« Parce que la musique pour moi, c’est de la matière vivante.  » Barbara Carlotti

Libre. Voilà ce qui semble qualifier le mieux l’oiseau rare de la chanson française, Barbara Carlotti : « L’Amour, l’argent, le vent », son dernier album, est certainement l’un des albums les plus réussis de l’année.  Vertiges de l’amour, vertiges du temps. Un coup de foudre. Irrésistible tentation que d’aller à la rencontre de Barbara lors de passage au Festival Muzik’elles. Il suffit d’y céder nous murmurait Oscar (Wilde).C’est chose faite, voici donc la chronique d’un album fantastique éclairé par les bavardages d’une chanteuse « sans lunettes noires sur ses yeux bleus ».

C’est en descendant de scène, après seulement quelques titres pour ouvrir ce désormais célèbre festival dédié aux artistes féminines, que Barbara nous ouvre les portes de sa loge pour quelques confidences autour de ses chansons. « Très galvanisant » pour Barbara, et de quoi nous donner envie de courir à la Cigale le 18 Octobre (et partout en France) pour en écouter davantage.

Une fille et son groupe. Si c’est bien Barbara Carlotti qui tient la tête d’affiche, c’est l’énergie du groupe tout entier qui réussit à faire danser sur les festivaliers. « C’est une équipe qui tourne ensemble depuis longtemps pour la plupart, et d’autres qui sont venus se rajouter au groupe, avec cet album, comme Jérémie Régnier (du groupe New Government). C’est un vrai groupe, c’est même avec eux que naissent les chansons, j’écris le principal mais justement quand je sens que je ne vais pas arriver à faire exactement ce que je veux, je vais les trouver. Et du coup aussi pour les arrangements, on va tout chercher ensemble. En fait on est un vrai groupe de pop music » avec une fille à sa tête.

Une fille qui a dans sa tête des envies d’ailleurs lorsque vient l’heure de travailler sur son prochain album (chez Atmospheriques après deux premiers opus chez EMI) : « Sortir de ses habitudes de travail, aller composer ailleurs dans des endroits qui m’intéressaient pour leur musique, leurs paysages, pour ce qu’il pouvait me donner comme inspiration d’écriture ». Barbara Carlotti a travaillé au Brésil, au Japon ou encore en Inde pour dévoiler les quatorze titres de « L’Amour, l’argent, le vent ». Il n’est pourtant pas là question d’ethnomusicologie,  mais de pop élégante, des chansons de velours bercées sur des rythmiques savamment mesurées. Entre sixties, eighties et modernité.

 « Le Voyage est un argument, un prétexte. »

 

 

« Aucune chanson ne se ressemble. J’essaye de ne jamais enfermer la musique quelque part. J’aime pas du tout l’idée de style. »

Si les synthés de la génération Daho semble revenir comme une boucle dans les chansons actuelles, Barbara Carlotti se distingue par des airs aussi efficaces que complexes et par des qualités d’écriture à la fois poétique et cinématographique. « L’Amour, l’argent, le vent : trois forces, un sentiment, une valeur, un élément. Trois forces intouchables, qui vont nous mobiliser, nous élever, nous pousser, nous écraser. » Les chansons de Barbara Carlotti savent être aussi bien accessibles qu’insaisissables. Elles vous emmènent jusqu’où vous acceptez d’être baladé. Des rues sombres la nuit (le superbe « Ouais, ouais, ouais ») aux plages de sable noir, des clubs de campagne aux trains de nuit (« Nuit sans lune »). Chaque chanson est implanté dans un décor, une atmosphère dont s’imprime chaque note, chaque mot. Une musique cinématographique presque, où défilent des portraits, des caractères, des éléments : synergie absolue d’une galerie d’êtres. Manipulant avec une délicatesse séculière les sons des années 60 et 80, Barbara Carlotti chante le grain des instants, de morceaux de vie. Les sons, les mots sont riches, sculptés, donnant corps aux sentiments au travers de matières. D’émotions en sensations, des éléments comme une ivresse.

« J’aime bien ce truc de matière. Parce que la musique pour moi, c’est de la matière vivante. Et cela va dans le sens de dresser une image des choses. »


 

Aux années 60 qui ont toujours planées sur son univers musical, Barbara Carlotti a cédé une place aux années 80, à l’euphorie saisissante de cette époque, aux ombres qui se font plus légères comme sur le très réussi« J’ai changé ». Mais le deuxième extrait de l’album semble être le plus inspiré de cette génération. Pour ce que ses synthés imposent, ce souvenir qu’ils racontent : des premières soirées au rythme des stromboscopes, de cette naiveté planquée sous une surdose d’assurance que l’on a, quand on fréquente ses premiers dance-floor.

« En Corse, ce qui était marrant, c’était qu’on faisait le mur, qu’on marchait 10 kilomètres dans la montagne. C’est ça qui me semble dingue quand j’y repense. Marcher 10 kilomètres ! C’était vraiment l’aventure… Alors que finalement, une fois arrivées là-bas, y avait plein de gens qui nous connaissaient, ils avaient un oeil sur nous. C’était pas dangereux du tout, mais nous on s’imaginait qu’on prenait des risques énormes! »

Au-delà des premières impressions de liberté, l’ère musicale des années 80 est de celle qui a le plus marqué l’artiste : « C’est là que j’ai commencé à écouter beaucoup de musique parce que je restais dans la cabine du DJ. A l’époque, c’était la radio libre, on était moins dans l’esprit mainstream qu’aujourd’hui. Il y avait un champ d’inspiration plus large. »

 « Tainted Love de Soft Cell, c’est vraiment la chanson de cette époque : j’adore ! »

 

 

Barbara n’est pourtant pas mélancolique du passé. Les personnages de ce disque, les chansons, sont imprimés du passé et s’incrivent dans un présent. Comme Barbara, comme tout un chacun. Dans la très insomniaque « Nuit sans Lune », une idée qui vient et qui se retient « Lennon est mort. J’ai froid. » : un instant figé par un état, un élément extérieur, de ceux qui ponctuent, jalonnent nos chemins de vies avec une importance plus ou moins différente.
« On écrit des choses de parfois intuitives, automatiques un peu comme les surréalistes. Et là, finalement ça colle parfaitement. J’ai toujours beaucoup aimé Lennon, quand j’étais plus jeune avec mon cousin on essayait de retranscrire les chansons au piano. J’aimais beaucoup son côté direct. C’est vrai que quand on pense à des mecs comme ça qui ont disparu, il y a une forme de perte irrémédiable.
Quand Chris Marker est mort cet été, ça m’a vraiment choquée parce que « La Jetée » est mon film préféré. Je pense que j’ai compris quelque chose du cinéma en regardant ce film. (…) Cela change rien à ma vie, mais que ce type ait disparu, cela veut dire que ce type de cinéma n’existera plus avec lui. Pareil quand Lennon est mort, ou comme quand Gainsbourg et Bashung ont disparu…Ces gens avaient vraiment construit quelque chose de si fort que personne ne pourra les reproduire derrière. »

 

« Ce que j’aime dans la chanson, c’est que ce sont vraiment des affaires de personnalités qui font les choses. »

A nos yeux, c’est un peu ce qui pourrait résumer la magie de la chanson « Mon Dieu, mon amour », duo amoureux avec Philippe Katerine. Résolument une grande chanson d’amour aux sonorités 80’s , une berceuse de l’instant où l’alchimie de ces deux artistes, libres et incarnés, donne l’envie furieuse de plonger ses yeux dans un regard, comme un écho.

Des affaires de personnalités, de sincérité aussi. Et c’est ce dont Barbara Carlotti sait faire preuve dans ce nouvel album, trouvant les cordes qui s’accordent à sa voix. S’imposant légère, libre à ses emportements, entre élégance et insolence, autant de modernité font de ce nouvel album un disque rare, d’une profonde beauté.

 

 

Pendant sa tournée, Barbara Carlotti s’accorde le temps de créer avec Christophe Blain, un conte érotique, en hommage Pravda la Survireuse (à l’origine inspirée de Françoise Hardy) « C’est une espèce de bikeuse, qui rencontre des hordes de nanas un peu comme dans Pussycat Kill Kill. Elle a une aventure avec un cowboy minuscule, mais qui grandit ,à chaque fois,  qu’ils couchent ensemble. »  La chanteuse reviendra donc au printemps avec une histoire en images et en musique : comme une bande dessinée sans bulles, la musique illustre le dessin. « Impossible de séparer les deux éléments » conclut Barbara

 

 

 

 

 

 

 

« L’Amour, l’argent, le vent » – Barbara Carlotti (Atmospheriques)

En tournée dans toute la France et à la Cigale (Paris) le 18 octobre

 Site Officiel 

 

 

 

Merci à Barbara Carlotti, Judith Lévy, Lorena d’Atmospheriques et l’équipe des Muzik’elles

Crédits Photos : François Fleury

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