi comme ça. Il a 50 balais certes mais quand je l’ai rencontré il avait la tête rasée, il faisait du dubstep. Il est comme ça, c’est un passionné de sons, de tendances, de politique, de comprendre ce qui se passe. Il a une approche hyper jeune dans sa tête. Justement j’en connais pas mal de mon âge qui voudrait sonner comme ou ressembler à, Antoine à son âge veut pas une seule seconde ressembler à qui que se soit. Ca c’est complètement rebelle, complètement jeune, complètement ado et c’est super. Un ado très doué qui a fait des choses diverses, de la variété, de la chanson comme avec Soha et il peut tout faire. Il a travaillé comme un tcharbos, vraiment comme un ado qui s’enferme dans sa piaule sauf que lui il bosse. Ca a vraiment matché ! C’est un extrémiste de plein de choses et j’adore ça. Les extrémistes dans les modes de vie, il y a vraiment de la matière du coup, tu peux construire avec quelqu’un comme ça. Il a beaucoup de choses à exterioriser et si on communique bien, ça se passe pas mal. On est opposé sur plein de choses, aussi bien physiquement que sur d’autres choses comme politiquement mais c’est ce qu’on adore tous les deux. Entre nous, il s’est passé un truc et je veux que ça reste. J’en garde un moment merveilleux même si il y a eu des moments chauds comme il sait être extrémiste. Il bosse comme ça, c’est pas un hasard, il est pas fait comme nous, il est ailleurs et peut être incompris sur certaines choses mais il a été hyper important pour cet album.

LBS : Il est beaucoup question de voyages dans ta biographie alors que ta musique n’en parle absolument pas et au contraire elle est très portée sur la cristallisation, un peu à la Stendhal. Tu explores finalement plus le sentiment de voyager mais pas le voyage en lui-même. Cette cristallisation, c’est ça le point de départ pour écrire une chanson ?

Vianney : C’est hyper intéressant comme analyse. Je te dirais oui si tu écoutes l’album, tu as raison autour de la cristallisation des sentiments. Pour le voyage en particulier, on a faillit mettre une chanson sur le thème et qui a pour titrer « Voyage » d’ailleurs. On s’est dit elle est cool mais elle est de trop parce qu’en effet, on prend de la distance par rapport aux choses dans les autres chansons de l’album. Il n’y a pas de manière si explicite de raconter un épisode personnel, c’est pas nombriliste cet album. Du coup, cette chanson dénotait alors que le voyage fait entièrement partie de ce que je suis. Ca ne collait pas, ça n’allait pas. Peut-être qu’il y a ce côté là, cette cristallisation. Cet album c’est ça quand tu l’écoutes. T’es le premier à utiliser ce terme là et c’est vrai que tout part de problèmes personnels mais je le généralise d’une certaine façon, j’essaye de l’universaliser. Ca reste très perso mais pas si explicitement.

LBS : Cette volonté d’universalité, c’est aussi une façon de te cacher quelque part aussi.

Vianney : Oui, il y a une certaine pudeur que j’ai au naturel. Après pour quelqu’un qui est vraiment pudique, dire qu’on sort un album en parlant de ses expériences persos, ça va le faire marrer mais pour le coup, je pourrais les raconter de façon beaucoup plus personnel, beaucoup plus nombriliste. Ce n’est absolument pas négatif le terme de nombriliste mais ça peut être très touchant aussi, très réussi. Moi ça ne l’est pas par pudeur et parce qu’avec mon univers, les chansons ne s’y prêtent pas tant que ça. Je ne suis pas comme ça au naturel dans la vie de tous les jours. J’essaye de parler aux gens en les touchant avec ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils sont plutôt que de les toucher avec mes histoires. Je pourrais aussi le faire, beaucoup d’artistes le font et c’est très bien.

LBS : La pochette d’ l’album est assez spéciale et elle marque. Aussi bien par sa couleur, son design, ta posture et ta coupe de cheveux, c’était quoi la réflexion visuelle autour du disque ?

Vianney : Je voulais que ça se soit moi, au naturel. Cette coupe de cheveux c’est la même que j’ai depuis l’âge de douze ans, j’ai cet épi naturel sur la tête, le faux out of bed complètement fake. Je sais pas si c’est pour cacher une calvitie naissante ou pour une autre raison mais mes frères disent que c’est ça (rires). Sur les couleurs, je ne voulais quelque chose qu’on ne voit pas ailleurs, de pas commun. On en a parlé avec le photographe et on a constaté que le vieux rose n’existe pas les chanteurs donc on a qu’à le faire. Les pastels collent bien à l’album. Ce sont des chansons tout en douceur donc les pastels s’y prêtaient pas mal mais si il y a une énergie dans les morceaux. Il y a quelque chose de positif qui se prête bien aux pastels. C’est un premier album donc il fallait que se soit frais et ces couleurs vont bien avec.

LBS : Tu as déjà assuré la première partie de nombreux artistes dont Florent Pagny. Tu vas partir bientôt en tournée tout seul comme un grand et tu vas te produire donc en guitare voix. Comment vas-tu faire pour retranscrire en acoustique ce premier album qui est très produit ?

Vianney : Les chansons elles existent toutes en guitare-voix parce qu’elles sont à la base toute en guitare-voix et elles fonctionnent comme ça. J’ai envie de les présenter comme ça. Il n’ y aura rien de nouveau pour les gens qui connaissent l’album, ça ne sera pas si différent. Je pense qu’on oubliera les arrangements mais il y aura des loops, des dialogues avec le public, des interactions et les chansons dans leur plus simple appareil. Ca fait des années que je pratique comme ça et je trouve que ça un sens comme ça.

LBS : Il y a un vrai retour à la variété actuellement, il y a Charles-Baptiste qui clame « Variété is Not Dead », tu trouves qu’il y a un renouveau de la variété ?

Il est temps, il est vraiment temps. Je trouve qu’il y a eu des années vraiment difficiles pour la variété au point de créer des clans. Dans notre pays, tu choisissais ton camp, la variété ou le reste et à certain moment, il y a eu un entre deux. La scène actuelle essaye de créer ça. Je trouve que Stromae a vraiment ouvert la porte à ça en disant que l’on peut faire quelque chose de populaire sans que se soit de mauvaise qualité, c’est juste ça la vérité. Personne ne voulait en prendre conscience et je trouve que depuis Stromae, il y a des voix qui se sont libérés, des sensibilités, des ambitions qui font plaisir. Ce sont des gens qui veulent juste proposer quelque chose d’accessible tout en restant originaux et en faisant un travail qualitatif. On avait vraiment perdu ça. Pour le coup, je suis de la génération qui a une génération pourrie pour ça. On a eu la chanson, des supers artistes de chanson comme Thomas Fersen, Vincent Delerm, Alex Beaupain, Têtes Raides… il y en a eu beaucoup en chansons, on a eu beaucoup de chance mais en variété on a vraiment rien. On est beaucoup d’amateurs de musique qui avons snobé une certaine partie de la chanson française donc de la variété. Il y a toujours des produits hyper marketés et pas top qui fonctionneront et qui ne tiennent que sur ça mais le niveau musical s’élève. Personnellement, je ne sais si je fais parti de cette scène là mais j’ai cette démarche et on commence à être nombreux à avoir cette ambition là et c’est tant mieux !

 


Tags:  2015 Antoine Essertier chanson française entretien Idées Blanches interview Je te déteste Pas là premier album production question sentiment tot ou tard Vianney victoires de la musique

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Alexandre Blomme
Rédacteur en chef de Dicky.fr, ex-WeLoveMusic.fr, fan de toutes les musiques et des groupes émergents français.




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